Infantino allié de Trump à Gaza  : la FIFA au service du génocide

samedi 1er août 2026

La Coupe du monde 2026 est finie. Ce que l’on en retient  ? Une image, lors de la remise du trophée à l’Espagne  : Gianni Infantino, président de la FIFA, collé à Donald Trump. Ce que l’on sait moins, c’est que leur complicité a un nom  : Gaza. Depuis des mois, ces deux-là avancent en effet main dans la main sur un projet de «  reconstruction   » qui ressemble à une prise de pouvoir coloniale. Pendant qu’Israël bombarde et affame la population, Infantino signe des accords, sourit, pose aux côtés de Trump, et prête le football comme caution morale à l’opération. La FIFA, qui répète en boucle qu’elle reste «  apolitique   », semble ainsi avoir choisi son camp, et ce n’est pas celui des Palestiniens.

Retour en arrière. Dimanche 19 juillet, vers 18 heures, sous un soleil de plomb, au MetLife Stadium de New York, l’Espagne vient décrocher sa deuxième étoile face à l’Argentine (1-0). Sur la pelouse, la bande à Lamine Yamal explose de joie. Vêtu du maillot de l’Albiceleste – pour la dernière fois, peut-être — Lionel Messi pleure. Et pendant ce moment suspendu, deux hommes s’invitent au premier rang pour la remise du trophée : Donald Trump et Gianni Infantino. Leur numéro tourne au malaise quand le président étatsunien s’incruste aux côtés des Espagnols, bien décidé à ne pas lâcher le trophée. Ni des yeux ni des mains.

Voilà, en une scène, ce qu’a été la Coupe du monde de la FIFA aux États-Unis. Le lendemain, Infantino en remet une couche en s’adressant à Trump : «  Cette Coupe du monde n’aurait pas été aussi incroyable sans vous. C’est le plus grand événement social, humain et culturel que l’humanité ait jamais connu. L’Amérique a gagné  ! La FIFA a gagné  ». Prévisible. Le président de la FIFA se soumet à Donald Trump, tout le monde le sait. Des visas refusés ? L’arbitre somalien Omar Abdulkadir Artan, renvoyé chez lui avant le début de la compétition  ? L’affaire du carton rouge et de la suspension annulée de Balogun  ? Des humiliations infligées sciemment à la sélection iranienne  ? Sur tout cela, Infantino a gardé le silence.

Il faut dire que depuis le début du second mandat de Donald Trump en janvier 2025, les deux hommes ne se quittent plus. En décembre dernier, Infantino est allé jusqu’à lui remettre un «  prix FIFA de la paix  » inventé pour l’occasion. Presqu’une déclaration d’amour : «  Pour votre action, pour ce que vous avez obtenu à votre manière, d’une façon incroyable. Vous pouvez toujours compter, Monsieur le Président, sur mon soutien et celui de toute la communauté du football pour vous aider à faire la paix partout dans le monde.  » Signé Gianni.

Cette manie de se mêler de politique, ceux qui connaissent la FIFA ne s’en étonnent plus. Miguel Maduro, lui, l’a vécue aux premières loges : il a présidé le Comité de gouvernance et de révision de la FIFA de juin 2016 à mai 2017. Il pose le mécanisme, crûment : «  L’ingérence politique et la captation politique sont des instruments qui permettent à la FIFA de continuer à maximiser librement ses revenus, sans aucune forme de régulation publique ni de responsabilité, en appliquant ses règles de manière sélective, en fonction de ce que dictent ses intérêts commerciaux et politiques  ». Traduction : la neutralité, c’est pour la com’. Maduro en a fait l’expérience très concrète avec le dossier Vitaly Mutko, ministre des Sports russe, resté au conseil de la FIFA en pleine préparation du Mondial 2018 en Russie. Un ministre en exercice au conseil d’une instance censée rester indépendante : le conflit d’intérêts crevait les yeux. «  Notre comité estimait que l’article 14 du code d’éthique, qui impose aux officiels de la FIFA une obligation de neutralité vis-à-vis des organisations gouvernementales, empêchait qu’un responsable gouvernemental puisse être en même temps un officiel de la FIFA. Mais Infantino était fortement en désaccord et a essayé de multiples façons, notamment en mobilisant différentes personnes pour venir me parler, y compris des membres d’autres comités censés être indépendants, de faire changer d’avis notre comité. Cela montre bien comment il traite les comités indépendants et la façon dont il conçoit leur rôle. »

