À Jénine comme ailleurs en Cisjordanie, Israël veut en finir avec la question des réfugiés

Cibles d’attaques israéliennes répétées depuis le 7-Octobre, les camps de réfugiés du nord de la Cisjordanie sont aujourd’hui visés par un bouleversement géographique et démographique, avec l’expulsion de milliers d’habitants. À Jénine, l’Autorité palestinienne est accusée d’avoir prêté main-forte aux Israéliens.
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Jénine (Cisjordanie).– Le regard fixé sur la colline face à lui, un mélange de sidération et de rage dans les yeux, Ahmed Steti saute de son camion-citerne sur la petite route avant de s’arrêter brutalement, le corps tendu comme un arc. « Ma maison ! C’est ma maison qu’ils détruisent ! C’est ma maison ! », crie-t-il. À plusieurs centaines de mètres, à flanc de coteau, la silhouette d’un énorme bulldozer émerge de la poussière. Sa pelle éventre en cadence. C’est un D9, engin blindé de l’armée israélienne, utilisé en Cisjordanie pour détruire routes, maisons, boutiques, canalisations, poteaux et lignes électriques.
Ahmed Steti, à 59 ans, ne pensait pas voir ça un jour : son habitation de deux étages, celle de son frère et celle d’un de ses fils réduites à l’état de gravats, et il ne peut même pas se rendre sur les lieux du désastre.
Le voilà impuissant planté au milieu de fleurs printanières avec son téléphone portable. « Ne préviens pas ta mère, surtout, son cœur ne le supporterait pas », intime-t-il à l’un de ses fils, à qui il décrit la scène, au bord de la suffocation.
Le 13 mars, six maisons ont été démolies dans le camp de réfugié·es de Jénine, selon des déplacé·es. Le premier jour de l’entrée en scène des D9, ils en ont compté quatorze. Le lendemain, sept. Et puis encore vingt-deux, et quatre. Des chiffres invérifiables, puisque personne ne peut se rendre dans le camp sous peine d’être ciblé par les snipers israéliens.
Le camp de Jénine a subi de multiples attaques israéliennes ces dernières décennies. Mais cette nouvelle opération militaire, commencée le 21 janvier, soit deux jours après l’entrée en vigueur du cessez-le-feu dans la bande de Gaza, n’est pas de même nature. Elle vise également trois autres camps de réfugié·es du nord de la Cisjordanie. Elle a été analysée par la plupart des observateurs comme un gage offert par Benyamin Nétanyahou aux formations d’extrême droite indispensables à sa coalition.
Force est de constater que l’objectif du gouvernement israélien va au-delà, en tout cas en ce qui concerne le camp de réfugié·es de Jénine.
« Cela fait des décennies que l’objectif est d’expulser les Palestiniens, la différence est qu’aujourd’hui les dirigeants ne s’en cachent plus. Ils le font ouvertement et le proclament », analyse Shai Parnes, porte-parole de l’organisation israélienne de défense des droits humains B’Tselem.
SOURCE : Médiapart
