Fermeture d’un centre de l’Unrwa à Jérusalem-Est : Israël défie à nouveau l’ONU

jeudi 27 août 2026

La police israélienne a pris le contrôle, mardi, d’un centre de formation professionnelle de l’Unrwa à Jérusalem-Est, expulsant une vingtaine d’employés et hissant le drapeau israélien sur le site. Le porte-parole de l’agence onusienne, dans le viseur de Benjamin Netanyahu depuis plusieurs années, dénonce un précédent lourd de conséquences pour l’ensemble des Nations unies et de leurs agences.

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Image de couverture : Les forces israéliennes détiennent un Palestinien lors d’une opération contre un centre de formation professionnelle de l’Unrwa, à Jérusalem-Est, le 25 août 2026.

L’agence onusienne pour les réfugiés palestiniens (Unrwa) a eu beau alerter ces dernières semaines sur les menaces qu’Israël faisait peser sur son centre de formation professionnelle de Qalandia, ouvert depuis 1952 à Jérusalem-Est, la police y a fait irruption, mardi 25 août, dans le cadre d’une opération présentée comme une "évacuation".

Dénonçant un "assaut soudain" mené par plus de 50 membres des forces de sécurité israéliennes sur le centre de Qalandia, "sans autorisation et sans aucune coordination avec l’ONU", Adnan Abou Hassna, conseiller en communication et porte-parole de l’Unrwa, joint par l’antenne arabe de France 24, confirme qu’une vingtaine d’employés qui se trouvaient sur place "ont été expulsés après avoir été informés que les lieux étaient réquisitionnés au profit du gouvernement israélien".

Le ministère israélien des Affaires étrangères a affirmé que l’agence onusienne n’avait "aucun droit de propriété" sur le site et annoncé que des "travaux de rénovation" avaient été lancés en vue de créer un "nouveau complexe éducatif et communautaire, au bénéfice de milliers de ses habitants arabes".

"L’Unrwa est entre nos mains"

Itamar Ben Gvir, ministre de la Sécurité nationale et figure de l’extrême droite israélienne, s’est lui montré encore plus explicite, affirmant que l’objectif de l’opération était de chasser l’agence onusienne du site. "Nous écrivons l’Histoire ! Ce matin, nous commençons à faire partir l’Unrwa de Kafr Aqab", s’est-il réjoui dans un message publié sur les réseaux sociaux, accompagné d’une photo du drapeau israélien hissé sur le centre, avec cette légende : "L’Unrwa est entre nos mains". Il s’est ensuite filmé, triomphant, assis dans le bureau du directeur du centre de formation.

Publication du ministre de la Sécurité nationale d’extrême droite, Itamar Ben Gvir, montrant le drapeau israélien hissé sur le centre de formation professionnelle de l’UNRWA, à Jérusalem-Est, le 25 août 2026. © Capture d’écran X

"Une organisation dont des employés ont été impliqués dans le terrorisme et qui, à maintes reprises, a servi de couverture au Hamas n’a pas le droit d’exister une seconde de plus, et n’a pas sa place à Jérusalem ni dans l’État d’Israël", a-t-il ajouté ultérieurement dans un communiqué.

Benjamin Netanyahu accuse depuis plusieurs années l’Unrwa de soutenir ou de couvrir des membres du Hamas et affirme que certains de ses employés ont participé à l’attaque terroriste du 7 octobre 2023, à l’origine de la guerre à Gaza. Plusieurs enquêtes internationales ont relevé des problèmes de neutralité au sein de l’agence, sans confirmer les accusations israéliennes, faute de preuves fournies par l’État hébreu.

Une loi israélienne interdisant toute activité de l’Unrwa sur le territoire israélien et mettant fin aux relations entre l’État et l’agence est entrée en vigueur en janvier 2025. Or, selon le droit international, le centre de Qalandia, à Jérusalem-Est, ne se situe pas sur le territoire israélien, Israël ayant occupé puis annexé cette partie de la Ville sainte en 1967. Une annexion qui n’est pas reconnue par une grande partie de la communauté internationale.

"Israël affirme ne pas vouloir que l’Unrwa poursuive ses activités dans la région de Jérusalem, alors que, selon le droit international et les résolutions des Nations unies, Jérusalem-Est est considérée comme un territoire occupé, rappelle Adnan Abou Hassna. L’assaut contre le centre est grave et illégal puisqu’il contrevient au droit international humanitaire et à la quatrième Convention de Genève ainsi qu’aux conventions signées aux Nations unies en 1946."

Le porte-parole du secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a rappelé, après l’opération israélienne, que les locaux des Nations unies étaient "inviolables et bénéficiaient d’une immunité contre toute forme d’ingérence".

Une "portée symbolique particulièrement grave"

Des contacts sont toujours en cours avec le bureau du secrétaire général des Nations unies, ainsi qu’avec les services juridiques compétents sur les questions relatives à l’immunité de l’Organisation, assure-t-il, avant de rappeler que l’année dernière, la Cour internationale de justice avait également rendu un avis consultatif sur les activités de l’Unrwa à Jérusalem. Elle avait estimé qu’Israël devait permettre à l’agence d’exercer ses activités dans la région de Jérusalem, tout en protégeant ses installations et son immunité.

"Pourtant, dans les faits, c’est l’inverse qui s’est produit, déplore-t-il. Six écoles ont été fermées, le siège de l’Unrwa dans le quartier de Sheikh Jarrah a été pris de force [en janvier 2026, NDLR], des dispensaires ont été fermés et, désormais, l’institut de formation professionnelle est également sous contrôle israélien."

"L’institut Qalandia a accueilli des dizaines de milliers de Palestiniens de Cisjordanie et même de Gaza, avant la scission politique avec le territoire côtier [en 2007, après la prise de pouvoir du Hamas, NDLR], souligne Adnan Abou Hassna. Après y avoir suivi une formation et obtenu leur diplôme, nombre d’entre eux ont travaillé dans les Territoires palestiniens, dans les pays arabes et à travers le monde".

L’opération israélienne est survenue au lendemain de la visite du site par des représentants de plusieurs missions diplomatiques et organisations internationales.

"Environ 27 ambassadeurs et consuls en poste dans les Territoires palestiniens se sont rendus la veille de l’assaut à l’Institut de formation pour témoigner de son utilité et rappeler l’importance du rôle de l’Unrwa, précise Adnan Abou Hassna. Les déclarations et les condamnations émanant de tous les pays du monde n’empêchent pas l’imposition d’un fait accompli par la force".

"Cette prise d’assaut revêt une portée symbolique particulièrement grave pour les agences onusiennes, et pas seulement l’Unrwa, conclut-il. Elle crée un précédent susceptible d’inspirer des États ou des organisations partout dans le monde, qu’il s’agisse de retirer les drapeaux des Nations unies pour les remplacer par les leurs, ou encore de s’en prendre directement aux locaux de l’Organisation, jusqu’à leur destruction à l’aide de bulldozers."

Le 20 janvier, Israël avait déjà détruit au bulldozer le siège de l’Unrwa, situé à Sheikh Jarah non loin de Qalandia, toujours à Jérusalem-Est.

Source : FRANCE 24
https://www.france24.com/fr/moyen-o...


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