Israël : le grand exode d’une partie de la population finira-t-il par s’enrayer ?

jeudi 20 août 2026

Depuis 2023, l’État hébreu a perdu en moyenne 50.000 individus par an, ce qui rend son solde migratoire négatif. Les Israéliens n’émigrent toutefois pas pour les mêmes raisons.

À l’aéroport de Tel Aviv - David Ben Gourion (Israël), juillet 2024. | Joseph Barrientos via Unsplash

Le Financial Times s’intéresse aux 150.000 membres de la population israélienne qui ont choisi de quitter le pays au cours des trois dernières années, à l’image de Jonathan, professionnel de l’immobilier habitant précédemment à Tel Aviv, qui a rejoint les États-Unis en 2024 avec sa femme et ses enfants afin de fuir une situation « tout simplement devenue intenable ».

À l’échelle internationale, la proportion d’Israéliens et d’Israéliennes ayant quitté le pays depuis 2023 n’est pas considérable. Néanmoins, pour Israël, ces nombreux départs sont tout à fait inhabituels. Conjugué à une baisse de l’immigration, cet exode a rendu le solde migratoire du pays négatif en 2023 et en 2024. Cette situation ne s’était produite qu’à trois reprises au cours du siècle précédent. Les analystes s’attendent à ce que les chiffres globaux de 2025, qui ne sont pas encore disponibles, soient également négatifs.

Gros revenus, hautes études

Le profil des individus choisissant de quitter Israël est de plus en plus précis : il s’agit majoritairement de personnes ayant de hauts revenus –changer de pays dans de bonnes conditions coûte cher– et un niveau d’études supérieur. La fuite des cerveaux inquiète les autorités. Si elle devait perdurer, elle pourrait gravement nuire à l’économie du pays fortement axée sur la technologie, ainsi qu’aux finances publiques et même à l’armée.

Cela ne date pas d’hier : les personnes qui quittent Israël sont vues d’un mauvais œil. Dans les années 1970, le Premier ministre Yitzhak Rabin qualifiait les émigrants de « lépreux moraux », de « déchus parmi les faibles » et de « rebut de l’humanité ». Il est toutefois revenu sur ses propos une vingtaine d’années plus tard.

« Émigrer était perçu comme une honte » commente Alex Weinreb, directeur de recherche au Centre Taub, un groupe de réflexion basé à Jérusalem. Le sous-entendu était : “Vous n’allez pas participer à cette grande expérience consistant à recréer un foyer national juif pour la première fois en 2.000 ans. Qu’êtes-vous donc ? Un traître à la cause ?” »

Rester, un acte politique

Pour bon nombre de celles et ceux qui entendent rester coûte que coûte, « le simple fait d’être ici constitue un acte politique », ajoute l’observateur. Pour les individus qui font le choix du grand départ, la migration est motivée par de multiples facteurs. Les spécialistes notent par exemple que les départs ont augmenté lorsque la coalition d’extrême droite dirigée par Benyamin Netanyahou a entrepris dès le début de l’année 2023 de limiter les pouvoirs du système judiciaire, déclenchant ainsi la plus vaste vague de protestations de l’histoire d’Israël.

Octobre 2023 a évidemment constitué une période charnière, avec 14.000 départs rien que ce mois-là, alors même que la population israélienne s’inquiète très largement de la montée de l’antisémitisme dans les pays occidentaux. Au total, 100.000 personnes seraient parties entre 2023 et 2024, et 50.000 supplémentaires en 2025.

Les autorités israéliennes espèrent qu’une partie de ces émigrés finissent par effectuer le chemin inverse. Professeur à l’université hébraïque de Jérusalem, Sergio DellaPergola estime qu’un « changement dans la gouvernance du pays » pourrait catalyser une vague de retours. Mais inversement, « si rien ne change, on pourrait assister à une augmentation des départs motivés par le mécontentement politique à l’égard du gouvernement », conclut-il.

« J’espère sincèrement qu’Israël retrouvera la bonne voie et que nous pourrons y revenir. Mais je ne suis plus optimiste… À long terme, je crains qu’il n’y ait plus d’avenir là-bas pour des gens libéraux comme nous », commente une jeune femme anonyme ayant migré en Espagne avec sa famille. D’autres, comme Jonathan, évoquent aussi l’explosion du coût de la vie et notamment du marché immobilier : « Un an après notre arrivée aux États-Unis, nous avons pu acheter une maison sur un terrain que nous n’aurions jamais pu nous offrir en Israël. » À priorités différentes, issue similaire.

Source : SLATE
https://www.slate.fr/monde/exode-is...


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