« J’ai mal à ma ville » : le malaise grandit sur l’absence d’hommage de Paris aux victimes palestiniennes

lundi 28 juillet 2025

Un vœu des Écologistes, soutenu par les communistes, a été adopté au Conseil de Paris pour que la tour Eiffel s’éteigne la nuit en hommage à Gaza, mais à ce jour aucune date n’a été fixée. Les atermoiements des socialistes, voire un « blocage » de la part d’Anne Hidalgo, sont pointés du doigt.

Mathieu Dejean, 23 juillet 2025

Vingt jours après l’adoption du vœu des Écologistes au Conseil de Paris, le 3 juillet, pour rendre hommage aux victimes civiles palestiniennes du génocide en cours, l’hôtel de ville reste silencieux. Un silence qui confine au malaise, alors que chaque jour la situation s’aggrave et que la famine emporte désormais Gaza. Dans un communiqué publié le 22 juillet, les groupes écologiste et communiste appellent la ville de Paris à « respecter le vote du Conseil ».

Le vœu adopté au début du mois prévoyait l’extinction de la tour Eiffel et le fait d’accorder la citoyenneté d’honneur aux civil·es gazaoui·es – c’était le septième vœu des Écologistes allant dans ce sens. « Trois semaines plus tard, aucune date d’extinction de la tour Eiffel n’a été annoncée. Aucune inscription à l’ordre du jour pour la citoyenneté d’honneur. Aucun message diplomatique de la Ville exigeant la levée du blocus », énumère le communiqué.

Pour lire la suite : https://www.mediapart.fr/journal/politique/230725/j-ai-mal-ma-ville-le-malaise-grandit-sur-l-absence-d-hommage-de-paris-aux-victimes-palestiniennes?utm_source=article_offert&utm_medium=email&utm_campaign=TRANSAC&utm_content=&utm_term=&xtor=EPR-1013-%5Barticle-offert%5D&M_BT=1028046793474

Le 4 juillet, Fatoumata Koné, présidente du groupe écologiste, avait envoyé une missive à Anne Hidalgo à ce sujet. « Nous souhaiterions connaître la date retenue pour l’extinction de la tour Eiffel dans ce cadre, ainsi que les modalités d’inscription à l’ordre du jour du prochain Conseil de Paris de l’attribution de la citoyenneté d’honneur aux victimes civiles palestiniennes », demandait-elle dans ce courrier, consulté par Mediapart.

Un courrier resté là aussi sans réponse.

« Je ne comprends pas comment la ville de Paris peut être aussi sourde à ces demandes », confie Fatoumata Koné à Mediapart. « Des subventions importantes ont été versées à des ONG comme Acted, mais on a besoin d’une expression politique. Toutes les bornes ont été franchies, Paris doit faire entendre sa voix », défend aussi Ian Brossat, candidat communiste à la mairie de Paris.

Écologistes et communistes rappellent que la tour Eiffel s’est illuminée aux couleurs de l’Ukraine après l’invasion russe, puis aux couleurs d’Israël après les attaques terroristes du 7-Octobre, et que Paris a attribué la citoyenneté d’honneur aux otages du Hamas, comme au peuple du Haut-Karabagh récemment. Comment dès lors ne pas donner l’impression d’un deux poids et deux mesures ?

Socialistes divisés

Par ailleurs, alors même que l’extrême droite gouverne en Italie, Rome, la seule ville avec laquelle Paris est jumelée, a procédé à l’extinction de la fontaine de Trevi le 18 juillet pour marquer son soutien au peuple palestinien. « C’est d’autant plus honteux pour la ville de Paris », déplore Laurent Sorel, élu de L’Après (parti formé par les exclu·es de LFI). Raphaëlle Primet, coprésidente du groupe communiste, dénonce un « déni insupportable » : « Il n’y a aucune raison de ne pas le faire, mais ils traînent des pieds », déplore-t-elle.

« Ils », c’est l’exécutif de la ville de Paris, Anne Hidalgo au premier chef. Un vœu n’étant pas contraignant juridiquement, c’est à la maire que la décision de l’appliquer revient. Contacté par Mediapart, son entourage n’a pas donné suite. « Il y a un blocage au niveau de la maire, mais aussi du groupe socialiste parisien, pour qui ce n’est pas un sujet consensuel », regrette Fatoumata Koné. De fait, lors du vote à main levée du 3 juillet, l’exécutif avait donné un avis négatif sur le vœu défendu par Les Écologistes, et le groupe socialiste n’avait pas donné de consigne de vote.

