Deuxième phase du plan pour Gaza : les raisons du blocage

jeudi 25 juin 2026

Alors que le sort du détroit d’Ormuz a éclipsé celui de la bande de Gaza, un troisième cycle de négociations s’est ouvert au Caire. Le Hamas est confronté à la demande de plus en plus pressante de son désarmement et tente de justifier ses réticences.

Gwenaelle Lenoir, 19 juin 2026

Le Caire a retrouvé sa place de capitale de la diplomatie arabe. Sur les bords du Nil défilent les délégations palestiniennes, les émissaires de l’ONU, les chefs des services secrets turcs et égyptiens, les hauts responsables qataris. Lors de la deuxième semaine de juin, et pour la troisième fois depuis la signature, le 13 octobre 2025, du plan Trump censé mettre fin à la guerre génocidaire à Gaza, tout ce petit monde s’est retrouvé pour discuter de sa mise en œuvre.

Une nouvelle fois, des nuits et des jours de discussions, de blocages, de tentatives de compromis, de manœuvres dilatoires. Et autant le dire tout de suite, bien peu d’avancées, sinon aucune. « L’impasse est complète, déplore un observateur qui a assisté aux discussions. Et pendant ce temps, les gens continuent à mourir dans la bande de Gaza. »

Pour lire la suite : https://www.mediapart.fr/journal/international/190626/deuxieme-phase-du-plan-pour-gaza-les-raisons-du-blocage?utm_source=article_offert&utm_medium=email&utm_campaign=TRANSAC&utm_content=&utm_term=&xtor=EPR-1013-%5Barticle-offert%5D&M_BT=9777123807459

Les médiateurs (Égypte, Qatar et Turquie) avaient convoqué presque toutes les factions palestiniennes : le Hamas, le Jihad islamique, les deux partis marxistes FPLP (Front populaire de libération de la Palestine) et FDLP (Front démocratique pour la libération de la Palestine), le courant réformiste du Fatah dirigé par Mohammed Dahlan, rival de Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne, et l’Initiative nationale palestinienne de Moustafa Barghouti, la seule à ne pas posséder de branche armée.

Au Caire (Égypte), le 4 janvier 2026, une délégation palestinienne rencontre le ministre égyptien des affaires étrangères. © Photo diffusée par la présidence égyptienne APA Images via ZUMA / REA

En discussion : la feuille de route présentée en mars devant le Conseil de sécurité de l’ONU par le diplomate bulgare Nikolaï Mladenov, chef du « Conseil de la paix », l’organisme clé du plan Trump. Si ce dernier considère que la première phase est largement complétée et qu’il est temps de discuter de la mise en œuvre de la deuxième, tel n’est pas l’avis des factions palestiniennes.

Israël, affirment-elles, ne se conforme pas aux dispositions prévues dans la première phase : l’aide humanitaire et les marchandises ne pénètrent qu’au compte-goutte dans l’enclave, de même que les personnes, dont la sortie et l’entrée par le poste-frontière avec l’Égypte de Rafah sont largement entravées. Des civil·es tombent tous les jours sous les coups de l’armée israélienne ou de ses milices supplétives, et le territoire occupé par les forces de l’État hébreu ne cesse de s’agrandir.

Le Hamas se dit toujours tenu par le plan Trump
« Depuis que la guerre contre l’Iran a éclaté, la question de Gaza a été mise, pour ainsi dire, de côté. Et Nétanyahou en a profité pour faire avancer ses troupes par des bombardements quotidiens et des tueries quotidiennes. Sans compter les menaces proférées par Nétanyahou et l’armée israélienne de s’enfoncer davantage dans Gaza, et de confiner plus de 2 millions de Palestiniens sur environ 30 % de la bande de Gaza », confirme Mkhaimar Abou Saada, professeur de science politique à l’université Al-Azhar de Gaza, réfugié en Égypte.

