Une illustration portant une mention « Stop génocide » censurée par la ville de Strasbourg

jeudi 3 septembre 2026

L’illustration de l’artiste Magali Attiogbé, choisie pour la couverture de l’agenda culturel des médiathèques de l’Eurométropole pour septembre-octobre 2026, a été remplacée au dernier moment. Sollicitée, la municipalité assume son intervention politique.

Eva Chibane (Rue89 Strasbourg)

Strasbourg (Bas-Rhin).– L’affaire a commencé à circuler sur Reddit. Dans une publication mise en ligne vendredi 28 août sur le forum consacré à Strasbourg, un internaute affirme que la municipalité socialiste a décidé de changer l’illustration de couverture du programme culturel des médiathèques de l’Eurométropole pour septembre-octobre 2026, alors qu’une partie du document avait déjà été imprimée.

Le message n’est resté en ligne que quelques heures avant d’être supprimé par son auteur qui évoquait, entre autres, que des exemplaires déjà imprimés auraient été récupérés afin d’être jetés puis réimprimés.

L’illustration initialement retenue a bien été remplacée. Elle n’avait pas été créée spécialement pour les médiathèques : elle est tirée de Rue des Quatre-Vents. Au fil des migrations (Les éditions des éléphants, 2018), un livre illustré par Magali Attiogbé et consacré à l’histoire d’une rue marquée par différentes vagues migratoires.

À gauche, l’illustration de Magali Attiogbé en couverture de l’agenda culturel des médiathèques de Strasbourg ; à droite, la nouvelle couverture du magazine. © Photomontage et documents Rue89 Strasbourg

Au fil des pages, l’ouvrage raconte les parcours de personnes venues notamment du Vietnam, du Mali, d’Afghanistan, d’Italie ou encore d’Algérie. L’illustration choisie pour le programme des médiathèques faisait apparaître différents éléments graphiques et textuels, dont un drapeau LGBTQI+ et la mention « Stop génocide ».

Pour lire la suite : https://www.mediapart.fr/journal/france/310826/une-illustration-portant-une-mention-stop-genocide-censuree-par-la-ville-de-strasbourg?utm_source=article_offert&utm_medium=email&utm_campaign=TRANSAC&utm_content=&utm_term=&xtor=EPR-1013-%5Barticle-offert%5D&M_BT=9777123807459

Finalement, ce n’est pas cette illustration qui figurera sur le programme des médiathèques. Elle a été entièrement remplacée par une photographie, sans lien avec le visuel initial. Selon nos informations, le changement est intervenu très récemment, alors que le programme était déjà préparé.

Magali Attiogbé confirme à Rue89 Strasbourg avoir été contactée cet été pour autoriser la réutilisation de son illustration. Elle indique en revanche ne pas avoir été informée de son remplacement. L’utilisation du visuel correspondait à une citation de son ouvrage, avec le crédit de l’illustratrice.

Le livre, paru cette année dans une version actualisée, doit par ailleurs être mis en avant cet automne dans le cadre d’une exposition consacrée à Magali Attiogbé à la médiathèque Olympe-de-Gouges. L’illustratrice doit notamment y animer un atelier le 17 octobre.

« Volonté de censure politique »
Des élu·es d’opposition demandent désormais des explications à la municipalité. L’ancienne maire écologiste Jeanne Barseghian et Germain Mignot (Parti communiste français), coprésident·es du groupe « Strasbourg juste et vivante », ont adressé une demande en ce sens à la ville. Il et elle s’interrogent sur une possible « volonté de censure politique ».

« Nous peinons à comprendre la décision qui a conduit à effacer cette illustration, et par conséquent à jeter des centaines d’exemplaires de ce livret. Nous craignons qu’il ne s’agisse d’une volonté de censure politique concernant un ou plusieurs des éléments illustrés sur la couverture de ce livret […]. Nous vous demandons de bien vouloir justifier ce choix, et de nous assurer que cet effacement n’est pas le fruit d’une volonté de censure émanant de l’exécutif municipal », écrivent-ils.

Sorti du contexte de l’œuvre dont il est issu, ce message pouvait prêter à interprétation, susciter des incompréhensions et être perçu comme une prise de position politique de la collectivité. Le cabinet de Catherine Trautmann, maire de Strasbourg

Plusieurs sources dénoncent l’intervention de Carole Wenner, adjointe à la maire chargée de la lecture publique, de la promotion du livre et de la lutte contre l’illettrisme, dans cette décision.

Sollicitée, la municipalité explique : « Une illustration d’artiste, présentée dans le cadre d’une exposition des médiathèques de Strasbourg et portant notamment l’inscription “Stop génocide”, a été utilisée pour la couverture du programme de rentrée des médiathèques. Ce choix de communication a été fait sans validation politique ni hiérarchique. »

« Sorti du contexte de l’œuvre dont il est issu, ce message pouvait prêter à interprétation, susciter des incompréhensions et être perçu comme une prise de position politique de la collectivité. Il n’était donc pas adapté à un support de communication institutionnelle de la ville. […] Pour éviter toute incompréhension, le choix a été fait de modifier la une du programme des médiathèques tout en gardant bien sûr l’exposition programmée », ajoute-t-elle.

Selon nos informations, le programme culturel des médiathèques a été imprimé à 13 000 exemplaires. Lorsque la décision de changer le visuel a été prise, il a finalement été réimprimé à 7 000 exemplaires. Interrogée, la ville n’a pas répondu sur ce point, mais conclut en disant vouloir « permettre à chacune et chacun de se reconnaître dans la collectivité, favoriser la compréhension mutuelle, le dialogue et le rassemblement et contribuer à l’apaisement ».

Eva Chibane (Rue89 Strasbourg)

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Cet article a été publié sur Rue89 Strasbourg vendredi 28 août 2026.
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