BRISONS LE MUR DU SILENCE !

LE RENONCEMENT DES ÉGLISES DE FRANCE A LA JUSTICE POUR LA PALESTINE : BRISONS LE MUR DU SILENCE !
Michel Marchand et Anne de Vergnette
Adhérent.e.s à Palestine 13, groupe local de l’AFPS de Marseille
Comment les responsables des chrétiens de France, signataires de la déclaration du 26 mai 2025, refusent toujours d’entendre les appels des chrétiens de Palestine et d’agir selon la signification du mot Kairos.
La philosophe Simone Weil (1909 - 1943) dénonçait le colonialisme comme la forme ultime de l’oppression sociale et des inégalités. La situation en Palestine a dépassé ce stade puisqu’il s’agit de la mise en œuvre, par l’État d’Israël, d’un colonialisme de remplacement. Il s’agit d’un nettoyage ethnique et d’un génocide pour s’approprier la terre de Palestine sans les Palestiniens
(le slogan odieux et mensonger, « Une terre sans peuple, pour un peuple sanst erre » est utilisé sans vergogne depuis les débuts du sionisme). Cette politique se déploie avec la complicité du monde occidental.
Dans le monde chrétien, des visions politiques, sociales s’opposent. Le mouvement Kairos1, vaste mouvement œcuménique chrétien non violent, s‘inspire de la théologie de la libération dont sont issues les expériences sud-américaines qui visaient à défendre l’amélioration des conditions de vie des plus pauvres, en garantissant notamment leur « droit à la terre ». Le
mouvement Kairos Palestine s’inscrit dans cette démarche et dénonce la situation des Palestiniens soumis à l’occupation illégale israélienne et à son œuvre de destruction.
Le 16 décembre 2024, Kairos Palestine adressait un appel aux Églises d’Europe : « Pourquoi gardez-vous le silence face au génocide ? ». A Pâques 2025, un nouvel appel était lancé : « Nous ne pouvons pas tolérer la politique et les pratiques d’oppression, de vol de terres, de nettoyage ethnique et de génocide, mises en œuvre par l’État d’Israël ». Le dernier appel mondial du 12 mai 2025(2) s’inscrit dans la défense des droits des Palestiniens et du respect du
droit international : droits à l’autodétermination, au retour des réfugiés, à la vie, à la liberté, à la dignité, condamnations de la discrimination raciale, de l’apartheid, de la confiscation des terres, des déplacements forcés, des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité, du nettoyage ethnique, du génocide.
Les appels des Palestiniens, opprimés et colonisés, exprimés par Kairos Palestine rencontrent peu d’écho en Occident, en Europe, en France, alors que le Conseil œcuménique des Églises (COE) (3) réuni en Afrique du Sud du 18 au 24 juin 2025 demande aux États et aux églises « d’imposer des conséquences aux violations du droit international, y compris des
sanctions ciblées, le désinvestissement et les embargos sur les armes ».
La déclaration des responsables religieux chrétiens de France du 26 mai 20254 pour la paix à Gaza délivre un autre message, empreint d’une « théologie impériale », qui se révèle une justification d’un statu quo complice de celui du monde occidental. Certes, elle appelle à la paix en Palestine, mais elle reste superficielle, tiède, très vague et, au final, contre productive ! Or, il
est fondamental de se consacrer à une analyse approfondie de la situation en Palestine et de nommer les choses concrètement.
Les signataires de la déclaration s’inquiètent en premier ressort de la libération des otages (sous-entendu israéliens) sans conditions, comme si la population gazaouie n’était pas elle-même otage de l’armée israélienne, comme si l’histoire de Gaza et de la Palestine débutait le 7 octobre 2023, comme s’il fallait oublier le sort des milliers de Palestiniens prisonniers, adultes, enfants, détenus arbitrairement.
Le décalage entre la demande « que les enfants et les jeunes puissent étudier en toute sérénité » alors qu’il s’agit de la sauvegarde de leur vie, menacée par les armes et la famine, aurait du les interpeller. Plus grave encore, les signataires refusent toujours de nommer « Palestiniens » les habitants de la Palestine et le mot « génocide » est banni de toute déclaration des autorités
religieuses occidentales. Un symptôme très révélateur de cette orientation est clairement visible dans cette citation : un État (en l’occurrence Israël) « se grandit en respectant [le droit international, notamment humanitaire] », alors qu’il s’agit d’une obligation.
Deux visions s’opposent face à une même tragédie, deux théologies : celle des opprimés et celle empruntée au modèle d’oppression coloniale du monde occidental : laisser faire un génocide (puisqu’il n’est pas nommé) sur le peuple palestinien (puisqu’il n’est pas identifié).
1 L’Appel Kairos a été lancé en 1984 par les Églises sud-africaines contre l’apartheid en Afrique du Sud. Le Kairos est un des trois concepts utilisé dans la Grèce antique pour penser le temps, il désigne l’instant propice à l’action, le temps opportun. Le Chronos correspond à l’écoulement du temps, le temps linéaire, enfin l’Aïon renvoie à la notion du temps cyclique, au rythme de l’univers, à l’éternité
2 Appel mondial 2025 de Global Kairos for Justice pour affirmer les droits des Palestiniens et le respect du droit international. Texte traduit par Les Amis de Sabeel France, 12 mai 2025.
3 Le Conseil œcuménique des Églises dénonce l’apartheid et l’occupation israéliens, appelle à un désinvestissement et à des sanctions. Mondoweiss (26 juin 2025)
4 Communiqué de presse du Conseil d’Églises Chrétiennes en France (CECEF) « Déclaration des
responsables religieux chrétiens pour la paix à Gaza (26 mai 2025)
Paris, le 26 mai 2025,
Déclaration des responsables religieux chrétiens pour la paix à Gaza
Les responsables des cultes chrétiens en France, réunis dans le cadre des rencontres
régulières du Conseil d’Églises chrétiennes en France (CÉCEF), joignent leur voix à celles qui
demandent la paix en Israël, à Gaza et en Cisjordanie.
Ils réaffirment que les otages doivent être libérés sans condition et que les corps des
défunts doivent être remis à leurs familles afin que celles-ci puissent les inhumer dignement.
Ils font leur le cri de ceux et celles, enfants ou adultes qui souffrent de la faim, qui manquent
de toit et de sûreté, qui réclament que les enfants et les jeunes puissent étudier en toute
sérénité.
Ils appellent les responsables politiques de tous bords à agir pour une paix réelle et
durable. Ils réaffirment que le respect du droit international, notamment humanitaire, est une
composante nécessaire de la justice aujourd’hui et qu’un État se grandit en le respectant. Ils
prient Dieu de susciter des artisans de paix courageux et lucides.
Le Métropolite Dimitrios, Président de l’Assemblée des évêques orthodoxes de France
Le Pasteur Christian Krieger, Président de la Fédération protestante de France
Mgr Éric de Moulins-Beaufort, Président de la Conférence des évêques de France
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