Antisémitisme : entre vrai retour en force et manipulation

Depuis le massacre du 7 octobre 2023 en Israël et le déclenchement de la guerre à Gaza, les manifestations d’hostilité à l’encontre des juifs de France sont en hausse. Un ressentiment instrumentalisé par des puissances étrangères et par tous ceux qui veulent diaboliser le soutien à la cause palestinienne.
C’était à prévoir. Comme à chaque fois qu’on se rapproche d’un événement commémoratif, l’anniversaire de l’attaque terroriste contre l’Hyper Cacher de Vincennes de 2015 a été accompagné de nouvelles manifestations d’antisémitisme. Le 7 janvier, des tags ont ainsi été découverts sur la façade de la synagogue de Rouen.
La veille, le parquet de Paris a révélé que des étoiles de David avaient été dessinées sur un des immeubles situés à proximité du magasin dans lequel Amedy Coulibaly a tué quatre personnes de confession juive, deux jours après l’attentat perpétré contre Charlie Hebdo par les frères Kouachi.
« L’augmentation des faits d’antisémitisme est assez spectaculaire. (…). Aujourd’hui, les chiffres que j’ai au 30 novembre, on était à près de 1 500 faits d’antisémitisme », a ainsi indiqué Aurore Bergé, ministre déléguée chargée de l’égalité, dimanche 5 janvier dans un entretien à Europe 1-les Échos-CNews, en précisant que les données pour l’ensemble de l’année 2024 n’allaient pas tarder à être publiées.
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Des actes difficiles à quantifier avec précision
Cette recrudescence n’est pas une surprise. Comme à chaque soubresaut du conflit entre Israéliens et Palestiniens, les actes antisémites ont connu un nouveau regain depuis les attaques terroristes du Hamas le 7 octobre 2023 et le lancement de l’offensive israélienne sur la bande de Gaza.
À l’automne 2024, la Ligue nationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra) décomptait ainsi une hausse de 121 % du nombre de signalements en un an. « Les autres faits de racisme n’ont pas disparu pour autant. Ils ont eux aussi augmenté, mais dans une moindre proportion (+ 52 %) », précisait au Monde son président, Mario Stasi.
Quelles soient symboliques, verbales ou physiques, ces agressions génèrent la peur et renforcent l’isolement, déjà prégnant parmi les personnes se considérant comme juives ou assimilées comme telles. « Être juif en France, ça veut dire avoir peur tout le temps, ça veut dire être sur le qui-vive tout le temps, encore davantage depuis le 7 octobre », résumait en novembre 2023 une quarantenaire au journal du soir.
Indéniable, la hausse du nombre d’actes antisémites est néanmoins difficile à quantifier avec précision. Les statistiques officielles incluent des faits de nature diverse, allant du graffiti à l’agression physique, sans distinguer leur niveau de gravité. Il n’est pas précisé si tous les signalements sont décomptés, ou uniquement ceux qui sont vérifiés. L’incertitude pèse aussi sur les origines de ces violences.
« Beaucoup des actes antisémites que j’ai étudiés – je pense notamment aux profanations des cimetières – sont signés de groupuscules nazis. Tous ces actes qui se multiplient sont rarement élucidés. Il faut être très prudent avant de les imputer à des gens qui seraient liés au monde arabe ou musulman », met en garde le sociologue Michel Wieviorka.
Un climat délétère qui favorise les manipulations
Surtout, le climat délétère favorise les manipulations. L’épisode des étoiles de David retrouvées à Paris et dans des villes de banlieue fin octobre 2023 en est un bon exemple. L’affaire a provoqué énormément d’émotion dans les médias et la classe politique. Il s’agissait pourtant d’une opération menée par des Moldaves et orchestrée par un homme proche du régime de Vladimir Poutine.
Pire, l’affaire a été rendue virale sur les réseaux sociaux grâce au partage de 2 589 publications sur la plateforme X, relayées par 1 095 faux comptes, selon les enquêteurs de Viginum, l’agence chargée de surveiller les ingérences étrangères sur Internet. Au printemps 2024, le même scénario s’est répété à l’identique avec les mains rouges dessinées sur les murs du Mémorial de la Shoah, à Paris.
La montée des actes antisémites a également tendance à être instrumentalisée pour délégitimer toute critique de la politique israélienne. On a ainsi pu voir fleurir, depuis le déclenchement de la guerre à Gaza, une série de plaintes contre des personnalités accusées d’apologie du terrorisme, comme Guillaume Meurice ou le secrétaire général de l’Union départementale CGT du Nord, Jean-Paul Delescaut, condamné à un an d’emprisonnement en avril 2024.
« Nous ne sommes pas surpris. Tous les gouvernements israéliens qui se sont succédé ont usé jusqu’à la corde de l’accusation d’antisémitisme pour réfuter toute opposition, notamment à leur politique vis-à-vis des Palestiniens », constate Jacques Lewkowicz, vice-président de l’Union des juifs pour la résistance et l’entraide.
En lien avec le Réseau d’actions contre l’antisémitisme et tous les racismes, il appelle d’ailleurs à se rassembler ce jeudi 9 janvier, à 18 heures, devant l’Hyper Cacher, « face à cette barbarie qui contribue de façon évidente à la montée des populismes et de l’extrême droite en France et partout dans le monde ».
