Génocide à Gaza : comment la Turquie place ses pions malgré les réticences d’Israël

samedi 8 novembre 2025

Les ministres des Affaires étrangères du Qatar, de l’Arabie saoudite, des Émirats arabes unis, de la Jordanie, du Pakistan et de l’Indonésie ont participé à une réunion à Istanbul pour discuter du cessez-le-feu et de la situation humanitaire dans l’enclave palestinienne avec l’approbation de Washington et les récriminations de Tel-Aviv.

Le 3 novembre 2025, à Istanbul, les ministres des Affaires étrangères du Qatar, de l’Arabie saoudite, des Émirats arabes unis, de la Jordanie, du Pakistan et de l’Indonésie ont participé à une réunion pour discuter du cessez-le-feu et de la situation humanitaire à Gaza. © Ozan KOSE / AFP

Le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche a ouvert une opportunité pour la Turquie que Recep Tayyip Erdogan entend bien exploiter. Durant le premier mandat du milliardaire, les relations bilatérales avaient été plus tendues, Washington ayant exclu Ankara du programme d’avions de combat F-35 et bloqué son acquisition de cet appareil furtif après l’achat du système de défense antimissile S-400 à la Russie.

C’est maintenant du passé et les deux hommes s’entendent comme larrons en foire, au grand dam de Benyamin Netanyahou qui, lui, ne veut pas être le dindon de la farce.

Pour la Turquie, c’est un véritable retour en grâce. Le signal donné par le président états-unien a été entendu. Après le premier ministre britannique, Keir Starmer, le 27 octobre, le président Recep Tayyip Erdogan a reçu la visite, trois jours plus tard, du chancelier allemand, Friedrich Merz.

Et, ce lundi 3 novembre, les ministres des Affaires étrangères du Qatar, de l’Arabie saoudite, des Émirats arabes unis, de la Jordanie, du Pakistan et de l’Indonésie ont participé à une réunion pour discuter du cessez-le-feu et de la situation humanitaire à Gaza.

Israël opposé à tout présence turque à Gaza

Les mêmes pays qui, avec la Turquie, avaient rencontré Donald Trump à New York, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies. C’était le 23 septembre. Depuis, le président états-unien a présenté son plan pour Gaza en 20 points, approuvé par tous les pays, de même que le cessez-le-feu qui a officiellement pris effet le 10 octobre. Une première phase dans laquelle la Turquie a été pleinement associée par la volonté trumpienne.

Une opportunité qu’Erdogan entend donc exploiter dans le cadre du dossier palestinien et, plus largement, sur la scène régionale et internationale. Le président n’est certainement pas dupe. Trump lui a expressément demandé de ne plus acheter de pétrole russe. En attendant, la diplomatie turque s’est mise en branle.

Le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, a fait savoir, le 31 octobre, que les plans concernant la force de stabilisation de Gaza étaient « actuellement en discussion » et que l’armée turque « participait à des réunions avec ses homologues pour discuter de ce qui se passera, de ce qui devrait se passer, etc., pour une éventuelle formation militaire ». Ce qui n’est pas du goût d’Israël, qui a déjà fait savoir son opposition à toute présence turque à Gaza. « Israël déterminera quelles forces sont inacceptables pour nous… et serait acceptable également pour les États-Unis  », a insisté Netanyahou le 2 novembre.

Lors de sa visite en Israël le mois dernier, le vice-président J. D. Vance a indiqué que les États-Unis n’allaient « rien imposer à leurs amis israéliens concernant la présence de troupes étrangères sur leur sol, mais nous pensons que les Turcs ont un rôle constructif à jouer et, franchement, ils ont déjà joué un rôle très constructif et nous leur en sommes très reconnaissants  ».

« Une rhétorique toujours plus agressive »

Les liens étroits qu’entretient Ankara avec le Hamas ont en effet permis de convaincre l’organisation islamiste palestinienne d’accepter le nouveau processus. En 2022, le département du Trésor américain affirmait que plus de 500 millions de dollars d’actifs du Hamas étaient répartis entre des sociétés opérant en Turquie et dans quatre pays arabes. Il y a quelques jours, une délégation du bureau national du mouvement se trouvait à Ankara.

Avant l’attaque du Hamas, le 7 octobre 2023, la Turquie et Israël avaient pourtant renforcé leurs relations bilatérales, notamment par le développement de relations commerciales solides. Mais depuis, Erdogan a compris ce qu’il pouvait tirer d’une posture critique contre Tel-Aviv sans néanmoins dépasser certaines lignes pour ne pas s’aliéner les États-Unis. Ainsi, la Turquie s’est jointe à l’Afrique du Sud dans sa plainte pour génocide contre Israël devant la Cour internationale de justice.

« Le paradoxe de la confrontation actuelle entre la Turquie et Israël est que, même si un conflit militaire direct reste improbable, les incitations politiques des deux camps poussent les dirigeants à une rhétorique toujours plus agressive  », estime Salim Çevik, membre du Centre d’études appliquées sur la Turquie dans un texte publié par l’Arab Center Washington DC.

Le bras de fer entre la Turquie et Israël n’est sans doute pas pour déplaire aux États-Unis, qui voient là un moyen de neutraliser les velléités de l’un comme de l’autre tout en avançant sur sa stratégie : parvenir à la normalisation entre Israël et les pays arabes, surtout l’Arabie saoudite, et des pays musulmans, notamment le plus peuplé d’entre eux, l’Indonésie.

Source : L’HUMANITE
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