L’équipe cycliste Israël-Premier Tech incitée à quitter le Tour d’Espagne

dimanche 7 septembre 2025

Le ministre des affaires étrangères espagnol s’est prononcé pour le retrait de la formation Israël-Premier Tech de la Vuelta, après de nombreux incidents de course provoqués par sa présence. Mais la décisionnaire finale, l’Union cycliste internationale, se fait jusqu’ici très discrète.

Mathias Thépot, publié le 5 septembre 2025

Le Tour d’Espagne cycliste 2025 – communément appelé la Vuelta – a été émaillé de moult incidents depuis son départ le samedi 23 août. De nombreux manifestant·es dénonçant la guerre génocidaire menée par Israël à Gaza ont en effet perturbé le déroulé des étapes, appelant à l’exclusion de l’équipe Israël-Premier Tech, propriété d’un milliardaire pro-Nétanyahou.

Ce vendredi 5 septembre encore, au pied du terrifiant col de l’Angliru, juge de paix de la 13e étape, les trois coureurs qui s’étaient échappés du peloton ont vu leur entreprise ralentie pendant près de une minute par des militant·es arborant des drapeaux palestiniens au milieu de la route. Les militant·es ont par la suite été évacué·es à coups de matraque par la police espagnole.

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Les premiers incidents de cette Vuelta 2025 datent de l’épreuve du contre-la-montre par équipe – la 5e étape – qui s’est tenue le 27 août. Plusieurs manifestant·es y ont barré la route de l’équipe Israël-Premier Tech, déployant une banderole sur laquelle était écrit : « La neutralité est une complicité. Boycott Israël. »

Au milieu de la 10e étape, mardi 2 septembre, de nouveaux militant·es paré·es de drapeaux palestiniens se sont carrément posté·es au milieu de la chaussée au moment du passage du peloton qui arrivait à pleine vitesse, provoquant la chute du coureur italien de l’équipe Intermarché Wanty Simone Petilli.

Mais le moment le plus tendu est est intervenu le lendemain, lors de la 11e étape qui s’est tenue dans le Pays basque espagnol, autour de Bilbao. Les manifestations sur les routes étaient telles que la direction de la Vuelta a été contrainte de neutraliser la course.

Cela n’a pas découragé les militant·es pro-Palestine qui, depuis, continuent d’appeler les Espagnol·es sur les réseaux sociaux à se mobiliser pour perturber les deux dernières étapes entre Robledo de Chavela et Bola del Mundo, et entre Valdeolmos-Alalpardo et Madrid, qui sont prévues pour les 13 et 14 septembre.

Dans un message diffusé sur Instagram, le collectif La Sierra con Palestina a notamment écrit : « Faites savoir à l’équipe israélienne qu’elle n’est pas la bienvenue ! Voyons, écoutons. Tout le monde descend dans la rue pour une Palestine libre ! »

Partir ou rester ?

La question est désormais de savoir s’il est bien raisonnable que l’équipe Israël-Premier Tech reste dans la course vus les nombreux incidents provoqués par sa présence.

À l’issue la 11e étape, le directeur technique de la course, Kiko Garcia, a notamment sous-entendu qu’un départ de l’équipe israélienne lui semblait inéluctable. « Il n’y a qu’une seule solution, et nous la connaissons tous. L’équipe israélienne elle-même a compris que sa présence ici ne facilite pas la sécurité », a-t-il expliqué.

Le ministre des affaires étrangères, José Manuel Albares, membre du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), a été encore plus clair le 4 septembre, se disant « favorable » à l’exclusion de l’équipe Israel-Premier Tech de la Vuelta dans une interview donnée à la radio RNE.

« Nous ne pouvons pas poursuivre nos relations avec Israël comme si de rien n’était. Nous devons envoyer un message à Israël, à la société israélienne. Ils doivent comprendre que l’Europe et Israël ne peuvent interagir que si les droits de l’homme sont respectés. Car, en tant que pays démocratiques, c’est ainsi que nous fondons et entretenons nos relations. » Le ministre a cependant rappelé que le retrait de l’équipe Israël-Premier Tech n’était pas « une décision que peut prendre le gouvernement espagnol, mais bien l’Union cycliste internationale (UCI) [qui organise les plus grandes compétitions cyclistes – ndlr] ».

Sous pression, l’UCI, présidée par le Français David Lappartient, se fait toutefois très discrète – elle n’a pas donné suite aux sollicitations de Mediapart. L’institution s’est jusqu’ici contentée de montrer son soutien à l’équipe israélienne, se fendant d’un communiqué le 3 septembre où elle « condamne fermement les actions qui ont conduit à la neutralisation de la 11e étape de La Vuelta Ciclista a España ». L’UCI a aussi pointé « l’importance fondamentale de la neutralité politique des organisations sportives réunies au sein du Mouvement olympique, ainsi que le rôle unificateur et pacificateur du sport ».

Rappelons que l’UCI s’était montrée beaucoup plus réactive après le début de l’agression militaire de la Russie de Vladimir Poutine sur l’Ukraine. Le 1er mars 2022, soit une semaine après le début de l’assaut russe, l’institution avait suspendu toutes les équipes, sélections et courses russes et biélorusses de son calendrier. Elle a seulement levé en mai 2023 l’interdiction de participation à ses épreuves des athlètes russes et biélorusses, mais à condition qu’ils courent pour des équipes étrangères.

Un patron sulfureux

Du reste, si l’équipe Israël-Premier Tech – qui a connu une ascension rapide dans le peloton international depuis 2020 – suscite tant les critiques, c’est aussi dû à l’identité de son principal mécène : l’homme d’affaires israélo-canadien Sylvan Adams, magnat de l’immobilier commercial outre-Atlantique.

« Ambassadeur autoproclamé d’Israël », comme il s’est défini lui-même, et adepte du soft power par le sport, il est surtout un proche soutien de Benyamin Nétanyahou. C’est donc sans surprise que le 28 août sur i24News, il avait dit au sujet des militant·es ayant barré la route de son équipe lors de la 5e étape de la Vuelta : « Ce ne sont pas des manifestants, ce sont des terroristes. »

Le 5 septembre, dans une interview accordée à la chaîne israélienne Sport Channel, il a par ailleurs refusé catégoriquement de retirer son équipe de la Vuelta, assurant avoir reçu le soutien du président de l’UCI, David Lappartient. « Si nous abandonnons, ce ne sera pas seulement la fin de notre équipe, mais de toutes les autres, a-t-il déclaré. Demain, ils manifesteront contre les équipes de Bahreïn, des Émirats arabes unis et d’Astana. Les boycotts sont sans fin. »

Et les coureurs dans tout cela ? Sans prendre position sur le fond, ils disent craindre de nouvelles chutes. « Alors que nous respectons le droit de manifester pacifiquement, des actions mettant en danger les athlètes sont inacceptables », a souligné le président du syndicat des coureurs, Adam Hansen.

« Notre sécurité n’est plus garantie. Nous nous sentons en danger », a pour sa part plaidé le coureur italien Simone Petilli sur les réseaux sociaux. Ce à quoi la ministre de la jeunesse espagnole, Sira Rego, du mouvement de gauche Sumar, a rétorqué : « En Palestine, plus de 63 000 personnes ne se sentent plus “en danger” , parce qu’elles ont été assassinées par Israël. »

Mathias Thépot


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