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La France et l’Europe financent, sans le dire, l’industrie militaire israélienne
Un projet de développement de drones militaires financé par l’Europe et sept gouvernements européens, dont la France, a obtenu, en mai 2024, un financement de 42 millions d’euros d’argent public. Problème : une partie des fonds bénéficie à Israel Aerospace Industries, une entreprise public d’armement israélienne, révèlent Disclose, Investigate Europe et Reporters United.
Le projet s’appelle Actus. Inconnu du grand public, ce programme, qui vise à améliorer et armer des drones militaires, est financé par l’Europe dans le cadre d’un vaste plan pour garantir l’autonomie stratégique du continent. Sur le papier, rien d’anormal. Sauf que derrière l’un des porteurs du projet, Disclose, Investigate Europe et le média grec Reporters United, ont découvert l’implication d’un acteur resté jusque-là sous les radars : l’industriel de l’armement Israel Aerospace Industries (IAI). Détenue par l’État israélien, la société est au cœur de l’opération militaire déclenchée à Gaza après le 7 octobre 2023. De l’aveu même du PDG, IAI joue un « rôle central dans la guerre de l’Épée de fer ». L’armée de Tsahal utilise notamment ses drones Héron pour surveiller, cibler et frapper des bâtiments et campements où sont réfugié·es civil·es Palestinien·nes.
L’histoire commence à l’été 2023, quand 30 « partenaires » européens décident de déposer ensemble un dossier pour financer un programme commun auprès du Fonds européen pour la Défense (FED). Son nom : Actus Ce projet est destiné à l’armement du drone Patroller de la société Safran, dont le deuxième actionnaire est l’État français, et à la certification du drone Lotus, conçu par la société grecque Intracom Defense. Le 16 mai 2024, les expert·es missionné·es par la Commission européenne valident le projet : une enveloppe de 42 millions d’euros de fonds publics est débloquée en faveur des 23 industriels chargés du développement tactique des drones Patroller et Lotus. Mais ce n’est pas tout : d’après l’enquête de Disclose, Investigate Europe et Reporters United, sept ministères des armées européens financent également le projet, dont le ministère des armées français. Au total, Actus est donc financé à hauteur de 59 millions d’euros. La société Intracom Defense, qui coordonne le projet, est le premier bénéficiaire du projet, avec un soutien de 14 millions d’euros.
Or, ce que la Commission européenne et les pays cofinanceurs du projet ne peuvent ignorer, c’est qu’Intracom Defense a été racheté au printemps 2023 par Israel Aerospace Industries, qui détient 94 % de son capital et 100 % des votes. Autrement dit, en choisissant de financer le projet Actus, l’Europe et les États impliqués, dont la France, soutiennent un programme militaire qui profite d’abord à Israël et à son industrie militaire. Et ce, malgré le fait que l’offensive militaire à Gaza a fait plus de 50 000 morts, dont 15 000 enfants, selon l’Unicef. Le gouvernement français est doublement impliqué dans ce plan européen de drones armés : en tant que cofinanceur, mais aussi comme bénéficiaire, à travers le constructeur de drones Safran, qui a reçu une enveloppe de 10 millions d’euros.
« Cruel manque de cohérence »
« Indirectement le fonds européen et les États viennent renforcer la machine de guerre israélienne », résume Tony Fortin, chargé d’étude à l’Observatoire des armements. Une analyse partagée par Aymeric Elluin, chargé des questions d’armement pour l’ONG Amnesty International : « Cette affaire illustre un cruel manque de cohérence. D’un côté la France a une position de plus en plus ferme ; et de l’autre, elle est amenée à collaborer sur un projet avec IAI qui appartient à l’État d’Israël dont le dirigeant, Benjamin Netanyahou, est poursuivi par la Cour pénale internationale pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité ».
Photo prise en décembre 2024, à Athènes, sur le grand escalier du siège d’Intracom Defense. Source : Intracom Defense
Interrogé par Disclose et ses partenaires, le ministère norvégien des armées déclare avoir donné 115 000 euros « de garanties de co-financement » en passant par les entreprises norvégiennes parties prenantes dans le consortium Actus. Même montage côté suédois avec un co-financement de 273 709 euros via l’entreprise SAAB. Idem pour la Finlande, qui refuse toutefois d’indiquer le montant exact de sa participation. Quant à la Commission européenne, chargée de la gestion du FED, elle indique que « les évaluations et la sélection des projets sont conduites indépendamment de tous les développements politiques et sont basées strictement sur l’éligibilité du projet ». Également interrogée, Intracom Defense déclare être « enregistrée et opérer en Grèce ». Son actionnaire, IAI, n’a pas donné suite. Pas plus que le ministère des armées français.
Quoi qu’il en soit, ni le mandat d’arrêt de la CPI, ni les crimes de guerre à Gaza ne semblent avoir gâché la fête de lancement du projet Actus. Sur la « photo de famille » prise à la mi-décembre 2024, l’ensemble des partenaires étaient réunis à Athènes, où siège la société Intracom Defense. Ils posent debout sur un immense escalier sculptural ; tous affichent un grand sourire.
Source : DISCLOSE
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