De Sally Rooney à Kneecap : l’engagement pro-palestinien, une affaire très irlandaise

vendredi 22 août 2025

L’autrice de “Normal People” vient d’affirmer son soutien à Palestine Action. Mais elle est loin d’être la seule artiste irlandaise à le faire. Décryptage d’une solidarité aux origines historiques.

Par Emilie Gavoille, publié le 19 aout

Sur le Peace Wall, à Belfast, une peinture murale symbolise la solidarité des peuples irlandais et palestinien, le 8 août 2024. Photo Patrick Batard/Hans Lucas

S‘engager contre la guerre à Gaza, cela passe aussi, pour la romancière Sally Rooney, par engager ses propres deniers. À l’occasion d’une tribune publiée dans le quotidien irlandais The Irish Times le 16 août, dans laquelle elle dénonçait l’interdiction par la justice britannique de l’organisation militante Palestine Action, l’autrice de 34 ans, connue pour ses livres au succès phénoménal (Normal People, Conversations entre amis, Intermezzo) et les séries qu’ils ont inspirées, a déclaré vouloir verser une partie de ses droits d’auteur à l’association. Cette dernière, fondée en 2020, est principalement connue pour ses actions menées contre des fabricants d’armes et plus récemment la vandalisation d’une base de la Royal Air Force, opération qui lui a valu d’être estampillée « organisation terroriste » par Londres — « comme Al-Qaida et l’État islamique », note l’écrivaine, marxiste autoproclamée qui prouve, en mettant la main à la poche, qu’elle n’a pas que le cœur à gauche…

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Ce n’est pas la première fois que la superstar des lettres irlandaises, lue par des millions de fans à travers le monde, prend la plume pour défendre la cause palestinienne et critiquer la position du Royaume-Uni vis-à-vis de la guerre menée par Israël à Gaza. En juin dernier, dans les colonnes du Guardian, elle visait notamment la politique diplomatique du 10 Downing Street, épinglant en particulier le maintien de contrats de ventes d’armes au gouvernement de Benyamin Netanyahou et l’appui fourni par les services de renseignement britanniques à l’État belligérant.

Rappel géographique d’importance : les deux textes n’ont pas été écrits depuis les bords de la Tamise, mais quelques centaines de kilomètres plus à l’ouest, de l’autre côté de la mer d’Irlande, où les artistes sont nombreux à prendre fait et cause, de longue date, pour le peuple palestinien. À l’image du comédien Liam Cunningham (Davos Mervault dans Game of Thrones), natif de Dublin et membre d’Artists for Palestine, qui s’était embarqué avant l’été à bord d’un navire de la Flottille de la liberté pour Gaza. Ou du groupe de hip-hop Kneecap, trio made in Belfast connu pour ses prises de parole expressément pro-palestiniennes sur les plus grandes scènes du monde (et le déploiement d’un drapeau du Hezbollah à Londres en 2024, qui a valu à l’un de ses membres un passage au tribunal pour apologie du terrorisme), dont la programmation dimanche 24 août à Rock en Seine a d’ores et déjà provoqué des remous. Le festival s’est vu retirer une subvention de 40 000 euros octroyée par la ville de Saint-Cloud, où il se déroule, et vit sous la menace d’une interdiction du concert des rappeurs nord-irlandais, demandée par la députée macroniste Caroline Yadan, élue de la 8ᵉ circonscription des Français de l’étranger, au ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau.

Comment expliquer la vigueur et la constance de l’engagement irlandais en faveur de la cause palestinienne ? Sally Rooney, interviewée en public fin juin à Paris sur la scène du Théâtre de la Concorde, disait y déceler la solidarité d’un peuple colonisé vis-à-vis d’un autre peuple colonisé, les deux territoires ayant chacun vécu sous administration britannique — des années 1920 à la création de l’État d’Israël en 1948, le Royaume-Uni a, sur décision de la Société des nations, régi la Palestine mandataire. « L’Irlande, à la différence de beaucoup de pays européens qui ont été des États colonisateurs, a longtemps vécu sous le joug colonial britannique — qui se perpétue aujourd’hui en Irlande du Nord, toujours sous juridiction britannique. L’influence de cet impérialisme sur notre conscience nationale reste très forte. Ce vécu partagé nous amène probablement à voir les choses différemment que d’autres, et c’est notamment vrai en ce qui concerne la cause palestinienne, que beaucoup d’Irlandais — même si tout le monde n’est pas d’accord — considèrent comme celle d’une nation assujettie à un pouvoir colonial. Le gouvernement répond globalement aux positions de sa population, en tout cas pour partie, et adopte des positions souvent assez singulières par rapport à d’autres pays européens. La presse et la télévision publient quotidiennement sur ce qui se passe à Gaza, et ces récits ont un impact sur la réception des Irlandais, dont l’engagement sur la question est assez viscéral.  »


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