La révolte des affamés

mardi 6 mai 2025

La Révolte des Affamés

Ce texte terrible ... du représentant de l’UJFP à Gaza nous dit nos responsabilités :
Faire cesser ce génocide !

J’ai tant écrit, tant crié, et je n’ai laissé aucune ligne sans y déverser l’amertume de ce
que nous vivons ici à Gaza, ce lieu à qui tout a été arraché, sauf la dignité. J’ai écrit sur les massacres, sur les maisons qui se sont effondrées sur leurs habitants, sur les
déplacements et le froid, sur l’eau coupée, sur les médicaments absents… et sur la
faim. Oui, la faim, que nous avons tant redoutée, et qui, aujourd’hui, a quitté les pages
d’avertissement pour envahir les rues de la réalité. Elle dévore les corps, soulève les
foules, et pousse Gaza vers la révolte des affamés.

Cette révolte n’est pas née soudainement. Elle s’est accumulée, couche après couche,
comme la cendre sur les visages des sinistrés. Depuis la fermeture totale des points de
passage le 2 mars 2023, aucun blé, aucun riz, aucune huile, aucun médicament, pas
même une lueur d’espoir n’a pénétré Gaza. Comme si Gaza avait disparu de la carte
du monde, comme si ses habitants n’étaient pas comptés parmi les êtres humains.

Pendant de longs mois, la famine s’est insidieusement installée, rongeant la vie de
l’intérieur, fauchant les enfants un à un.

Peut-on croire que des enfants meurent de faim à Gaza, au XXIe siècle ?

Oui, ils sont morts, et ils meurent chaque jour. Ils tombent dans les bras de leurs
mères, non pas parce que des bombes les ont touchés, mais parce que leur ventre vide
a crié jusqu’à se taire.

La plupart des enfants de Gaza souffrent aujourd’hui de malnutrition sévère. Leurs
corps sont frêles, leurs yeux creusés, leurs lèvres desséchées. Ils s’endorment sans
dîner, et se réveillent face au néant.

Et la politique de la faim continue, comme un couteau lent enfoncé dans le corps de
Gaza, sans pitié. Les passages sont fermés, les entrepôts sont vides. Même ceux qui
possèdent encore un peu d’argent ne trouvent plus rien à acheter. Pendant que le
monde regarde passivement ce massacre au ralenti, les signes de l’explosion sont
apparus. Le peuple n’en peut plus. Quand un père voit ses enfants vaciller de faim,
regarder sa main vide, pleurer en silence car il n’a rien à leur offrir, tout en sachant
qu’à quelques mètres de là se trouvent des entrepôts pleins de nourriture, que croyez-
vous qu’il va faire ?

Ces trois derniers jours, Gaza a connu une explosion sans précédent.
Des foules ont émergé des tentes, des ruelles, des maisons en ruines. Une marée
humaine affamée a pris d’assaut les entrepôts de nourriture, envahi les magasins
fermés, certains ont pénétré des institutions humanitaires gardant des stocks
d’urgence, d’autres encore ont vidé les boulangeries qui gardaient un peu de farine
pour les jours noirs à venir. Même les simples étals de légumes n’ont pas été
épargnés.

Ce n’est ni du vol, ni un chaos gratuit. C’est la révolte des affamés.
Quand le pain devient un droit à arracher de force, et non un don à attendre.
Quand l’ordre humanitaire s’effondre, quand les institutions internationales trahissent
leurs engagements, et qu’il ne reste au peuple que leurs corps amaigris et leur voix
étouffée, la tranquillité s’effondre et une révolte éclate, que seul le pain peut apaiser.

Ce qui est étrange, c’est que cette scène ne nous a pas surpris. Nous avons écrit, crié,
supplié, depuis les premiers mois du siège. Nous avons averti de la famine, dit que
Gaza était poussée vers la catastrophe, mais le monde a choisi de rester sourd,
d’ignorer tous les appels, comme si Gaza n’existait pas sur cette planète. Comme si
nous étions condamnés à mourir encore et encore, sans que nos morts ne fassent
frémir une conscience.

Aujourd’hui, dans certaines régions, les rues sont vides de tout ce qui se mange.
Des mères fouillent les ordures pour calmer les pleurs de leurs enfants.
Des jeunes attendent un travail inexistant.
Des vieillards, assis au bord des routes, regardent l’horizon couvert de fumée.
Et tous, oui tous, savent que mourir de faim est plus cruel que n’importe quelle
bombe.

Gaza se tient aujourd’hui au bord de la famine totale.
Pas d’eau. Pas de nourriture. Pas de médicaments.
Même les institutions ne peuvent plus fonctionner.
L’aide n’entre pas, les besoins explosent.
Les mères sont contraintes de moudre les restes de lentilles ou de maïs pour faire un
semblant de pain, si elles en trouvent.
Et l’enfant mange quelques miettes… puis se rendort, le ventre vide.

Dans cette catastrophe, notre cri reste le même :
Ouvrez les points de passage…
Faites entrer la nourriture…
Levez le siège qui affame les corps, avant que Gaza ne devienne entièrement un
cimetière d’affamés.

Mais si le monde ne nous entend pas aujourd’hui, il ne nous entendra pas demain.
Et si la faim n’a pas de voix, alors la révolte des affamés parlera pour elle.
Car les affamés, lorsqu’ils explosent, ne demandent qu’une chose : la vie… rien que la vie


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