Le palestinisme : une nouvelle perspective pour comprendre la résistance et la défense de la dignité humaine

dimanche 21 juin 2026

Pendant des années , j’ai cherché un concept capable de saisir non seulement la lutte palestinienne, mais aussi une réalité humaine plus vaste : la lutte contre l’effacement. Je recherchais un cadre d’analyse qui puisse expliquer pourquoi certaines communautés continuent de résister non seulement à l’occupation ou à la discrimination, mais aussi aux tentatives de définir leur réalité à leur place, de les réduire au silence et d’effacer leur mémoire.

Source : Countercurrents le 1er juin 2026
https://countercurrents.org/2026/06/palestinianism-a-new-lens-for-understanding-resistance-and-the-defense-of-human-dignity/

Dans mes écrits précédents, j’ai présenté le palestinisme comme une manière d’appréhender cette dimension plus profonde de la résistance. Ce qui n’était au départ que des réflexions éparses s’est mué en un cadre cohérent . Cet essai présente le palestinisme sous une forme publique et accessible, à la fois comme une invitation et un fondement pour des développements ultérieurs .

En sciences humaines et sociales, les chercheurs étudient depuis longtemps comment le pouvoir s’exerce à travers les institutions, le langage, le savoir et la culture. Des concepts tels que le colonialisme, la décolonisation, le nationalisme et les droits humains éclairent des aspects importants de ces luttes. Pourtant, aucun ne rend pleinement compte d’une caractéristique centrale de nombreux conflits contemporains : la lutte contre l’effacement lui-même .

Le palestinisme est proposé comme cadre de compréhension de cette lutte.

Il ne s’agit ni d’une identité nationale, ni d’un slogan politique. C’est plutôt un cadre éthique et épistémique permettant d’examiner comment les individus et les communautés résistent à l’effacement en se réappropriant leur récit, en préservant la mémoire et en défendant la dignité humaine.

Qu’est-ce que le palestinisme ?

Au fond, le palestinisme repose sur une proposition simple :

Avant de devenir un projet de force, la domination devient un projet de définition.

Le pouvoir ne cherche pas seulement à contrôler un territoire, mais aussi à déterminer ce qui est vrai, quelle histoire compte, quels souvenirs survivent et quelles vies sont jugées dignes de reconnaissance.

Les cartes peuvent être redessinées.

L’histoire peut être réécrite.

Le langage peut être manipulé.

La souffrance humaine peut être normalisée ou niée.

Si la domination s’exerce par le pouvoir de définir la réalité, alors la résistance doit commencer par la reconquête du droit d’interpréter la réalité.

Le palestinisme s’articule donc autour de la défense de la dignité humaine contre l’effacement – ​​un concept qui inclut non seulement le déplacement physique, mais aussi :

• le déplacement des populations hors des terres

• l’effacement de l’histoire de la mémoire collective

• le silence imposé aux voix

• le changement de nom des lieux

• le déni de la souffrance

• la réduction des êtres humains à des abstractions

Le palestinisme cherche à comprendre comment les individus et les communautés résistent à ces formes de disparition et préservent leur humanité dans ce processus.

Ce cadre repose sur quatre piliers interconnectés :

Le savoir comme libération, le récit comme résistance, l’éthique comme fondement de la lutte et l’interconnexion mondiale de la dignité humaine.

1. La connaissance comme libération

Le premier pilier du palestinien est épistémique.

Le pouvoir ne s’exerce pas seulement par le biais des armées et des institutions, mais aussi par la capacité de définir, de catégoriser et de légitimer. Pour les Palestiniens, cela s’est souvent traduit par le fait d’être les seuls à parler plutôt que d’être écoutés ; par le récit de leur histoire par d’autres ; et par leur réduction à des préoccupations sécuritaires ou à des abstractions politiques.

Pourtant, des efforts visant à contester ces récits ont émergé de nombreuses directions.

Des volontaires médicaux internationaux — chirurgiens, infirmières, ambulanciers et travailleurs humanitaires — sont revenus à maintes reprises de Gaza et de Cisjordanie, témoins de ce qu’ils ont vu. Leurs témoignages ne sont pas de simples rapports cliniques ; ce sont des actes de résistance morale et épistémique contre le silence et le déni.

Des chercheurs juifs , des universitaires occidentaux et des journalistes internationaux ont également joué un rôle crucial. Nombre d’entre eux ont risqué leur carrière, leur réputation, et parfois même leur sécurité, pour documenter des réalités que les institutions puissantes préfèrent occulter. Leur travail incarne une idée centrale du palestino-américain : le savoir, la conscience et la dignité humaine sont indissociables.

