« Il n’y a pas de cessez-le-feu à Gaza, ce n’est que de la poudre aux yeux » :

dans la manifestation parisienne pour la Palestine entre colère et détermination
Plusieurs milliers de personnes se sont rassemblées, samedi 29 novembre, place de la République, à Paris, à l’appel d’une cinquantaine d’organisations et de syndicats pour clamer leur colère face au simulacre de plan de paix imposé par Trump. Plus de 300 Palestiniens de Gaza ont été assassinés depuis son instauration le 10 octobre, tandis que la colonisation et les exactions de l’armée israélienne se poursuivent en Cisjordanie occupée.
Hayet Kechit, publié le 29 novembre 2025
Et soudain, les slogans cessent, et la clameur se lève. « Voisins, ouvrez vos fenêtres, dressez un drapeau palestinien ; voisins, descendez dans la rue avec nous ; voisins, marchez avec nous pour les Palestiniens ! », scandent en chœur les militants perchés sur l’un des fourgons de l’Association France Palestine solidarité (AFPS), boulevard Voltaire à quelques mètres de la place de la République, à Paris. C’est là qu’ont convergé des milliers de manifestants, à l’appel de plus de 85 organisations, associations, syndicats et partis de gauche, ce samedi 29 juillet, journée internationale de solidarité avec le peuple palestinien, instituée par les Nations unies.
Cette prise à témoins sous les fenêtres des riverains, invités instamment à venir grossir les cortèges, résonne un peu comme une supplique, le cri du désespoir pour cette foule dense venue de toute la France dire « sa colère » et « son écœurement » face à la mascarade de trêve aux allures de renoncement jouée ces derniers jours par les grandes puissances mondiales.
« Les enfants de Gaza continuent de tomber sous les bombes israéliennes »
L’actualité à Gaza et en Cisjordanie, le décompte morbide qui se poursuit quotidiennement, sont dans toutes les têtes et s’affichent sur les banderoles : « Il n’y a pas de cessez-le-feu, ce n’est que de la poudre aux yeux ! » « On nous a dit que le génocide était terminé, que tout allait bien, sauf que ce n’est pas l’avis de l’ONU ni des ONG israéliennes », s’insurge ainsi une militante de l’AFPS, organisation à l’origine de cette initiative nationale.
La jeune femme cite également le rapport d’Amnesty International, publié le 27 novembre, où l’ONG documente le fait que « le génocide des Palestiniens commis par Israël à Gaza se poursuit sans relâche ».
Depuis l’entrée en vigueur du « cessez-le-feu », le 10 octobre, pseudo-trêve mise en œuvre sous la pression des États-Unis, « les enfants de Gaza continuent de tomber sous les bombes israéliennes, plus de 300 civils sont morts », relève Marie (1) une manifestante australienne résidant à Paris. Pour la jeune femme, qui confie sa « colère et son dégoût », « c’est encore plus difficile de se faire entendre depuis ce simulacre de trêve car l’attention médiatique, déjà très médiocre, s’est détournée du génocide qui continue ».
Restrictions de l’aide alimentaire et déplacements forcés
Les manifestants s’insurgent également contre la mort à petit feu distillée à travers les restrictions d’entrée de l’aide humanitaire, les déplacements forcés ou les refus d’évacuations médicales qui sont encore légion dans la bande de Gaza. Le sort des Palestiniens de Cisjordanie est également dans tous les esprits, quelques heures après la médiatisation de l’assassinat de deux Palestiniens, abattus après s’être rendus lors d’un raid de l’armée israélienne à Jénine, dans le nord de la Cisjordanie occupée.
« Il y a aujourd’hui beaucoup de colère contre l’inertie de la communauté internationale, mais il y a aussi l’espoir que le peuple parvienne à faire entendre sa voix et ses exigences », témoigne Denis Vemclefs, représentant de la CGT, dont les militants ont répondu massivement présents à cette manifestation parisienne.
Ces exigences, les manifestants en ont une conception très claire, réaffirmée de rassemblements en rassemblements : « Nous réclamons qu’un véritable cessez-le-feu soit appliqué, nous réclamons une solution politique où les droits du peuple palestinien soient respectés, à savoir une solution à deux États sur les frontières de 1967 », détaille Vincent Boulet, responsable international au Parti communiste français.
Pour Anne Féray, coprésidente du Mrap, « Si la France a reconnu l’État palestinien, elle a désormais le devoir avec les autres pays de l’Union européenne d’assurer sa protection. » Cette position ne peut, selon la militante, faire l’économie « de sanctions à l’encontre d’Israël tant que le cessez-le-feu ne sera pas respecté et que l’aide humanitaire n’arrivera pas massivement à Gaza. »
Libération de Marwan Barghouti
La solution politique ne pourra non plus faire l’impasse sur la libération des prisonniers palestiniens, à commencer par Marwan Barghouti, leader de la deuxième Intifada, incarcéré depuis 2002, et soumis depuis l’attaque du Hamas, le 7 octobre, à un régime de détention extrêmement brutal, rappelle Iban Dard Merle, représentant départemental des Jeunesses communistes (JC). Le jeune militant est à cet égard optimiste : « Nous avons déjà obtenu des victoires : la reconnaissance par plusieurs pays, dont la France, d’un État palestinien, nous avons obtenu la libération de George Ibrahim Abdallah, on peut arracher cette troisième victoire. »
Pour Marie, l’exemple du maire de New York devrait inspirer les dirigeants européens : « Zohran Mamdani a eu le courage de nommer la situation, de parler de génocide et de sanctions contre les dirigeants israéliens. Le salut viendra quand ces dirigeants seront à l’unission de l’opinion publique qui est très majoritairement révoltée par ce que subit la population palestinienne. »
Un sentiment largement partagé par la foule qui a bravé la pluie toute l’après-midi. Alain Peiller, ex-cosecrétaire de la FSU résume ainsi l’état d’esprit général : « La colère n’empêche pas la révolte, la résistance ni l’espoir, autrement on ne serait pas là. L’histoire nous a montré que l’envahisseur ne sort au bout du bout jamais vainqueur. »
