Derrière le « cessez-le-feu » : profit et contrôle

samedi 1er novembre 2025

La nuit dernière, Israël a tué plus de 100 Palestiniens, dont au moins 46 enfants, en reprenant ses bombardements sur Gaza.

Ces attaques ont eu lieu après que Netanyahu a annoncé mardi avoir ordonné à l’armée israélienne de mener des frappes offensives dans la bande de Gaza, rompant ainsi le cessez-le-feu précaire négocié par l’administration Trump. Cette escalade confirme ce que nous savions depuis le début : Israël n’a aucune intention de mettre fin à sa campagne meurtrière contre les Palestiniens. Même avant les frappes d’hier, Israël n’avait pas respecté le cessez-le-feu depuis son entrée en vigueur, tuant au moins 93 Palestiniens depuis le 11 octobre et continuant d’empêcher l’acheminement de l’aide humanitaire vitale à Gaza.

Nous sommes à un tournant décisif. Nous devons continuer à lutter pour empêcher les bombardements. Et maintenant, nous devons aussi lutter contre les élites qui tentent de déterminer l’avenir de Gaza pour servir leurs propres intérêts financiers et politiques.

L’administration Trump a affirmé que le cessez-le-feu allait enfin mettre fin à plus de deux ans de génocide et de famine, que des maisons seraient reconstruites et que les Palestiniens de Gaza pourraient enfin commencer à se reconstruire. Mais derrière ces affirmations se cache un dessein bien plus sinistre. Dès le départ, ce cessez-le-feu n’a guère servi à faciliter l’aide humanitaire ni à sauver des vies palestiniennes.

Le discours humanitaire de façade ne sert qu’à masquer un modèle économique d’exploitation : contrôler l’acheminement de l’aide, remporter les contrats de reconstruction et plonger l’économie de Gaza dans une dépendance permanente. Quiconque dirigera et financera la reconstruction, estimée à 50 milliards de dollars, décidera de l’avenir de Gaza. Tout ce que nous avons constaté jusqu’à présent laisse penser que les Palestiniens seront exclus de toute participation significative.

L’un des principaux architectes de ce modèle est l’homme d’affaires israélo-américain Michael Eisenberg. Il n’est ni général ni ministre, mais capital-risqueur et l’un des investisseurs technologiques les plus influents d’Israël. Eisenberg a cofondé Aleph, un fonds de capital-risque basé à Tel Aviv qui a investi 850 millions de dollars depuis 2013 dans plus de 50 start-ups israéliennes, dont Lemonade, Freightos et Honeybook. Eisenberg a contribué à l’élaboration du concept d’un système de distribution d’aide privé, géré par des entreprises sous-traitantes, lors d’une réunion à huis clos du Forum Mikveh Yisrael, un rassemblement de responsables militaires, d’investisseurs technologiques et de personnalités politiques israéliens qui s’est réuni pour la première fois en décembre 2023.

C’est par le biais de la Gaza Humanitarian Foundation (GHF), dont Eisenberg était l’un des principaux artisans, qu’il a pu consolider son emprise sur Gaza. Soutenue par les États-Unis et Israël, la GHF a placé l’aide humanitaire à Gaza sous le contrôle direct d’Israël et a permis à des milliardaires et des mercenaires de s’implanter à Gaza sous couvert d’humanitarisme. Mais au lieu de fournir une aide vitale à des familles désespérées, la GHF a attiré des centaines de Palestiniens vers une mort certaine dans des centres de distribution d’aide qui fonctionnaient comme de véritables pièges mortels.

Depuis, Eisenberg n’a cessé de gravir les échelons. Plus tôt ce mois-ci, Netanyahu l’a nommé son représentant civil auprès du Centre de coordination civilo-militaire de l’armée américaine, un centre de commandement dirigé par les États-Unis en Israël, chargé de superviser la sécurité, l’aide humanitaire et les efforts de reconstruction à Gaza. Ce faisant, un financier privé sioniste, étroitement lié aux technologies de surveillance, se retrouve au cœur du processus de « stabilisation » de Gaza.