Les factions palestiniennes affirment être toujours engagées à respecter le plan Trump. Le Hamas en premier lieu le jure au plus haut niveau. « Nous avons adhéré à cet accord car c’était la première fois que nous recevions un document proposant de mettre fin à la guerre. Avant cela, nous avions toujours discuté de cessez-le-feu d’une durée de trente ou soixante jours », assure à Mediapart Bassem Naïm, membre du bureau politique du Hamas et à ce titre soumis à des sanctions du Trésor états-unien depuis novembre 2024.

L’ancien ministre de la santé puis de la jeunesse et des sports de gouvernements Hamas a tenu à expliquer à Mediapart l’échec des deux premières séances de négociations, alors que s’ouvrait la troisième : « Lors des derniers cycles de négociations au Caire, nous avons dit que nous voulions passer à la deuxième phase, et nous étions prêts à discuter de tous les points du plan. Mais Israël doit, avant de parler de la deuxième phase, mettre en œuvre la première. »

« Malheureusement, a-t-il poursuivi, les médiateurs se sont montrés très réticents, tout comme les garants, les Américains. Nous leur avons alors demandé, au cours des négociations, de nous démontrer qu’ils peuvent contraindre Israël à mettre en œuvre l’accord sur trois points : premièrement, qu’il cesse de tuer des gens ; deuxièmement, que le poste-frontière de Rafah soit ouvert pour l’aide humanitaire ; troisièmement, que l’armée israélienne se retire derrière la ligne jaune. Après quelques jours de négociations, ils ont répondu : “Désolés, nous ne pouvons pas obliger Israël à le faire.” »

Il faut bien reconnaître qu’Israël ne respecte pas la première phase, notamment en tuant les hommes du Hamas mais pas seulement.

Un observateur indépendant
Une preuve, selon lui, de l’absence de volonté de Tel-Aviv de respecter le cessez-le-feu : « Israël ne cesse d’attaquer les postes de police, alors qu’un accord avait été passé avec les Israéliens par l’intermédiaire des Égyptiens pour la présence de la police dans la bande de Gaza. Les Israéliens avaient donné un feu vert pour 10 000 policiers en uniforme dans les rues, afin d’assurer la sécurité. »

Ce que confirme un proche des négociateurs, non membre du parti islamiste, qui précise que l’identité de chaque policier devait être soumise aux autorités israéliennes et obtenir leur feu vert. « Il faut bien reconnaître qu’Israël ne respecte pas la première phase, notamment en tuant les hommes du Hamas, mais pas seulement, approuve notre observateur. Le Hamas, lui, respecte le cessez-le-feu et ne réplique pas. Il faut ajouter à cela les milices, armées et financées par Israël, qui s’en prennent aussi au Hamas et à la population. On peut difficilement passer à la deuxième phase et demander au Hamas de déposer ses armes sans régler ces questions. »

Bassem Naïm, membre du bureau politique du Hamas, à Istanbul (Turquie), le 8 juin 2026. © Photo Gwenaelle Lenoir / Mediapart

Car c’est bien le gros morceau de la deuxième phase : le désarmement du mouvement islamiste. L’opération est prévue par le plan Trump et exigée de tous les États qui l’ont endossé ou parrainé, ainsi que de la résolution 2803 des Nations unies. Israël, appuyé par les États-Unis, n’accepte pas de se contenter d’un désarmement partiel ou d’un processus graduel : Tel-Aviv veut une démilitarisation complète de la bande de Gaza, avec une destruction de toutes les armes, y compris personnelles, et l’a dit plusieurs fois.

« Le désarmement du groupe terroriste palestinien du Hamas signifie qu’il doit renoncer à toutes ses armes, et pas seulement les armes principales », a par exemple martelé Benyamin Nétanyahou en février, visant les armes dites légères, fusils d’assaut et lance-roquettes individuels.

