« Les artistes ne doivent pas être réduits au silence » : ...

lundi 21 septembre 2026

... tous les chanteurs de la tournée d’Ed Sheeran se retirent en soutien à Macklemore et la Palestine

Le rappeur états-unien a été contraint, lundi 14 septembre, de renoncer à la tournée états-unienne du chanteur Ed Sheeran, pour avoir dénoncé sur scène le génocide à Gaza et l’apartheid en Cisjordanie occupée. Depuis, la totalité des artistes assurant les premières parties et le groupe live d’Ed Sheeran ont annoncé boycotter les prochaines dates de la tournée.

Culture et savoir, publié le 15 septembre 2026

Macklemore lors du festival Lollapalooza, à Paris, le 19 juillet 2025.
© Christophe Meng/ABACAPRESS.COM

En choisissant la censure, les soutiens d’Israël n’ont fait qu’amplifier son message. Contraint de se retirer de la tournée états-unienne de la star de la pop Ed Sheeran suite à ses multiples prises de parole sur scène afin de dénoncer le génocide du peuple palestinien commis par Israël, Macklemore a enclenché un mouvement d’ampleur.

En soutien au rappeur, le chanteur Finneas, qui devait assurer la première partie d’Ed Sheeran pour six dates en Amérique du Sud, en novembre, s’est retiré de la tournée. « Les artistes ne doivent pas être réduits au silence lorsqu’ils prennent la parole pour défendre les opprimés, a-t-il partagé, mardi 15 septembre, sur ses réseaux sociaux. J’ai décidé d’annuler ma participation à la tournée d’Ed Sheeran. Je soutiens la Palestine et son peuple. »
« Nous devrions pouvoir parler de la guerre, des civils tués »

Pour lire la suite : https://www.humanite.fr/culture-et-savoir/censure/il-ny-a-pas-de-position-neutre-entre-loppresseur-et-loppresse-malgre-la-censure-le-rappeur-macklemore-continue-de-denoncer-le-genocide-des-pa

Le chanteur Aaron Rowe, dont la présence sur scène était prévue pour les dix dernières dates de la tournée états-unienne d’Ed Sheeran, a lancé le mouvement quelques heures plus tôt. « En tant qu’Irlandais, nous n’avons que trop bien connu le génocide, la famine imposée et l’occupation violente, a-t-il rappelé. Je ne peux rester les bras croisés et laisser des milliardaires abuser de leur pouvoir pour faire taire les voix légitimes de ceux qui dénoncent le génocide israélien et qui mettent en lumière le meurtre barbare d’enfants. »

Même élan de solidarité pour le groupe irlandais Beoga, qui accompagne la superstar de la pop lors de sa performance, afin de dénoncer le « musellement de Macklemore par les lobbies sionistes » ou pour le groupe de pop danois Lukas Graham : « Nous devrions pouvoir parler de la guerre, des civils tués, des enfants qui méritent de grandir. Où qu’ils vivent. Quel que soit le drapeau qui flotte sur eux. »

Ce mouvement de boycott intervient après qu’Ed Sheeran a tenté de justifier sa décision dans un communiqué publié sur Instagram. « L’annulation de la tournée par Macklemore était une décision du promoteur, pas la mienne, a assuré la pop star. J’ai passé cette semaine à essayer de renouer le dialogue, de trouver une solution, mais malheureusement, je n’y suis pas parvenu. »

Reste que les soutiens de Macklemore lui reprochent son silence sur le génocide en cours dans la bande de Gaza, comme plus largement sur la politique coloniale d’Israël. Si Ed Sheeran a annoncé, dans son texte, être « consterné par le conflit israélo-palestinien » et « les souffrances et les douleurs causées des deux côtés », l’apolitisme dont il se réclame a été rapidement démonté ; ses nombreux soutiens publics envers le peuple ukrainien ayant refait surface. « Je comprends pourquoi les gens ne parlent pas »

De même, l’annonce du retrait de Macklemore a été réalisée par le promoteur Messina Touring Group, dans un communiqué dévoilé par le magazine Rolling Stone : « Nous avons été informés par les salles de concert des prochaines dates qu’elles refuseraient la présence de Macklemore à l’affiche, ce qui entraînerait l’annulation de la tournée et impacterait des centaines de milliers de fans. » Macklemore devait se produire à huit des dix concerts restants de la tournée d’Ed Sheeran.