Bref. Les ingérences politiques de Gianni Infantino, président de la FIFA depuis février 2016, ça ne date pas d’hier. Mais avec Trump, le divin chauve – c’est ainsi que que certains surnomment Infantino en écho à son crâne lisse et à l’aura quasi religieuse qu’il se donne à la tête de la FIFA – change de dimension. «  Il se rêve en sauveur du monde, il ne l’a jamais caché  », nous confie un proche du président de la FIFA. Et il ajoute, comme une évidence  : «  Pour lui, la FIFA ne doit pas se cantonner à s’occuper du football mondial. À travers la FIFA, il veut montrer que c’est plus qu’un pion, mais bien un acteur de la politique internationale.  »

Et Gaza, c’est exactement ça : le terrain de jeu rêvé où Infantino peut jouer les «  divins sauveurs » et s’imposer, avec son organisation, comme des hommes providentiels qui régleraient d’un coup ce que la politique internationale n’arrive pas à résoudre. Pendant qu’Israël poursuit ses actes génocidaires dans la bande de Gaza, le président de la FIFA a ainsi rejoint son ami Trump pour «  reconstruire Gaza  », à leur façon. Celle qui arrange tout le monde. Sauf les Palestiniens.

Mini-terrains, terrains, académie et stade  : SuperGianni à la rescousse de Gaza

Pour bien comprendre, il faut revenir au 19 février dernier. La FIFA est sous le feu des critiques : elle refuse toujours de suspendre la Fédération israélienne de football, malgré des dossiers accablants déposés par la Fédération palestinienne. C’est alors que l’organisation mondiale du football annonce un partenariat stratégique avec le Conseil de la paix, présidé par Donald Trump, dans la bande de Gaza. À Washington, lors de la réunion inaugurale du Conseil de la Paix, Trump savoure : «  Je suis heureux d’annoncer que la FIFA contribuera à lever un total de 75 millions de dollars pour des projets à Gaza, liés au football ». Parmi les promesses annoncées par la FIFA  : 50 mini-terrains près des écoles et zones résidentielles (environ deux millions de dollars), cinq terrains de taille réglementaire (cinq millions de dollars au total), une académie FIFA estimée à 15 millions de dollars et enfin un stade national de 20 000 à 25 000 places, à 50 millions. Un détail qui donne le vertige : le stade national de Gaza, le stade Yarmouk, avait déjà accueilli des matchs. Mais fin 2023, l’armée israélienne en a fait un lieu de concentration et de torture avant de le raser en janvier 2024. Depuis l’été 2024, la population de Gaza l’a transformé en camp de réfugiés. Il sert encore à cela aujourd’hui.

«  Sur le papier, on peut se dire que c’est une bonne idée  », commence Mustafa Siyam. Et on le sent venir, le « mais ». Ce responsable du département média de la Fédération palestinienne de football (PFA) dans la bande de Gaza vit avec les chiffres du massacre des footballeurs gazaouis depuis le 7 octobre 2023 : recueillir les témoignages, vérifier les faits, documenter la destruction des infrastructures et des vies, tout en soutenant la PFA à l’international. Alors il tranche : «  Le développement du football à Gaza ne peut pas remplacer la responsabilité. Il y a un agresseur et c’est lui qu’il faut avant tout sanctionner.   » Même colère chez Mohammad Al Sharif, gardien du Gaza Sporting Club, dont le conflit a stoppé la passion, comme tant d’autres footballeurs gazaouis. Il ne se laisse pas endormir par les jolies maquettes  : «  Ils nous promettent des nouveaux terrains, des académies mais le peuple palestinien n’attend qu’une chose : qu’Israël soit stoppé.  »