Il ne s’agit pas de reconstruction, mais de recolonisation, dopée par la technologie. Milliardaires, technocrates et idéologues tentent d’instaurer un nouveau régime mondial dystopique dont ils sont à la fois les architectes et les maîtres, et où les intérêts privés des entreprises priment sur le droit international. Des personnalités américaines comme Jared Kushner, Steve Witkoff et J.D. Vance se sont récemment rendues en Israël pour faire pression sur Netanyahu afin qu’il maintienne le cessez-le-feu et que la « reconstruction » puisse commencer. L’« humanitaire » devient la nouvelle occupation, contrôlant l’accès des Palestiniens à la nourriture, aux médicaments et à la liberté de circulation, tout en leur niant leurs droits politiques.

Leur vision est claire : transformer Gaza en zone de profit, où les Palestiniens deviennent la main-d’œuvre bon marché nécessaire à la reconstruction des infrastructures qui les ont étouffés pendant des décennies. Gaza est un terrain d’expérimentation et un modèle, un lieu où la rhétorique humanitaire masque une mainmise privée, où l’aide devient un levier de domination politique et économique, et où le travail et la terre sont réorganisés pour alimenter le capital mondial.

Ce même modèle se répand dans toute la Cisjordanie occupée, où des colons armés, dont beaucoup sont organisés et financés par le ministre des Finances et colon extrémiste Bezalel Smotrich, mènent des attaques quasi quotidiennes pour chasser les Palestiniens de leurs terres.

Cet échange de technologies et d’idéologies n’est ni abstrait, ni limité à la Palestine. Des entreprises israéliennes de surveillance développent des outils pour contrôler et restreindre les déplacements des Palestiniens, tout en testant des logiciels de reconnaissance faciale et de police prédictive, qu’elles exportent à l’international.

Les mêmes entreprises qui perfectionnent la surveillance à Hébron et à Gaza commercialisent leurs systèmes auprès de l’ICE et des services de police américains, comme le NYPD. Elles présentent cela comme une mesure de « sécurité publique », mais il s’agit de la même logique d’occupation : le contrôle par les données, le confinement par la force. Les mêmes politiciens américains qui financent la machine de guerre israélienne font pression pour l’adoption de lois anti-manifestations, criminalisent la dissidence et renforcent la militarisation des frontières sur le sol américain.

Gaza et les États-Unis sont deux fronts d’un même projet autoritaire. Ils érigent des murs en Palestine et des prisons en Amérique. Leur vision est celle d’un monde régi par le profit et la peur. Un monde où les pauvres, les déplacés et les dissidents sont contrôlés, non libérés.

Nous sommes à un tournant décisif, non seulement pour la Palestine, mais pour le monde entier. Si nous laissons passer cette occasion, le modèle qu’ils sont en train d’élaborer pour Gaza sera exporté partout, instaurant une nouvelle norme de gouvernance privatisée et de surveillance déguisée en aide humanitaire.

C’est pourquoi notre combat doit être mondial. Lutter pour Gaza, c’est lutter pour nous-mêmes. Nous ne pouvons pas leur permettre de continuer à tirer profit du génocide ni de faire de l’occupation une industrie. Nous devons démanteler leurs réseaux, nous désengager de leur pouvoir et refuser leurs discours. Nous devons rejeter leur prétention à parler au nom de l’humanité alors qu’ils la marchandisent.

Les bâtisseurs de ces empires parient sur le silence du monde. Nous devons continuer à nous exprimer et à agir pour leur prouver qu’ils ont tort.

Dans la lutte commune, Sandra Tamari
Source : Projet de justice Adalah
https://www.adalahjusticeproject.org/
Sandra Tamari
Date : 29 oct. 2025


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