Blocages sur le désarmement
Après deux séances de négociations sans résultat, et alors que les yeux se détournaient de Gaza pour se concentrer sur le détroit d’Ormuz, les médiateurs ont convoqué une nouvelle fois le Hamas. « Les médiateurs ont eu le sentiment que Nétanyahou tentait de saboter le plan en 20 points de Trump et que la situation se détériorait grandement, décrypte Mkhaimar Abou Saada. Les Égyptiens, tout comme les autres médiateurs, ont donc estimé qu’il était urgent de faire venir le Hamas au Caire et d’essayer de le convaincre que la seule façon de mettre un terme aux manœuvres de Nétanyahou visant à saboter le plan Trump, c’était d’accepter le désarmement. »

Lors de ce round de négociations, comme précédemment, le Hamas a cependant tergiversé. Et mis sur la table des propositions déjà avancées. Bassem Naïm les décrit ainsi : « En premier lieu, nous sommes prêts à signer une trêve de longue durée, de cinq, six, sept ans, assortie de garanties – palestiniennes, arabes, islamiques et internationales –, selon lesquelles nous n’utiliserons pas nos armes et cesserons toute activité militaire pendant cette période. En second lieu, nous pouvons entreposer ces armes sous la supervision d’une instance palestinienne, arabe ou autre. Les armes pourront ainsi être mises en dépôt. » Problème : ces propositions ont déjà été refusées par Israël.

Une percée ne pourra intervenir que si les médiateurs peuvent présenter des garanties au Hamas. Et ils ne le peuvent pas.

Mkhaimar Abou Saada, professeur de science politique à Gaza, réfugié au Caire
Le Hamas conditionne tout mouvement de sa part à l’entrée dans la bande de Gaza du Comité national pour l’administration de Gaza (Cnag), un organe technocratique créé par le plan Trump et composé de quatorze personnalités palestiniennes, censé prendre en charge les affaires courantes de l’enclave avant la mise en place de nouvelles autorités. À ce jour, le Cnag est toujours bloqué au Caire, sans budget. Et Nikolaï Mladenov, le chef du Conseil de la paix, affirme aujourd’hui qu’il n’acceptera son entrée dans Gaza que quand le Hamas aura commencé à désarmer.

Le mouvement islamiste attend également l’installation de la Force internationale de stabilisation. Prévue pour se déployer entre les belligérants, elle est aujourd’hui dans les limbes. « En fait, le Hamas gagne du temps, soupire l’observateur, quelque peu désabusé. Il ne veut pas désarmer, parce qu’il a peur. Peur des Israéliens, peur des milices, peur de la population. S’il rend ses armes, il se retrouve nu et risque d’être décimé. »

Sans compter que des divergences se font jour au sein même du mouvement. Ceux qui détiennent les armes sont dans la bande de Gaza. Les négociateurs et le bureau politique sont à l’extérieur. Même si certains en sont originaires et l’ont quittée récemment, comme Bassem Naïm. Né à Beit Hanoun, dans le nord du territoire, il y a fait sa carrière de médecin et de responsable politique et l’a quitté une semaine avant le 7-Octobre. Il est réputé avoir des liens proches avec la branche armée du mouvement, les brigades Ezzedine al-Qassam. Celles-là mêmes dont le porte-parole a assuré, le 5 avril, qu’elles ne déposeraient pas les armes.

« Il existe des problèmes internes au sein du Hamas, et il est tout à fait logique qu’entre l’intérieur et l’extérieur – c’est-à-dire le Hamas de Gaza et le Hamas hors de Gaza –, il y ait une sorte de désaccord. En tout état de cause, il y a une certitude : il n’y a pas de percée, confirme Mkhaimar Abou Saada. De toute façon, une percée ne pourra intervenir que si les médiateurs peuvent présenter des garanties au Hamas. Et ils ne le peuvent pas. Ils n’ont pas les moyens de faire pression sur Israël. Seul Donald Trump les a. Et encore. »

Nombre d’acteurs, face à l’impasse, ont aujourd’hui les yeux rivés sur l’accord avec l’Iran et sur les élections législatives israéliennes, prévues pour l’automne. Peut-être, susurrent-ils, qu’il se passera alors quelque chose qui pourra débloquer le processus.

Gwenaelle Lenoir

Boîte noire
Mediapart a rencontré Bassem Naïm à Istanbul le 8 juin 2026.


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