Sur le plan du droit, ça grince aussi. Emily Schaeffer Omer-Man, avocate spécialiste du droit international humanitaire et de l’occupation israélienne des territoires palestiniens, pose un principe simple : ce droit, qui protège les civils en temps de guerre, «  s’applique non seulement aux acteurs étatiques, mais aussi aux acteurs privés, aux entreprises.  » Autrement dit, en construisant des infrastructures à Gaza toujours sous occupation israélienne, la FIFA ne fait pas de la charité désintéressée : elle joue avec le feu. Elle pourrait devenir complice de pillage ou d’appropriation illégale de biens. L’avocate détaille le principe qui aurait dû s’appliquer : «  Dès qu’une entreprise prend conscience qu’elle pourrait être impliquée, à travers ses activités commerciales, dans des violations des droits humains, elle doit mener une diligence renforcée, conformément aux directives de l’ONU. Si elle constate que l’une de ses activités ou de ses engagements l’implique dans des violations des droits humains, en particulier des violations du droit international humanitaire, elle est censée modifier ou cesser immédiatement ces activités afin de se conformer au droit international   ». Pendant ce temps, à des kilomètres de ce langage juridique, le président étatsunien, lui, vend du rêve à son chouchou Infantino  : «  Tu vas construire des stades et faire venir les plus grandes stars du monde, des gens encore plus célèbres que toi et moi, Gianni   ».

Un projet sous l’autorité de Donald Trump

Depuis sa réélection il y a un an et demi, Donald Trump a fait de la géopolitique son terrain de jeu personnel. Enlèvement de Nicolas Máduro, frappes en Somalie, au Yémen, en Iran... Mais l’ancien catcheur n’a pas oublié Gaza : il rêve de transformer le territoire palestinien en « French Riviera ». En septembre, après avoir dévoilé son plan de paix, il annonce la création du Conseil de la paix. À l’origine, ce conseil devait administrer l’avenir de Gaza au côté d’Israël, membre fondateur. Pour plusieurs observateurs cités ci-dessous, il rejoue un vieux scénario : celui de la gouvernance impériale. Une puissance extérieure décide seule de l’avenir politique et économique d’un peuple palestinien colonisé, en habillant cette prise de contrôle des mots rassurants de «  reconstruction » et de «  paix ».

Le NGAC (National Committee for the Administration of Gaza) fait bien partie du Conseil de la paix. C’est un comité technocratique de 15 membres palestiniens, techniciens plus que décideurs. Mais selon nos informations, son rôle s’arrête à la gestion du quotidien : eau, électricité, santé, éducation, sous la supervision du Conseil de la paix. Le Fatah et le Hamas ont choisi ses membres, mais Israël et les États-Unis ont eu les derniers mots pour les valider. Aucun pouvoir politique, diplomatique ou sécuritaire ne lui revient. Autour de Trump, 19 pays ont pris place à la table : Arabie saoudite, Argentine, Arménie, Azerbaïdjan, Bahreïn, Bulgarie, Émirats arabes unis, États-Unis, Hongrie, Indonésie, Israël, Jordanie, Kazakhstan, Kosovo, Maroc, Mongolie, Ouzbékistan, Pakistan, Paraguay, Qatar, Salvador et Turquie. Pour devenir membre permanent du Conseil de la paix, chaque pays doit payer un ticket d’entrée d’un milliard de dollars. 19 États. Plus la FIFA, donc.