Le texte des Écologistes s’appuyait sur le rapport du Comité spécial de l’ONU de septembre 2024 et sur le rapport d’Amnesty International du 5 décembre 2024, pour pointer un « risque de génocide » à Gaza. Un vocabulaire qu’une partie des socialistes parisiens ne partage pas. « Les Écologistes, le PCF et La France insoumise ont repris cette terminologie. Mais des socialistes parlent de “crime”, de “massacre”, pas de génocide », décrypte un élu socialiste. Plusieurs députés socialistes ont d’ailleurs signé la proposition de loi de l’élue macroniste Caroline Yadan sur « les formes renouvelées de l’antisémitisme », tendant à condamner l’utilisation du terme « génocide » pour la situation à Gaza.

À titre personnel, je suis en accord avec le fond de ce vœu, qui a une importance symbolique. Emmanuel Grégoire, candidat PS à la mairie de Paris pour succéder à Anne Hidalgo

Ils ont cependant été plusieurs élu·es, dans le groupe socialiste, à voter pour le vœu du 3 juillet, comme l’ancienne présidente d’Amnesty International Geneviève Garrigos, Jean-Luc Romero-Michel ou encore Karim Ziady. Jointe par Mediapart, Geneviève Garrigos explique avoir toujours voté pour les vœux communistes et écologistes pour soutenir Gaza depuis novembre 2023. Aujourd’hui, elle témoigne de son incompréhension face au mutisme d’Anne Hidalgo : « J’ai demandé qu’on m’explique cette position en fin d’année dernière, et je n’ai toujours pas de réponse. Au regard de la situation aujourd’hui, j’ai mal à ma ville », dit-elle avec émotion.

Pour Karim Ziady, la guerre génocidaire menée par Israël est devenue « un débat tabou » dans son groupe : « On n’arrive plus à discuter de ce sujet. » « Quelques-uns adhèrent au narratif israélien “rendez les otages, on arrêtera la guerre”, qui cache un refus de cesser les bombardements », juge Geneviève Garrigos. En mai 2024, le conseil de Paris avait respecté une minute de silence en hommage aux civils palestiniens. C’est tout.

Incompréhension

Certains membres du groupe socialiste sont particulièrement virulents avec les élu·es pro-palestinien·nes, comme le maire de Paris Centre Ariel Weil. Celui-ci avait corédigé une contribution thématique lors du congrès du Parti socialiste (PS) baptisée « Cercle socialiste des ami·e·s d’Israël », dans laquelle la stratégie militaire du gouvernement Nétanyahou était louée.

Anne Hidalgo elle-même s’était emportée en novembre 2023 contre Laurent Sorel, alors membre de La France insoumise (LFI), lorsque, tout en condamnant l’« acte terroriste » du Hamas, il avait ajouté qu’il y avait « aujourd’hui à Gaza un autre crime de guerre perpétré par le gouvernement israélien d’extrême droite ».

« Je suis tellement fière et heureuse de ne pas vous compter, vous et LFI, dans ma majorité, avait déclaré Hidalgo. J’ai la confirmation chaque jour que ce choix a toujours été le bon pour ne pas se perdre. » « Sa virulence a démontré qu’il y avait une gêne, note Laurent Sorel. Quand on veut marquer sa solidarité avec la Palestine, c’est comme si pour certains on était conciliant avec le terrorisme. Ce n’est pas à la hauteur de la situation. »

Anne Hidalgo avait déjà provoqué une polémique en août 2015 en organisant l’événement « Tel-Aviv sur Seine », qui ignorait tout de la réalité des plages de Tel-Aviv comme du contexte politique en Israël, un an après de lourds bombardements à Gaza, déjà.

Les lignes évoluent toutefois au sein des socialistes parisiens, qui ont été toujours plus nombreux à voter pour les vœux en hommage à Gaza présentés par Les Écologistes et les communistes. Le 3 juillet, lors du scrutin public sur le vœu présenté par les communistes (juste après celui des Écologistes, dont le vote s’est fait à main levée), onze socialistes avaient voté pour, et douze contre.

Le député de Paris Emmanuel Grégoire, candidat socialiste pour succéder à Anne Hidalgo, était en session à l’Assemblée nationale. Il confie à Mediapart sa position : « D’abord, un vœu doit être honoré. Ensuite, à titre personnel, je suis en accord avec le fond de ce vœu, qui a une importance symbolique. Rien ne peut justifier une telle violence aveugle contre les civils palestiniens. »

Pour le vice-président du groupe écologiste à Paris, Jérôme Gleizes, l’hommage ne peut attendre le mois de septembre : « Il faut le faire tout de suite. Dans deux mois, on ne sait pas où on en sera, la situation se dégrade vite et le silence prédomine. Il faut rappeler ce qui se passe. »

Mathieu Dejean


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