« Je comprends pourquoi les gens ne parlent pas, a rapidement réagi le rappeur, dans un texte diffusé sur ses réseaux sociaux. Prendre parti peut coûter cher. De l’argent, des accords avec des marques, des sponsors, des festivals, des relations. J’ai perdu toutes ces choses. »

Il n’en reste pas moins que la véritable victime de l’affaire reste le « peuple palestinien », comme l’a rappelé Macklemore. Qualifiant Ed Sheeran de « frère », il reconnaît avoir eu des « conversations difficiles (avec lui) la semaine dernière », le « genre de conversation ancrée dans l’amour et le respect de l’autre qui s’achève malgré tout sur un désaccord ».

Macklemore a aussi affirmé avoir été écarté de la tournée à la suite de pressions du multimilliardaire Robert Kraft, propriétaire de l’équipe de football américain New England Patriots et du Gillette Stadium. « Ed m’a dit que Kraft avait rallié d’autres propriétaires de stades et que, collectivement, ils lui avaient lancé un ultimatum : si Macklemore poursuit la tournée, il ne sera plus autorisé à jouer dans nos salles », annonce le rappeur.

Robert Kraft a rapidement confirmé, avec un communiqué, avoir pris la décision d’interdire à Macklemore de se produire au Gillette Stadium. Le patron a ainsi affirmé avoir voulu répondre aux « actions récentes, (à) des propos tenus sur scène lors des concerts d’Ed Sheeran dans le New Jersey, et (à) un historique plus large de rhétorique et d’images antisémites que nous jugeons profondément offensantes et blessantes pour la communauté juive ».

« Mon message est un message de paix »

Une manière de disqualifier les propos de Macklemore, dont le message n’a été que de dénoncer un génocide et un processus colonial documentés par la justice internationale. Lors du premier concert de la tournée, au MetLife Stadium, près de New York, le rappeur de Seattle a ainsi scandé « Libérez la Palestine » sur scène, exprimé sa solidarité avec les populations de Gaza et de Cisjordanie occupée, projeté des images de la dévastation commise par les bombardements israéliens puis a interprété son morceau Hind’s Hall, écrit en hommage aux manifestations à l’université Columbia.

Lors de son deuxième concert, toujours au MetLife Stadium, Macklemore a rappelé que « critiquer Israël, critiquer l’apartheid, s’opposer au génocide ne vise en aucun cas » la communauté juive. « Mon message est un message de paix ; un appel à l’amour et au respect de la dignité et de l’égalité pour tous les êtres humains », a-t-il conclu. Des prises de paroles conformes au rappel qu’a réalisé Macklemore dans son texte : « Il n’y a pas de position neutre entre l’oppresseur et l’oppressé. »

Parmi les salles qui auraient refusé la venue du rappeur figurent le Lincoln Financial Field à Philadelphie (Pennsylvanie) ; le Gillette Stadium à Foxborough (Massachusetts) ; le Mercedes-Benz Stadium à Atlanta (Géorgie) ; le Lucas Oil Stadium à Indianapolis (Indiana) ; le Bank of America Stadium à Charlotte (Caroline du Nord) ; l’AT & T Stadium à Arlington (Texas) ; et le Raymond James Stadium à Tampa (Floride).

Si deux de ces stades sont privés – le Bank of America Stadium à Charlotte et le Gillette Stadium à Foxborough – les autres appartiennent à des villes, des États ou d’autres entités gouvernementales, relève Rolling Stone. Outre une possible atteinte à la liberté d’expression, le magazine rappelle que le dernier stade prévu pour la tournée – le Raymond James Stadium de Tampa – avait maintenu deux concerts de Ye (de son nom civil, Kanye West), malgré son allégeance au nazisme et ses propos antisémites. Une différence d’indignation qu’il est difficile de justifier.


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