Omar Shakir va droit au but : «  Le Conseil de la paix dépouille les Palestiniens de leur droit à l’autodétermination et fournit une couverture au gouvernement israélien pour poursuivre son génocide en cours.  » Le directeur de Dawn, une organisation qui scrute depuis des années la politique étatsunienne au Moyen-Orient, va plus loin encore : « [Ce] Conseil de la paix pourrait être bien complice des crimes du gouvernement israélien », et la FIFA avec lui, puisque ses futures infrastructures s’implanteraient justement dans le nord de Gaza, sous contrôle israélien depuis plus d’un an. «  Infantino sait que Trump est à ses côtés, qu’il ne risque rien. Avec Gaza, il a cette volonté de s’imposer comme un homme politique fort qui peut changer le monde. Il sait très bien ce qu’il fait, où il va. Quand il annonçait le projet pour Gaza, je n’étais pas surpris, car cela fait très longtemps qu’on sait qu’il voulait que la FIFA, mais en réalité surtout lui, puisse devenir un acteur politique   ».

Une immunité à toute épreuve

Reste une question qui fâche : comment ce Conseil de la paix agit-il aussi librement, sans jamais craindre de sanction internationale  ? Réponse en un mot : la résolution 2803. Le Conseil de sécurité de l’ONU l’a votée le 17 novembre, et elle change tout. Elle «  accueille favorablement  » et «  salue la création   » du Conseil de la paix. Et surtout, elle lui offre une personnalité juridique internationale, une carte d’identité reconnue par tous les États. D’un trait de vote, le Conseil de sécurité de l’ONU a ainsi transformé un projet unilatéral étatsunien en une entité officielle, presqu’intouchable. Et ce n’est pas fini : la résolution 2026/3 accorderait à tous les membres, employés, contractants et sous-traitants du Conseil de la paix une immunité totale. Personne ne pourrait les arrêter, les détenir ou les poursuivre devant un tribunal de Gaza. Mieux – ou pire : ils pourraient utiliser gratuitement des biens publics palestiniens, sans un centime en échange. Le Conseil de la paix de Donald Trump a désormais toute la légitimité voulue pour transformer Gaza. Sans contre-pouvoir. Emily Schaeffer Omer-Man ne cache pas son inquiétude  : «  C’est très inquiétant. Juridiquement, avec cela, il n’existe aucun recours si le Conseil de la paix venait à échouer à protéger les Palestiniens de Gaza contre des violations du droit international. Donald Trump et son conseil se sont vu accorder une immunité et un blanc-seing pour administrer Gaza sans responsabilité juridique ni militaire   ».

Dans ce Conseil de la paix, il y a aussi Yakir Gabay. Homme d’affaires israélo-chypriote, spécialisé dans l’immobilier allemand, il se présente presque en bénévole désintéressé : «  Notre engagement à Gaza est purement philanthropique et bénévole, dans le but de conseiller et de soutenir la reconstruction de Gaza. Nos objectifs sont de favoriser la prospérité et un avenir meilleur pour la population de Gaza   », assure-t-il, en précisant n’avoir «  aucune activité immobilière passée ou actuelle à Gaza  ». Il se dit loin de la politique israélienne, et applaudit la coopération de la FIFA. On lui pose la question qui pique : entre l’eau, la nourriture, les soins, la sécurité qui manquent cruellement à Gaza, et les stades de football, où est vraiment la priorité  ? Sa réponse fuse, presque enjouée  : «  Pourquoi ne pourraient-ils pas avoir les deux  ? Nous envisageons un nouvel avenir dans lequel la population de Gaza pourra choisir ce qui lui convient le mieux et trouver la meilleure voie vers la paix, la prospérité et une reconstruction durable. Notre priorité actuelle porte sur les efforts humanitaires et l’accélération d’une transition vers une gouvernance civile, l’État de droit, le développement économique et la reconstruction. La joie du football est quelque chose de particulier, appréciée par les gens du monde entier. Elle peut avoir des effets extrêmement positifs sur la jeunesse et sur la société dans son ensemble. Quand le moment sera venu d’avancer, pourquoi voudrait-on priver la population de Gaza de cette source d’espoir  ?  »

