Le Mucem se sépare d’un mécène accusé de “soutenir la colonisation israélienne”

INFO TÉLÉRAMA – Mis sous pression par un collectif militant, le musée marseillais et l’entreprise américaine Digital Realty, spécialisée dans la gestion de data centers, ne renouvelleront pas leur convention de mécénat, nouée il y a dix ans.
Par Lucas Armati
L’entreprise américaine Digital Realty soutenait le musée marseillais depuis dix ans. Photo Thibaut Durand/Hans Lucas/AFP
Après le rejet des mécènes des industries fossiles, celui des data centers ? Selon nos informations, le Mucem de Marseille et la multinationale Digital Realty, spécialisée dans la gestion de centres de données à travers le monde, ont décidé de mettre un terme à leur convention de mécénat, à la suite de plusieurs mois de mobilisation militante. En cause : les accusations portées contre l’entreprise américaine, propriétaire de quatre data centers dans la cité phocéenne et soutien fondateur du musée depuis dix ans, de « soutenir la colonisation israélienne » par l’intermédiaire d’un partenariat noué avec une société immobilière de Tel-Aviv, soupçonnée d’être « active dans la colonisation des territoires palestiniens et syriens à travers de multiples opérations immobilières, notamment en Cisjordanie et sur le plateau du Golan ».
Depuis plusieurs mois, les activistes marseillais réunis dans le collectif Divest from Digital Realty avaient multiplié les actions. Interpellation publique, rencontre avec la direction, pétition signée par des « artistes, chercheur·euse·s et travailleur·euse·s dans le champ de l’art »… la mobilisation avait poussé certains artistes programmés à prendre leurs distances avec l’institution — sur scène, la comédienne Florence Mendez a ainsi demandé au musée de « rendre des comptes » tandis que la DJ Marcia Vistalli (Mars O10C) a annulé sa venue. Le musée avait communiqué sur son site Internet, en affirmant accepter cette parole critique, tout en mettant en avant sa « neutralité ».
“Un contexte apaisé”
Aujourd’hui, le collectif salue « une grande première dans l’histoire des partenariats et mécénats culturels liés aux entreprises complices de la colonisation israélienne », tout en taclant la direction du musée, jusqu’alors « peu disposée à reconnaître la légitimité des arguments et données transmises ». « Nous nous félicitons collectivement de cette décision historique, déclare-t-il. Puisse cette victoire en inspirer d’autres ! » En plus des liens israéliens entretenus par le mécène, le collectif pointait du doigt ses « amitiés toxiques avec la Big Tech », sa perpétuation de « l’extractivisme colonial » (avec l’exploitation en Afrique et en Amérique du Sud des minéraux stratégiques nécessaires pour ses processeurs) et sa « trajectoire écologique catastrophique », avec des data centers très énergivores et lourds pour les écosystèmes aquatiques. Contacté, Digital Realty n’a pas répondu à notre demande d’interview à l’heure où nous écrivons ces lignes.
De son côté, le Mucem explique que la décision, prise « d’un commun accord » entre les deux parties, vise « à ce que le musée poursuive ses missions de service public dans un contexte apaisé ». Et insiste pour remercier « l’implication de son mécène fondateur pour avoir accompagné les actions de l’établissement tout au long de ces années ». Sans que l’on connaisse le montant exact des contributions de Digital Realty — l’ensemble des opérations de mécénat et de parrainage du Mucem a atteint 1,5 million d’euros l’année dernière —, la société américaine était l’un des principaux soutiens du musée marseillais, aux côtés d’entreprises comme la Caisse d’épargne ou la mutuelle Mgen.

