Après l’accord sur Gaza, Israël entre soulagement et questionnements

Si le cessez-le-feu à Gaza a été accueilli favorablement en Israël, ce “deal” soulève plusieurs questions sur la période à venir. Il a aussi été conclu en contrepartie de promesses américaines susceptibles de profiter aux plans expansionnistes de ceux qui soutiennent la colonisation au sein du pouvoir israélien, estiment certains médias israéliens.
La mise en application de l’accord conclu au Qatar mercredi 15 janvier entre Israël et le Hamas sur le retour de près d’une centaine d’otages israéliens en échange d’un cessez-le-feu modulable en trois phases et de la libération d’un millier de prisonniers palestiniens n’est plus qu’une question de jours et d’ultimes peaufinages juridiques, “après un an de tergiversations et de vaines destructions”, rappelle Amos Harel dans Ha’Aretz https://www.haaretz.co.il/news/poli...
“Lorsqu’ils seront de retour dans leurs foyers, la plupart d’entre eux ne se rueront sans doute pas devant un micro ou une caméra”, estime le journaliste. Les otages et leurs familles auront en effet besoin de temps pour retrouver leurs marques.
Outre les otages, “c’est toute la société israélienne qui va devoir entamer un lent travail de résilience”, poursuit en écho la journaliste Rotem Isaac dans Yediot Aharonot, laquelle ajoute que “notre peuple se doit de rappeler que, contrairement au Hamas qui sanctifie la mort et à l’exception de l’opinion d’extrême droite, il sanctifie la vie”.
Si l’accord a indéniablement suscité un soulagement général en Israël, il a aussi soulevé plusieurs questions notamment sur le jour d’après, souligne Chaim Levinson, dans Ha’Aretz. Il dit craindre que “le modèle de gouvernance alternative au Hamas soit composé de marionnettes acceptables par l’Occident”, qu’il s’agisse d’une “constellation tribale appuyée par les États occidentaux, d’une réminiscence officieuse de l’Autorité palestinienne ou d’un afflux de fonds saoudiens, qataris et émiratis, pour une fois alliés, ou tout cela à la fois”.
Un Hamas menacé du “feu de l’enfer”
Une chose est sûre pour l’ensemble de la presse israélienne : le grand gagnant de l’accord du 15 janvier est tout simplement Donald Trump, lequel enregistre un premier succès diplomatique à quelques jours de son investiture officielle.
En effet, comme le souligne Ronen Bergman, l’expert militaire de Yediot Aharonot, ces dernières semaines, le président élu des États-Unis “n’a pas lésiné sur le ‘bâton’, à savoir les menaces envers le Hamas, n’hésitant pas à promettre que si un accord n’était pas conclu avant son investiture, il ferait ‘pleuvoir le feu de l’enfer’ sur la bande de Gaza”.
Envers le gouvernement israélien de Benyamin Nétanyahou, Donald Trump a plutôt opté pour la “carotte”, “en promettant un véritable paquet-cadeau : la relégalisation du controversé programme d’espionnage israélien Pegasus, la levée des sanctions adoptées par l’administration démocrate américaine sortante à l’encontre de plusieurs dirigeants coloniaux juifs de Judée-Samarie [Cisjordanie palestinienne occupée] et de députés d’extrême droite, et la relance des négociations portant sur la normalisation entre l’État d’Israël et le royaume d’Arabie saoudite”.
Promesses américaines
Autre “carotte”, toujours selon Ronen Bergman : “Trump s’est engagé à mener une ‘guerre d’usure’ contre la Cour internationale de justice [CIJ] et contre les mandats d’arrêt émis par la Cour pénale internationale [CPI] à l’encontre de Nétanyahou et de son ancien ministre de la Défense Yoav Gallant”, forcé à la démission du gouvernement israélien en novembre 2024.
“La promesse de Trump d’autoriser l’armée israélienne à réoccuper la bande de Gaza, ‘si nécessaire’”, et de lui laisser toute latitude en Cisjordanie quant à la relance de la colonisation juive de peuplement, était un autre gage pour faire aboutir l’accord.
De l’avis de tous les éditorialistes israéliens, cet engagement non écrit américain avait pour but de dissuader les deux partis d’extrême droite suprémaciste, qui font partie du gouvernement Nétanyahou, de réclamer une “résurrection” des anciennes colonies juives de Gaza [démantelées à l’automne 2005] en menaçant de faire tomber le gouvernement.
Le cynisme de l’extrême droite israélienne
Dans Maariv, Anna Barsky se veut ironiquement “optimiste” et gage sur le “cynisme” des deux partis d’extrême droite. “Ils peuvent se répandre en discours ‘patriotiques’ vibrants et en mises en garde contre une catastrophe nationale imminente, mais ces gens auront du mal à renoncer aux avantages liés à leur statut [et aux portefeuilles qu’ils détiennent] au sein du gouvernement, qui leur permet de coloniser massivement la Judée-Samarie [Cisjordanie] et, pour ce faire, continuer de siphonner les caisses de l’État.”
Autrement dit, l’accord du 15 janvier ne menace nullement le gouvernement de Benyamin Nétanyahou. C’est aussi l’opinion de Yoav Zitun dans Yediot Aharonot. “À leur grand dam, les patrons de l’armée israélienne soupçonnent que la véritable issue de l’accord de Doha soit un ‘piège’ destiné, à la moindre étincelle, à la recolonisation de la bande de Gaza, même si le gouvernement Nétanyahou est assez futé pour ne pas dévoiler ce plan aux familles des otages, aux réservistes et à l’opinion israélienne dans son ensemble”.
Source : LE COURRIER INTERNATIONAL
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