Flottille pour Gaza : le parquet antiterroriste ouvre une enquête pour tortures et crimes de guerre

Le PNAT s’est saisi du signalement effectué par le ministre des affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, après les récits de plusieurs membres français de la flottille Sumud. Ils et elles ont témoigné de violences sexistes et sexuelles infligées par leurs geôliers israéliens.
La rédaction de Mediapart et Agence France-Presse, le 5 juin 2026
Une enquête pour tortures et crimes de guerre a été ouverte, vendredi 5 juin à Paris, par le Parquet national antiterroriste (Pnat), à la suite d’un signalement du gouvernement sur la manière dont des Français·es de la flottille pour Gaza ont été traité·es par les autorités israéliennes.
Sollicité par l’AFP, le parquet spécialisé a précisé avoir confié à l’Office central de lutte contre les crimes contre l’humanité cette enquête préliminaire ouverte pour « tortures, au sens de la convention de New York du 10 décembre 1984 », et « crimes de guerre ».
Le signalement auprès de la justice française a été effectué par le ministre des affaires étrangères, Jean-Noël Barrot.
Fin mai, le ministre de la sécurité nationale israélien, Itamar Ben Gvir (extrême droite), avait provoqué un tollé au sein même de son gouvernement et à l’étranger en publiant une vidéo de militant·es d’une nouvelle « flottille pour Gaza » agenouillé·es et les mains liées, après leur arrestation en mer. Ils et elles avaient ensuite été expulsé·es par Israël.
Captures d’écran de la vidéo diffusée par Itamar Ben Gvir sur les réseaux sociaux le 20 mai 2026. On y voit les militant·es de la flottille pour Gaza agenouillé·es et les mains liées. © Compte X Itamar Ben-Gvir
Libres, les activistes ont témoigné de ce qui s’est passé avant et après ces quelques images volées par le ministre d’extrême droite. Parmi elles et eux se trouvaient 41 Français·es. Mediapart a pu en interroger quatre à leur retour en France, vendredi 22 et samedi 23 mai.
Toutes et tous disent avoir été passé·es à tabac, obligé·es de rester agenouillé·es, tête au sol et mains menottées, durant plusieurs heures, privé·es de sommeil (au moyen de musique ou de lumières allumées), rationné·es en eau et en nourriture, et menacé·es de mort.
Ils et elles disent par ailleurs avoir été témoins, sur d’autres militant·es, de l’utilisation d’armes de type taser, de tirs de balles en caoutchouc, de tirs de grenades assourdissantes, de l’envoi de chiens, ou encore du refus de procurer des traitements médicaux à des personnes qui en auraient eu besoin – notamment une qui a fait plusieurs crises d’épilepsie et plusieurs militant·es aux côtes cassées après avoir été frappé·es.
Des récits de violences sexuelles
Ces activistes témoignent également, auprès de Mediapart, de violences sexistes et sexuelles qu’elles et ils ont subies ou dont ils et elles ont été témoins, ainsi que de discriminations liées au genre ou à l’orientation sexuelle.
Parmi ces récits, une militante française indique avoir été frappée et « touchée de partout », y compris sur les fesses et la poitrine, par des hommes en armes dans un conteneur sans lumière ; une seconde activiste française dit avoir été « mise à nu » par des policières qui lui ont demandé de s’accroupir et lui ont « touché le sexe », au motif de « vérifier qu’elle était une femme ».
Un homme de 33 ans a rapporté quant à lui cette étrange interrogation : « Quand ils ont vu que je portais du vernis sur mes orteils, ils m’ont demandé : “Gay ?” », relate-t-il. Il est ensuite « tabassé » à son tour.
Les auteurs et autrices de ces faits étaient des hommes et femmes armé·es, mais leur affiliation précise (militaires, policiers et policières, services pénitentiaires) est rendue compliquée par le fait qu’ils et elles ne portaient pas toujours de signes distinctifs et que certaines de ces violences avaient lieu dans des pièces sans lumière.
Contactée, l’armée israélienne avait démenti auprès de Mediapart tout mauvais traitement. Le ministère de la sécurité intérieure et les services de communication du gouvernement israélien, également interrogés sur ces faits, n’avaient pas répondu à nos questions.
Pour les avocates de la délégation française de la Global Sumud Flotilla, les faits rapportés par ces passagers et passagères pourraient être qualifiés d’agressions sexuelles.
En février, trois membres d’une précédente flottille avaient déjà dit avoir subi des « viols » et « agressions sexuelles » lors de leur détention : une journaliste allemande, Anna Liedtke ; une activiste australienne, Surya McEwen ; ainsi qu’un journaliste italien, Vincenzo Fullone. Ce dernier décrivait notamment des « fouilles anales invasives et douloureuses ».
Comme les quatre militant·es français·es interrogé·es par Mediapart, ils tenaient à souligner que ce qu’ils avaient enduré n’était qu’une infime partie des violences que vivent quotidiennement les détenus palestiniens.
La rédaction de Mediapart et Agence France-Presse

