Gaza : le Conseil de sécurité débat de la situation humanitaire dans la bande où « les services essentiels sont au bord de l’effondrement », selon l’ONU

samedi 20 juin 2026

« À ce jour, les Palestiniens de Gaza restent privés d’éléments essentiels que vous réclameriez tous pour vos propres familles : sécurité, abris, eau potable, soins de santé et éducation », a relevé, cet après-midi, devant le Conseil de sécurité, le Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires. M. Tom Fletcher, qui est également Coordonnateur des secours d’urgence, a peint un tableau lugubre de la situation sur le terrain au cours d’une séance convoquée à la demande des 10 membres élus, et avec le soutien des membres permanents à l’exception des États-Unis.

« L’action humanitaire n’est pas une monnaie d’échange »

À la suite de l’adoption, en novembre dernier, de la résolution 2803 (2025), qui entérine le Plan d’ensemble du Président Donald J. Trump visant à mettre fin au conflit à Gaza, la communauté internationale escomptait des améliorations rapides et significatives de la situation humanitaire à Gaza. Sept mois plus tard, la faim et la famine ont été atténuées, mais les besoins humanitaires fondamentaux ne sont que partiellement satisfaits, ont constaté les membres du Conseil.

M. Fletcher a indiqué que 70% de la population a besoin d’un abri convenable, et que les services essentiels sont au bord de l’effondrement. Avec les conditions d’assainissement qui continuent de se dégrader, les médecins font état d’une augmentation marquée de cas de morsures de rats. Et pour 1,1 million d’enfants, l’accès à l’eau demeure une incertitude quotidienne.

Signalant que moins du quart de l’appel de fonds pour 2026 a été couvert à ce jour, il a demandé au Conseil d’assurer la protection des civils, y compris les humanitaires ; de garantir un accès humanitaire sûr, continu et sans entrave aux gens dans le besoin à Gaza ; et d’assurer un financement opportun, flexible et à la hauteur de cette crise.

« L’action humanitaire n’est pas une monnaie d’échange. C’est un écosystème unique qui est gravement mis à mal lorsque ses composantes sont entravées  », a-t-il souligné.

Il a été rejoint dans son analyse par la Cheffe de la politique humanitaire d’OXFAM International, Mme Bushra Khalidi, qui, à l’instar de nombreux intervenants, a appelé à l’ouverture de tous les points de passage.

« Alors que des équipes venues du monde entier se rassemblent pour jouer au football, les Palestiniens réclament quelque chose de bien plus élémentaire : voir nos enfants survivre, tout simplement, jusqu’au lendemain  », a-t-elle témoigné.

Une réalité du terrain sombre

Le tableau dressé a suscité l’émoi de la majorité des orateurs, dont l’Observateur permanent de l’État de Palestine, qui a accusé Israël d’imposer des souffrances de manière délibérée et intentionnelle aux Palestiniens et de prolonger la catastrophe humanitaire dans le but de déplacer la population et annexer les territoires palestiniens.

« Tout ce que veut Israël, c’est de rendre Gaza invivable. Et le Premier Ministre israélien a d’ailleurs ordonné d’annexer 70% de Gaza et ce, sous les applaudissements du public.  »

« Que comptez-vous faire pour qu’Israël cesse enfin le feu ?  » s’est impatienté l’observateur, qui a dénoncé le meurtre, par Israël, de 1 000 Palestiniens, dont 250 enfants, depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu.

Nombre de délégations ont en outre mis sur la table la question des restrictions persistantes à l’importation de biens critiques, sous prétexte de leur prétendu « double usage  ». Plusieurs voix ont également appelé à préserver et soutenir l’action de l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA), qui continue de subir des entraves d’Israël.

Une aide conditionnée au désarmement du Hamas

Les accusations d’obstruction à l’acheminement de l’aide ont été vertement dénoncées par le représentant d’Israël, qui a affirmé que son gouvernement facilite chaque jour l’arrivée de 600 camions à Gaza, y compris des articles à double usage.

