JOURNAL DE BORD DE GAZA 4

mercredi 13 mars 2024

« Les coupures de connexion annoncent toujours une incursion militaire, un nouveau massacre »

Rami Abou Jamous écrit son journal pour Orient XXI. Ce fondateur de GazaPress, un bureau qui fournissait aide et traduction aux journalistes occidentaux, a dû quitter son appartement de la ville de Gaza avec sa femme et son fils Walid, deux ans et demi. Il partage maintenant un appartement de deux chambres avec une autre famille. Il raconte son quotidien et celui des Gazaouis de Rafah, coincés dans cette enclave miséreuse et surpeuplée. Cet espace lui est dédié.

Rami Abou Jamous n’a pas pu nous envoyer son texte du mercredi 6 mars car il n’avait pas de connexion.

Jeudi 7 mars 2024

Mardi, il y a eu une coupure totale de tous les moyens de communication : téléphones fixes, portables et internet. Mais même en dehors de ces coupures, communiquer est difficile. Pour me connecter, je fais des kilomètres jusqu’à un endroit où se retrouvent les journalistes, et où il y a un peu de réseau. J’utilise la carte SIM égyptienne envoyée par une amie. Mais il faut la recharger, et pour la recharger… Il faut une connexion. Autrement, il y a toujours deux compagnies qui opèrent à Gaza, bien que difficilement : Paltel (palestinienne) et Ooredoo (à capitaux qataris). Cependant, les Israéliens les coupent quand ils veulent.

Nous étions inquiets mardi car ces coupures annoncent souvent une opération de l’armée. À chaque fois que ça a eu lieu, c’était suivi d’une incursion, d’un nouveau massacre. Cette fois il y a eu une incursion à Khan Younès. La famille Farkawi, entre autres, a perdu plusieurs de ses membres. Il y a aussi eu beaucoup de morts au nord de la bande de Gaza. Les massacres ne s’arrêtent pas.

Comme d’habitude, quand je sors, les voisins se rassemblent autour de moi. Pour eux, je suis le journaliste qui sait tout. En ce moment, tout le monde veut savoir ce qu’il se passe en Égypte avec les négociations. En général, les gens veulent entendre ce qui leur fait plaisir. Ils disent : « Il va y avoir une trêve, on va rentrer chez nous pendant le ramadan ». Puis ils me demandent ce que j’en pense. Je les regarde dans les yeux… Si mon analyse personnelle ne va pas dans le même sens, je n’ai pas le cœur à leur dire la vérité.

Aujourd’hui je voudrais vous parler de ces négociations, et surtout de l’état d’esprit des négociateurs palestiniens. Le problème, c’est que les Israéliens leur font croire que l’objectif, c’est un arrêt des combats, ou la libération des prisonniers des deux côtés. Je me demande si les négociateurs palestiniens sont vraiment conscients de certaines réalités. Je ne parle pas des boucheries, des massacres, que tout le monde voit, mais des faits accomplis que les Israéliens sont en train de mettre en place. À chaque fois qu’on retarde l’accord, les Israéliens font quelque chose sur le terrain. Ils ont laissé entendre que si l’on arrivait à un accord, il n’y aurait pas de « zones tampons »1 (Zones censées isoler la bande de Gaza d’Israël). Pourtant ils sont en train de les installer. Elles seront directement reliées au territoire israélien, donc il s’agit d’une annexion. On parle d’une surface d’un ou deux kilomètres de large, tout autour de la bande de Gaza, soit à peu près 20 % du territoire. Autre fait accompli : cette route qui traversera la bande de Gaza dans la largeur, séparant le sud du nord de la bande. Ce sera un grand barrage comme à Qalandia 2 ( Point de contrôle qui isole la ville de Ramallah en Cisjordanie).

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Source  : ORIENT XXI