Quel avenir pour la Cisjordanie ?

dimanche 7 avril 2019

Depuis la guerre des six jours (1967), Israël contrôle la Cisjordanie. Ce territoire palestinien d’un peu plus de 5 000 km2 est situé entre l’Etat Hébreu et la Jordanie. Malgré les Accords d’Oslo du début des années 1990, le nombre d’habitants dans les colonies israéliennes n’a cessé d’augmenter ces dernières décennies, atteignant le nombre de 450 000 pour l’année 2019. Ce territoire n’a jamais été intégré à l’Etat d’Israël, mais cela pourrait changer, car une partie de la droite nationaliste et religieuse israélienne plaide de plus en plus pour une annexion de toute ou partie de la Cisjordanie.

JPEG - 263.3 ko Photo prise à proximité de Ramallah, en arrière plan une route de la Zone C, en première plan, route de la zone A.Crédit photo : Ines Gil

Israël occupe la Cisjordanie depuis la fin de la guerre des six jours en 1967. Cependant, la division actuelle de la Cisjordanie remonte seulement aux Accords d’Oslo passés en décembre 1993 entre le Premier ministre israélien Yitzhak Rabin et le leader de l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP), Yasser Arafat. Ces négociations ont débouché sur la création d’une Autorité palestinienne (AP) en Cisjordanie et à Gaza. L’AP, alors contrôlée par Yasser Arafat, mais aujourd’hui gérée par Mahmoud Abbas, est devenue la version institutionnalisée de l’OLP, reconnu comme représentante du peuple palestinien sur le plan international.

Avec les Accords d’Oslo, la Cisjordanie a été divisée en trois zones distinctes : la zone A (environ 18%), officiellement placée sous contrôle administratif et sécuritaire de l’Autorité palestinienne (dotée à partir de ce moment d’une police), qui comprend Gaza et les villes de Ramallah, Bethléem, Jéricho, Jénine, Naplouse ou encore Hébron, notamment. La zone B (environ 18%), placée sous contrôle administratif de l’Autorité palestinienne, mais sous contrôle sécuritaire d’Israël. La zone C (environ 60%), sous contrôle administratif et sécuritaire d’Israël, et qui comprend notamment les colonies israéliennes.

Cet Accord est alors conçu pour une période de transition de 5 ans. La zone C devait progressivement être convertie en zone A et B, avec pour finalité la création d’un Etat palestinien. Mais cela n’a jamais été appliqué.

2. Le nombre de logements en augmentation dans les colonies

Fin décembre 2018, une Commission du Ministère israélien de la Défense a approuvé la construction de 2 200 logements dans les colonies de Cisjordanie. Une décision jugée très politique en Israël, car au même moment, le Parlement a voté sa dissolution sous l’impulsion de Benyamin Netanyahou, afin d’organiser des élections anticipées prévues le 9 avril prochain. La même semaine, le Premier ministre Netanyahou avait rencontré les dirigeants des colonies juives de Cisjordanie pour leur demander leur soutien politique.

Ces dernières années, le gouvernement Netanyahou a accepté la construction de milliers de logements. En 2017, près de 7 000 projets de constructions ont été approuvés. La même année, il a donné son accord à la construction d’une nouvelle colonie, fait inédit depuis 1991. Les habitants des colonies s’y installent soit pour des raisons idéologiques, soit pour des considérations économiques. Il est souvent moins coûteux de vivre dans une colonie que dans une ville à l’intérieur d’Israël.

Sur le plan international, ces colonies sont considérées comme illégales. Elles sont vues comme l’un des principaux obstacles à la paix avec les Palestiniens, car elles s’étendent sur des territoires sur lesquels les Palestiniens pourraient aspirer à créer un Etat, et elles compromettent la continuité territoriale en Cisjordanie. Cette critique est néanmoins rejetée en bloc par le gouvernement israélien, qui considère de son côté que les principaux obstacles à la paix sont la politique du Hamas et le terrorisme nationaliste palestinien de manière générale.

L’exemple le plus significatif de cette division territoriale est le cas de Khan Al-Ahmar. Depuis plusieurs mois, le gouvernement Netanyahou prévoit de détruire ce village bédouin, situé à l’Est de Jérusalem. Il a reçu l’accord de la Cour Suprême israélienne, cependant, la mobilisation importante des ONG et des communautés locales, ainsi que les critiques à l’international ralentissent les projets du gouvernement israélien. Les opposants au projet, et de nombreux analystes soupçonnent le gouvernement de vouloir diviser en deux la Cisjordanie en mettant fin à la présence palestinienne dans cette zone. Ce village est en effet placé le long de l’autoroute numéro 1, une autoroute qui coupe la Cisjordanie en deux.

Vers une annexion de la Cisjordanie ?
1. L’annexion de la Cisjordanie de plus en plus présente dans les débats israéliens

En Israël, les appels à annexer l’ensemble de la Cisjordanie sont quasi inexistants. Ils ne sont presque portés que par le parti d’extrême droite Otzma Yehudit (Force juive), radical, très minoritaire, mais cependant présent dans la coalition formée autour du parti de Benyamin Netanyahou (Likoud) pour les élections d’avril prochain

En revanche, la possibilité d’une annexion partielle, uniquement de la zone C, remporte plus de succès chez les Israéliens.