Un discours à la « We Are The World  », qui confirme surtout une chose, selon Omar Shakir : le « sport-washing » de la FIFA a encore de belles années devant lui. Il décrypte le procédé qui consiste à habiller de bons sentiments ce qu’on voudrait faire oublier  : «  Ce sport-washing est souvent utilisé par la FIFA pour détourner l’attention, ignorer ou même blanchir certains gouvernements. Ainsi, la collaboration et l’engagement continus de la FIFA avec Israël, alors qu’il continue à s’approprier des terres palestiniennes et perpètre des crimes atroces contre les Palestiniens, lui permet de soigner sa communication avec ce projet à Gaza.  »

Pour l’instant, ce projet n’a pas encore vu le jour. La FIFA se protège d’avance dans son communiqué : la mise en œuvre du projet «  se déroulera dans le cadre d’un contrôle continu des conditions de sûreté et de sécurité. Dès que celles-ci le permettront, la première phase sera lancée. » Sûreté, sécurité : peut-on sans rire utiliser ces mots pendant qu’Israël continue d’occuper et de bombarder Gaza  ?

L’avenir de la Palestine… sans les Palestiniens

Et les Palestiniens dans tout ça  ? Le génocide continue. Les bombes israéliennes ont rasé près de 75% des infrastructures sportives et tué plus d’un millier de sportifs, selon les chiffres de la Fédération palestinienne de football. Et pourtant, le ballon roule encore à Gaza, entre les ruines. «  Le football [officiel] est à l’arrêt total depuis plusieurs mois, c’est difficile d’être interdit de pratiquer sa passion, les journées sont encore plus dures. L’État d’Israël a détruit toutes les infrastructures ici dans la bande de Gaza, et notamment les stades de football. On n’a plus rien  », raconte le gardien Mohammad.

Alors, pour tenir, pour ne pas perdre le moral, les footballeurs gazaouis organisent des tournois, au milieu des gravats. «  C’est important pour nous de continuer à jouer, c’est aussi une manière de montrer notre courage. Malgré le drame, notre passion pour le football ne bouge pas. Pour les Palestiniens, le football n’est pas seulement un jeu, c’est un acte de fierté. La réalité est dramatique, alors ces moments-là nous permettent d’évacuer la douleur et surtout la peur. Quand moi et mes amis jouons un match, c’est une échappatoire, on a l’impression d’être libre.  » Ce gardien, qui rêvait de jouer un jour en Europe, estime que les instances internationales, la FIFA en premier, se rendent complices par leur inaction  : «  Pourquoi elle ne fait rien ? La moindre des choses serait qu’elle sanctionne la Fédération israélienne, mais elle ne fait rien. Elle est complice.  »

Que pourrait faire la FIFA à son niveau  ? La solution existe et elle tient en une phrase : suspendre la Fédération israélienne de football. Pas de justice, pas de paix. Simple, non ? Susan Shalabi, vice-présidente de la Fédération palestinienne de football, a pourtant présenté à plusieurs reprises des dossiers devant la FIFA pour sanctionner Israël. En vain. Elle pose ce qu’elle considère comme le vrai problème  : «  En refusant de sanctionner la Fédération israélienne de football, la FIFA ferme les yeux sur les clubs israéliens implantés dans les colonies. La FIFA continue d’autoriser des clubs situés dans des colonies israéliennes en territoire palestinien occupé à participer aux compétitions de l’IFA[Fédération d’Israël de football]. La FIFA ne se contente pas de tolérer la situation  : elle contribue à ancrer et à pérenniser un système qui dépend de la poursuite de l’occupation du territoire palestinien.  » Coïncidence troublante : trois jours à peine avant l’annonce du partenariat avec le Conseil de la paix, plusieurs organisations de défense des droits humains et clubs de football palestiniens déposaient une plainte contre Gianni Infantino devant la Cour pénale internationale, l’accusant de complicité de crimes de guerre. Un mois plus tard, la FIFA devait trancher un tout autre dossier, bien plus ancien  : la demande de suspension de la Fédération israélienne, réclamée de longue date par la Fédération palestinienne. Une nouvelle fois, la FIFA botte en touche, et se contente d’infliger à Israël une simple amende de 150 000 francs suisses. Une sanction jugée dérisoire par la Fédération palestinienne. Nous avons sollicité la FIFA à plusieurs reprises. Elle n’a pas souhaité répondre à nos questions.

