Israël tente de changer l’identité religieuse de Jérusalem

Israël détruit le statu quo pour établir un contrôle total sur la vie religieuse musulmane et chrétienne dans les lieux saints.
Le Samedi saint, alors que des chrétiens palestiniens tentaient de rejoindre l’église du Saint-Sépulcre à Jérusalem, les forces de sécurité israéliennes ont commencé à les attaquer et à les arrêter. Le lendemain, jour de Pâques orthodoxe, le ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir, et ses partisans ont pénétré de force dans l’esplanade des Mosquées, où ils ont prié malgré l’interdiction des rituels religieux non musulmans.
Source : Al Jazeera le 13 avril 2026
Traduit de l’anglais par IA
https://www.aljazeera.com/opinions/2026/4/13/israel-is-trying-to-change-jerusalems-religious-identity
Ces incidents ont fait suite à la fermeture sans précédent par Israël de l’esplanade des Mosquées et de l’église du Saint-Sépulcre pendant 40 jours, sous prétexte de « sécurité », durant la guerre israélo-américaine contre l’Iran. De ce fait, les prières à Al-Aqsa n’ont pas pu avoir lieu le vendredi ni pendant l’Aïd el-Fitr, et le cardinal Pierbattista Pizzaballa, patriarche latin de Jérusalem, ainsi que d’autres personnalités religieuses, n’ont pas pu se rendre à l’église du Saint-Sépulcre le dimanche des Rameaux pour y célébrer l’office.
Il est désormais clair qu’Israël ne se contente pas de violer occasionnellement le statu quo. Au contraire, il s’efforce activement d’imposer de nouvelles règles, en vertu desquelles les cultes musulman et chrétien seraient soumis à un contrôle israélien total. Malgré les affirmations des responsables israéliens, il est évident que le contrôle israélien sur Jérusalem ne garantirait en rien l’« égalité ». Il normaliserait plutôt un profond mépris pour le peuple palestinien et son héritage musulman et chrétien.
En substance, l’occupation israélienne considère les Palestiniens chrétiens et musulmans comme de simples « résidents », et non comme un peuple enraciné dans la ville depuis des temps immémoriaux et ayant droit à l’autodétermination. Leur existence est incompatible avec l’idéal sioniste d’une Jérusalem exclusivement juive.
Le statu quo
Depuis le XVIe siècle, la vie religieuse à Jérusalem est largement régie par le statu quo, établi durant la période ottomane, qui implique un ensemble de droits et d’arrangements historiques. Ce statu quo a ensuite été reconnu par le traité de Paris (1856), qui a mis fin à la guerre de Crimée entre les empires russe et ottoman, et par le traité de Berlin de 1878, qui a réglé la perte de territoires ottomans dans les Balkans.
Le statu quo était en vigueur au moment de la publication de la déclaration Balfour en 1917 et a été respecté pendant le mandat britannique.
La sensibilité de la question des lieux saints est apparue clairement lorsque les Nations Unies ont voté le partage de la Palestine, désignant Jérusalem et Bethléem comme « corpus separatum », un statut international visant à protéger le statu quo. Cet arrangement comprenait plusieurs éléments, comme l’exemption fiscale des biens de l’Église.
Après la Nakba de 1948, lorsque des milices sionistes ont perpétré un nettoyage ethnique dans les quartiers ouest de Jérusalem, touchant particulièrement les Palestiniens chrétiens, l’admission d’Israël à l’ONU a été conditionnée par son engagement à respecter, entre autres dispositions, la résolution 181 de l’Assemblée générale des Nations Unies, qui réaffirmait les « droits existants » en matière de culte. Cet engagement a également été réaffirmé dans l’accord conclu entre Israël et la France, connu sous le nom d’accord Chauvel-Fischer, par lequel Israël s’engageait à maintenir les avantages du statu quo pour les lieux saints chrétiens placés sous protection française en échange de la reconnaissance par la France de son statut d’État.
Le statu quo est sans ambiguïté ; il s’agit d’un système bien établi qui ne peut être modifié unilatéralement. Autrement dit, l’occupation israélienne le respecte ou le viole. De toute évidence, la normalisation progressive de l’annexion illégale de Jérusalem par Israël – soutenue par des initiatives telles que la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël par les États-Unis – vise à renforcer un système suprématiste judéo-sioniste sur la ville, y compris ses lieux saints.