Selon lui, les restrictions temporaires imposées à certains points de passage répondent uniquement à des impératifs de sécurité afin de veiller à ce que les humanitaires opérant à Gaza ne soient pas infiltrés par des acteurs terroristes, en particulier le Hamas.

Il a d’ailleurs vivement dénoncé les propos du Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et des autres intervenants qui « n’ont pas eu la décence de dire la vérité au sujet du principal obstacle au relèvement de Gaza  ». « Pourquoi est-ce si difficile pour vous de prononcer le nom du Hamas ?  » s’est-il indigné, soulignant que la mise en œuvre complète de la résolution 2803 passe par le démantèlement du Hamas en tant que force militaire et son exclusion de toute gouvernance future de Gaza.

« Répondre aux besoins humanitaires, c’est répondre à un problème politique qu’il faut nommer : le problème, c’est un groupe terroriste qui tient la population en otage  », a renchéri la représentante des États-Unis.

Gaza doit devenir une zone déradicalisée. Une fois que le Hamas aura rendu les armes, nous nous concentrerons sur la phase de redéveloppement pour la population, a-t-elle indiqué, reconnaissant que les besoins dans la bande sont très importants.

« Si le Hamas continue de recevoir des armes, la diplomatie n’a plus aucun sens  », a tranché son homologue israélien.

Appel à une action urgente

Cette position a toutefois été récusée par le Royaume-Uni, qui a estimé que « l’obligation pour Israël de faciliter l’accès humanitaire n’est pas conditionnée par le désarmement du Hamas  », l’aide humanitaire ne devant jamais servir de « levier politique ».

« Une action urgente est nécessaire, faute de quoi la trajectoire actuelle de la situation aura des conséquences irréversibles », a prévenu de son côté la Fédération de Russie, qui a relevé que les Israéliens affirment ouvertement leur intention de contrôler 70% de la bande de Gaza. De telles actions compromettent la poursuite de la mise en œuvre du plan de paix de Donald Trump et démontrent l’inanité des tentatives visant à imputer l’entière responsabilité du blocage des négociations aux Palestiniens.

La France a fait part de son opposition à l’extension de l’occupation israélienne et la concentration de la population sur un territoire toujours plus restreint, tout en dénonçant le refus persistant du Hamas de se désarmer.

De même, elle a dénoncé la persistance des entraves à l’information sur la situation à Gaza. Huit mois après la conclusion du cessez-le-feu, rien ne justifie le refus d’Israël de laisser journalistes internationaux et diplomates étrangers accéder à l’enclave, a-t-elle estimé, appuyée par la Colombie, qui a dénoncé l’assassinat délibéré de plus de 200 journalistes depuis 2023.

« La guerre d’Israël est une guerre contre la vérité. Il cherche à fabriquer une réalité alternative et à empêcher la communauté internationale de disposer d’informations véridiques et vérifiables  », a estimé la délégation colombienne.

La paix durable comme solution

Au nom du Groupe des États arabes, l’Arabie saoudite a souligné que la réalisation d’une paix durable ne sera possible que si l’on met un terme à l’occupation du Territoire palestinien, exhortant la communauté internationale à appuyer la solution des deux États, qui est « la seule voie permettant de parvenir à une paix juste et durable  ». Certaines délégations, comme Bahreïn, ont souligné que la situation à Gaza ne peut être dissociée de celle de la Cisjordanie où on recense de multiples exactions perpétrées par des colons israéliens.

La Chine a appelé pour sa part à l’élaboration d’un cadre politique postconflit qui reconnaît le droit des Palestiniens à gouverner la Palestine, avec une reconstruction rapide de Gaza, le rejet de toute modification de sa composition démographique ou de son territoire, et la mise en œuvre irréversible de la solution à deux États.

A regarder : https://news.un.org/fr/story/2026/0...

Source : ONU
https://press.un.org/fr/2026/cs1639...


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