Des questions, les Palestiniens en ont à revendre, eux que la FIFA n’a jamais pris la peine de consulter pour ses projets à Gaza. La Fédération palestinienne de football, pourtant la principale concernée, n’est pas invitée à la table des discussions  : «  La Fédération palestinienne, en tant que fédération reconnue, doit être au centre de toute initiative de ce type, elle est la principale concernée. Mais ce n’est pas le cas, nous n’avons eu aucun échange à ce jour avec la FIFA. Contourner la PFA [Fédération palestinienne de football] fragilise la légitimité institutionnelle et va à l’encontre des principes établis de gouvernance du football. De plus, aucun plan de développement ne peut être dissocié de la question de la responsabilité. Une reconstruction qui ne traite pas les causes de la destruction n’est pas viable.  »

Susan Shalabi va plus loin. Elle démonte le mécanisme comme on ouvre une horloge  : «  Travailler avec les fédérations, c’est un cycle qui s’auto-entretient  : la FIFA finance pour construire et entretenir les infrastructures qui font vivre le football et les fédérations nationales organisent ensuite le football sur leur territoire respectif, le régulent et le développent, en élargissant la participation, les compétitions et les opportunités commerciales. Cela contribue, à son tour, à la croissance, au rayonnement et à la rentabilité du football, générant de nouvelles ressources à réinvestir dans le sport. Cela n’a aucun sens que la FIFA investisse dans de grands projets d’infrastructures footballistiques dans un pays sans la fédération de football de ce pays. À moins que cette exclusion soit volontaire.  » Volontaire, de la part de la FIFA ? Un membre de la Fédération palestinienne de football n’a aucun doute là-dessus : «  Cette absence des acteurs palestiniens à la table des discussions témoigne de la volonté de mettre sous silence le peuple palestinien, ce qui a une portée coloniale. Sa volonté est de voir cette fédération disparaître.  » Face à cette menace de disparition, Mustafa Siyam réaffirme l’évidence : «  La Fédération palestinienne reste la seule autorité légitime pour le football en Palestine. Tout effort visant à soutenir Gaza doit passer par elle, dans le plein respect des principes de gouvernance de la FIFA, c’est tout  ».

En s’associant aux États-Unis et à leur Conseil de la paix, la FIFA abandonne, aux yeux de plusieurs de nos interlocuteurs, son masque d’organisation «  apolitique », celui qu’elle brandit à chaque occasion. Elle jouerait ainsi un rôle bien réel : celui de légitimer, selon eux, la politique génocidaire d’Israël à Gaza. Sur les raisons de sa proximité avec Trump, un des anciens collaborateurs d’Infantino à la FIFA est catégorique  : «  Gianni ne s’est pas rapproché de Donald Trump seulement pour l’image. Politiquement, il est sur la même ligne, il ne s’en est jamais caché et il embarque la FIFA dans son aventure  ». Et s’opposer à l’aventure du chef n’a rien d’évident  : «  Il y a une certaine loi du silence au sein de la FIFA  : personne n’ose exprimer son désaccord publiquement ni contester la direction. Ceux qui le feraient seraient mis à l’écart et ça, tout le monde l’a intégré. »

Pendant ce temps, à Gaza, Infantino et Trump continuent de se rêver en sauveurs du monde, bien décidés à aller jusqu’au bout. Cerise sur le gâteau : Trump verrait bien Infantino décrocher le poste de Secrétaire général de l’ONU. Tout va pour le mieux, décidément, dans le meilleur des mondes.

Source : BLAST
https://www.blast-info.fr/articles/...


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