Une « avalanche de vérité » : le film « American Doctor » montre le quotidien de trois médecins à Gaza

jeudi 20 août 2026

Le médecin américain Mark Perlmutter a soigné des patients à travers 30 pays différents. Mais rien, de l’ouragan Katrina ayant dévasté la Louisiane à Haïti détruite par un séisme en 2010, ne le préparait à l’horreur de la bande de Gaza, bombardée sans relâche par les Israéliens.

Sa première semaine passée dans le territoire palestinien était « pire » que tout ce qu’il avait vécu jusqu’alors, a confié le chirurgien orthopédique à l’AFP.

Les souffrances de ses patients gazaouis soignés sous les bombes israéliennes lancées en représailles aux attaques du Hamas commises en octobre 2023 sont montrées dans « American Doctor », un documentaire diffusé vendredi dans les salles obscures américaines.

La réalisatrice Poh Si Teng montre le quotidien de trois médecins américains à Gaza, Mark Perlmutter, de confession juive, Thaer Ahmad, musulman d’origine palestinienne, et Feroze Sidhwa, né de parents zoroastriens.

« Les gens pensent qu’ils doivent avoir un doctorat pour comprendre (le conflit israélo-palestinien) et en parler  », explique ce dernier à l’AFP. « Mais la question n’est pas de savoir si vous connaissez l’histoire israélo-arabe. La question est : Soutenez-vous le meurtre d’enfants ? Soutenez-vous le fait que des médecins soient torturés ? Soutenez-vous les bombardements d’hôpitaux ? ».

Selon le ministère de la Santé placé sous l’autorité du Hamas et dont les chiffres sont considérés comme fiables par les Nations unies, les opérations israéliennes à Gaza ont fait 1.258 morts depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu en octobre 2025. Le bilan total dépasse les 73.000 morts.

- « Pas de demi-mesure » -

Israël reconnaît avoir bombardé intentionnellement des infrastructures médicales, mais assure que des tunnels du Hamas se cachent sous ces hôpitaux. Les trois médecins filmés dans le documentaire disent n’avoir vu aucun tunnel.

Décider ce qui peut être montré à l’écran a représenté un véritable défi pour Poh Si Teng, qui a travaillé pour plusieurs médias, dont l’AFP.

« Si vous montrez trop de choses et que ça devient gratuit, personne ne va regarder (...) Si vous en montrez trop peu, ce n’est pas réel  », dit-elle. « Il faut être efficace dans la manière de montrer la vérité. »

Le film s’ouvre précisément sur ce dilemme, lorsque la réalisatrice hésite à montrer des photos d’enfants morts, par crainte de porter atteinte à leur dignité. « C’est Israël qui leur a ôté leur dignité », réplique Mark Perlmutter.

« Ca a été un moment où je me suis dit : il n’y a pas de demi-mesure dans cette histoire  », raconte Poh Si Teng.

De retour aux Etats-Unis, les trois médecins continuent de se battre pour Gaza, au Congrès ou en interview.

« Si je vous dis qu’il y a des enfants qui meurent de faim, que des mères ont du mal à nourrir leurs enfants, que des adolescents meurent sous les bombes, vous devriez répondre "Il faut y mettre fin"  », lâche Thaer Ahmad.

« Votre réaction ne devrait pas être : "Oh, mais qui sont-ils, où sont-ils, d’où viennent-ils, quelle religion pratiquent-ils ?" ».

La réalisatrice n’a pu se rendre à Gaza, fermée aux journalistes, et a fait appel à des locaux pour filmer les scènes se déroulant dans le territoire palestinien.

Poh Si Teng a confié avoir eu du mal à obtenir des financements pour son film, les donateurs hésitant à investir dans une initiative mettant en évidence les dégâts causés par des armes israéliennes financées par les Etats-Unis.

Mais elle espère qu’« American Doctor » contribuera à faire évoluer les choses, un espoir partagé par Mark Perlmutter, qui affirme qu’une « avalanche de vérité commence par des flocons de neige ».

« Je suis optimiste : nous sommes tous des flocons de neige dans cette boule de neige qui ne cesse de grossir. »

Source : MEDIAPART
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