En octobre 2018, la Ministre de la Justice Ayalet Shaked affirmait au journal américain The Atlantic qu’il est « possible pour Israël d’absorber 100 000 Arabes de plus ». La Ministre, alors membre du Foyer juif, mais aujourd’hui à la tête d’un nouveau parti (La Nouvelle droite), plaide activement pour une annexion de la zone C en Cisjordanie. Les 100 000 Arabes évoqués sont les Palestiniens vivant sur cette zone C. Ayelet Shaked est régulièrement rejointe par Naftali Bennett (Ministre de l’Education et de la Diaspora, La Nouvelle Droite) dans ce combat politique.

Portés par des politiques de la droite nationaliste et religieuse, ces appels à annexer sont d’autant plus vifs pour la colonie de Ma’aleh Adumim. Cette colonie israélienne, qui regroupe 40 000 habitants, est organisée sous la forme d’une ceinture entourant Jérusalem Est. Elle est par ailleurs régulièrement dénoncée par une partie de l’opposition et de la communauté internationale comme un frein à la création d’un Etat palestinien, et donc au processus de paix. Pour ces détracteurs, Ma’aleh Adumim ferait partie d’une stratégie gouvernementale pour élargir la ville de Jérusalem en annexant les territoires à l’est de la ville, alors même qu’ils font partie de la Cisjordanie.

Ce débat s’accompagne d’une lente progression légale vers ce qui s’apparente à une annexion de la zone C.

En février 2017, la Knesset, dominée par les députés de droite et d’extrême droite formant la majorité de Benyamin Netanyahou, a légalisé « l’expropriation de terres privées palestiniennes au profit des colons israéliens ».
L’année suivante, le Parlement israélien a voté une loi portant sur le domaine de la production agricole dans les colonies israéliennes, rapprochant un peu plus la législation qui régit Israël et celle des colonies. Cette loi permet pour la première fois aux éleveurs de volailles israéliens, implantés en Cisjordanie, de transférer leurs quotas de production d’œufs à leurs homologues qui produisent en Israël, dont les quotas sont moins importants.

Toujours en 2018, le Parlement israélien a voté des lois unifiant le système de taxation entre les colonies et Israël, ou encore les jugements passés dans les tribunaux militaires implantés en Cisjordanie et les juridictions civiles présentes en Israël.

Dans la foulée, les membres de la Knesset ont adopté une loi permettant de ficher les entreprises qui n’offrent pas leurs services aux colonies de peuplement en Cisjordanie ou encore aux villes israéliennes à proximité de Gaza - soit pour des raisons idéologiques soit par des raisons de sécurité.

Pour les défenseurs - aujourd’hui très représentés par les dirigeants du parti de La Nouvelle Droite, mais aussi des membres du Likoud - ces textes répondent à un intérêt de respect de l’égalité entre les Israéliens habitants les colonies et ceux habitants Israël. Selon Naftali Bennett, les colons seraient victimes de « discrimination ». Mais cette loi permet surtout d’uniformiser la législation entre les colonies et Israël, rendant un peu plus possible une annexion de ces territoires par l’Etat hébreu.

2. Les problèmes posés par l’annexion

L’annexion de tout ou partie de la Cisjordanie fait débat, au coeur même de la société israélienne. L’annexion de l’ensemble de la Cisjordanie obligerait Israël à intégrer plus de 2,5 millions de Palestiniens (ensemble des Palestiniens vivant en Cisjordanie), en leur donnant accès à la nationalité israélienne. Or, en Israël, la démographie est un point de crispation central. Pour une partie des détracteurs de l’annexion, l’intégration d’une si grande population arabe mettrait à mal le caractère juif de l’Etat d’Israël. Par ailleurs, si ces populations arabes palestiniennes ne sont pas correctement intégrées, elles pourraient devenir des citoyens de seconde zone, et le système en place en Cisjordanie serait alors comparable à un apartheid.

En cas d’annexion, même partielle, de la Cisjordanie, Israël pourrait par ailleurs être un peu plus isolé sur le plan international. L’Organisation des Nations unies a déjà condamné à plusieurs reprise la politique israélienne dans cette zone, notamment avec la résolution 446 portant sur la colonisation des Territoires palestiniens, ou encore la résolution 242 portant sur le « retrait des forces armées israéliennes des Territoires occupés lors du récent conflit ».

Même si certaines lois adoptées récemment tendent vers l’unification des colonies et d’Israël, aucun cap clair n’a été fixé par le gouvernement israélien. Par ailleurs, l’annexion n’est pas prioritaire dans le débat de la campagne électorale. Mais les élections organisées le 9 avril prochain pourraient être déterminantes pour l’évolution de ce petit territoire coincé entre Israël et la Jordanie. Une chose est sûre : la perspective de créer un Etat palestinien viable sur ces terres est chaque jour un peu plus mise à mal.

Ines Gil
Les clés du Moyen Orient
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