« La démission du monde est plus douloureuse que la guerre elle-même »

16 avril 2025 - Plus de deux cents journalistes se sont rassemblés sur les marches de l’Opéra Bastille, dans le centre de Paris, pour protester contre l’assassinat de près de 200 journalistes palestiniens à Gaza depuis le début de la guerre génocidaire menée par Israël contre Gaza. Ils se sont allongés sur les marches, vêtus de gilets de presse ensanglantés, tandis que les noms des journalistes palestiniens tués étaient lus à haute voix - Photo : Anne Paq / Activestills
Des lits d’hôpitaux chargés de blessés qu’on pousse dans un noir d’encre, achoppant sans cesse contre les gravats ; des parents qui arrachent leur enfant au respirateur artificiel et l’emportent en courant dans la nuit.
Yousef Abu Sakran raconte comment il a saisi son fils Mohammad, 5 ans, brûlé au troisième degré au dos et aux jambes : « J’ai pris mon fils et j’ai couru avec lui. Il hurlait de douleur, ses brûlures et ses blessures saignaient énormément. Ils bombardent nos maisons sur nos têtes puis les hôpitaux où les blessés sont soignés. Où aller à présent ? »
L’hôpital al-Ahli, bombardé par l’occupant dans la nuit du 13 avril, recevait chaque jour des dizaines de blessés.
La pharmacie a été détruite, privant les patients du peu de médication qu’ils recevaient.
Aujourd’hui à Gaza, être blessé de blessures que partout ailleurs au monde on pourrait soigner, c’est être condamné à mort. « A présent, Gaza est sans hôpital », commente Anas el-Sharif. « Cet hôpital était la vie des familles palestiniennes. Nous mourrons en silence, sans soins médicaux, dans les massacres qui continuent. L’occupant extermine toute vie ici. »
Le bombardement d’al-Ahli est choquant, mais tout sauf surprenant dans la logique de l’impunité. Dans un monde cynique où les puissants se rangent aux côtés des plus forts, la force fait le droit. C’est aussi simple que ça.
Le 17 octobre 2023, l’occupant avait bombardé une première fois al-Ahli, assassinant au moins 500 Palestiniens.
C’était le test ultime, passé avec succès.
A l’époque, l’occupant avait jugé bon de faire gober qu’un missile artisanal palestinien était à l’origine de ce cataclysme que seules des bombes d’une tonne ultra perfectionnées peuvent occasionner. Une fois de plus, l’Occident avait fait semblant de croire à ces mensonges, et depuis, tout est permis.
Mais rappelons que de fait, le crime de guerre que constitue le ciblage des hôpitaux, des ambulances et des soignants est la règle à Gaza depuis 2006.
Partout dans le monde, en cas d’urgence, les secours affluent de toute part pour renforcer la réponse médicale et humanitaire. A Gaza, le processus est inversé : plus les besoins augmentent, moins il y a de quoi y faire face. L’occupant empêche les médecins d’entrer, bloque toute arrivée de biens médicaux depuis le 2 mars, et empêche les évacuations de patients.
« Gaza n’est pas un endroit où il fait bon être malade », Ahmad al-Najjar, journaliste à Gaza.
Gaza est aussi le dernier endroit au monde où naître, où grandir, où être parent – où vivre. A Gaza, il n’y a plus que deux couleurs : le gris de la mort, des gravats, qui colle aux visages, aux cheveux, et le rouge du sang. « Mieux vaut être en enfer qu’à Gaza », résume le Dr. Mads Gilbert.
Cela n’est pas le résultat d’une malédiction qui frapperait les Palestiniens, mais la conséquence logique de 77 ans de soutien occidental sans faille à la politique de « Nakba structurelle » menée par l’occupant, selon les termes du juriste international Ardi Imseis.
« Quelle armée au monde est assez lâche, assez sadique pour attaquer, en pleine nuit, des blessés et des malades, des médecins et des infirmiers ? On n’assiste pas seulement à l’effondrement d’un système de soins, mais à l’effondrement de la colonne vertébrale morale des gouvernements occidentaux qui ne réagissent pas », dénonce Dr. Mads Gilbert.
« L’armée d’occupation n’a pas le courage de s’attaquer à la résistance armée mais s’attaque à la société civile. Leur but est de briser la fabrique sociale de la société palestinienne, c’est pourquoi ils détruisent les universités, les écoles, les archives, les bibliothèques, les hôpitaux, les ambulances. Le but n’est pas d’éradiquer le Hamas mais le peuple palestinien ; ça porte un nom : le nettoyage ethnique. »
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Source : Chronique de Palestine
Auteur : Marie Schwab
* Marie Schwab milite au Collectif Palestine 12 (Aveyron). Ses textes, lus à l’occasion des rassemblements hebdomadaires dans la ville de Millau, sont « des cris du coeur ! »