Depuis 1967, Israël a rarement réaffirmé son attachement au statu quo. En effet, une telle réaffirmation reviendrait à réaffirmer l’ancienne identité palestinienne, chrétienne et musulmane, de la ville, ainsi que le rôle historique de pays comme la France, l’Italie, l’Espagne, la Belgique, la Grèce et la Jordanie dans sa préservation. Au lieu de cela, Israël invoque la « liberté d’accès » aux lieux saints, un concept non seulement systématiquement bafoué, mais également incompatible avec le statu quo.
En réalité, le statu quo stipule, par exemple, que l’esplanade des Mosquées est administrée par le Waqf islamique, qui détermine qui peut la visiter et à quel moment. Or, la politique israélienne de « liberté d’accès » à Al-Aqsa a permis à des milliers de colons armés de pénétrer dans l’esplanade, d’y effectuer des prières juives et de revendiquer le lieu comme site de prière juif.
Pas de liberté de culte
Israël a prouvé qu’il ne peut être le garant de la liberté de culte en Terre sainte, notamment parce que sa politique ne témoigne d’aucune considération pour les droits du peuple palestinien. C’est ce même pays qui a perpétré un génocide à Gaza, un fait établi par les organisations internationales de défense des droits humains et une commission d’enquête de l’ONU.
Il s’agit du même pays qui continue d’occuper et de s’orienter vers l’annexion de terres palestiniennes, malgré la décision de la Cour internationale de Justice déclarant ces activités illégales au regard du droit international. Il s’agit du même pays qui applique des lois discriminatoires à l’égard de ses citoyens palestiniens et des Palestiniens qu’il occupe, lois assimilables à de l’apartheid, et qui protège les colons auteurs d’attentats terroristes contre une population occupée.
La politique israélienne de séparation de Jérusalem du reste du territoire palestinien occupé est un signe clair du refus d’Israël d’accorder la liberté de culte. Sous ce régime, les Palestiniens titulaires de cartes d’identité de Cisjordanie ou de Gaza ne peuvent accéder à la ville sans autorisation israélienne, rarement accordée.
Cette restriction affecte non seulement les fidèles et leurs familles, mais aussi le clergé. En 2011, l’évêque anglican de Jérusalem, Suhail Dawani, s’est vu retirer son permis de séjour à titre de mesure de pression. Cette année, les forces israéliennes ont arrêté le cheikh Mohammad al-Abassi, imam de la mosquée Al-Aqsa, et lui ont interdit l’accès à l’esplanade des Mosquées pendant une semaine.
Pour les Palestiniens musulmans et chrétiens, la prière est devenue un acte de résistance. Avec résilience, paix et discrétion, ils continuent de s’opposer aux tentatives israéliennes de saper le statu quo, même si le reste du monde ignore leur sort.
L’administration Trump, qui se prétend défenseure de la liberté religieuse, a nommé Mike Huckabee, un ambassadeur sioniste chrétien en Israël, dont l’idéologie est largement proche de celle des colons israéliens. Parallèlement, l’Union européenne, principal partenaire commercial d’Israël, sous la présidence d’Ursula von der Leyen et la direction des affaires étrangères de la Confédération, Kaja Kallas, s’est abstenue de prendre des mesures concrètes en matière de responsabilité. Dans le même temps, les « Accords d’Abraham » se sont révélés politiquement inefficaces, y compris quant à l’objectif même qu’ils visaient auprès des publics arabes : empêcher l’annexion par Israël des territoires palestiniens occupés.
Israël fait preuve de peu de considération envers ses « partenaires » lorsqu’ils ne parviennent pas à exercer de pression. Le fait qu’Israël soit revenu sur sa décision d’empêcher le patriarche latin d’accéder au Saint-Sépulcre après une forte réaction internationale démontre non pas un « malentendu » qui a été dissipé, comme l’ont affirmé les responsables israéliens, mais bien que la pression internationale peut produire des résultats concrets.
Les États ne peuvent prétendre soutenir le statu quo tout en tolérant des violations systématiques du droit international. Le statu quo lui-même fait partie intégrante du droit international et demeure l’un des derniers remparts contre le contrôle total d’Israël sur tous les aspects de la vie à Jérusalem.
La sauvegarde du présent et de l’avenir de la vie religieuse à Jérusalem, y compris la viabilité d’une communauté chrétienne dynamique, va de pair avec le respect du statu quo des lieux saints et, en fin de compte, avec la fin de ce que la Cour internationale de Justice a qualifié d’occupation israélienne illégale.
Par Xavier Abu Eid
Xavier Abu Eid est politologue, doctorant au Trinity College de Dublin et ancien conseiller de l’Organisation de libération de la Palestine.