Et cela n’apparaît nulle part plus clairement qu’au sein de la Flottille de la Liberté . Des centaines de volontaires – médecins, membres du clergé, étudiants, marins retraités, militants et journalistes – parmi lesquels des militants juifs pour la paix et des universitaires occidentaux, ont risqué leur vie pour briser le blocus de Gaza. Leur présence sur ces bateaux n’est pas symbolique. C’est une affirmation : la vérité, la solidarité et la dignité humaine ne peuvent être étouffées.

En ce sens, le savoir devient une forme de libération . Témoigner avec vérité, documenter avec honnêteté et refuser l’effacement sont en eux-mêmes des formes de résistance.

2. Le récit comme résistance

Un récit n’est pas simplement une description des événements.

C’est un lieu de lutte.

Les tentatives d’effacer des villages, de renommer des lieux, de supprimer la mémoire ou de délégitimer le deuil ne sont pas des actes isolés. Ce sont des efforts visant à façonner la compréhension collective de la réalité elle-même.

Le palestinisme considère le récit comme une forme de résistance car les histoires préservent la mémoire , affirment l’identité et restaurent l’humanité. La résistance narrative vise à :

• préserver la mémoire

• réhumaniser les personnes marginalisées

• contester les cadres d’interprétation imposés

• protéger la continuité historique

La lutte pour le récit n’est donc pas secondaire par rapport à la lutte politique. Elle en est souvent l’une des dimensions les plus importantes.

3. L’éthique au cœur de la lutte

Le palestinisme n’est pas seulement analytique ; il est fondamentalement éthique .

Elle part de la conviction que la dignité humaine possède une valeur intrinsèque. Ses engagements fondamentaux sont simples :

• La dignité est non négociable

• La justice doit rester universelle

• Toute vie humaine mérite une reconnaissance morale

Ce fondement éthique distingue le palestino-américain des approches qui réduisent les êtres humains à des intérêts stratégiques ou à des catégories démographiques. Dans ce cadre, la résistance tire sa légitimité de son engagement à protéger la dignité humaine.

C’est pourquoi le palestinisme trouve un écho dans les luttes plus larges contre la déshumanisation, où qu’elles se produisent.

4. Une méthode globale, et non une théorie locale

Bien que le palestinisme émerge de l’expérience palestinienne, il ne s’y limite pas.

Ce cadre d’analyse peut contribuer à éclairer d’autres luttes dans lesquelles des communautés font face à des tentatives d’effacement de la mémoire, de l’identité, de la dignité ou de la présence historique.

En ce sens, l’héritage de la lutte palestinienne — sa résistance à l’effacement et sa défense de la dignité humaine — devient une ressource transférable qui peut être investie dans la lutte pour la justice et la reconnaissance où qu’elles se manifestent.

On peut retrouver des échos de ses principes dans la résistance morale du Mahatma Gandhi , dans l’insistance de Nelson Mandela sur la dignité humaine sous l’apartheid, et dans la vision éducative de Khalil al-Sakakini , qui mettait l’accent sur le développement humain et la liberté intellectuelle.

Son importance s’étend aux communautés autochtones qui défendent la mémoire culturelle, aux populations marginalisées qui cherchent à être reconnues et aux mouvements sociaux qui luttent contre l’exclusion et la déshumanisation.

Les efforts de solidarité internationale — missions humanitaires, documentation des droits de l’homme, aide médicale, plaidoyer de la société civile et la Flottille elle-même — illustrent davantage une conviction partagée : que la dignité humaine est indivisible et que la souffrance d’une communauté concerne l’humanité tout entière .

En quoi le palestinisme diffère-t-il des théories existantes ?

Certains lecteurs pourraient se demander en quoi le palestinisme diffère des cadres théoriques existants tels que la théorie décoloniale, la théorie critique, les études sur la mémoire collective ou le discours sur les droits humains. Le palestinisme recoupe tous ces cadres, mais sa contribution originale réside dans son analyse de l’effacement comme mécanisme central de domination.

Tandis que les théories décoloniales et critiques analysent les structures du pouvoir, le palestinisme examine la tentative de faire disparaître un peuple — de sa terre, de l’histoire, du récit et de la reconnaissance morale.

En plaçant la résistance à l’effacement au centre de l’analyse, le palestinisme offre une nouvelle perspective pour comprendre comment les communautés défendent la mémoire, la dignité et l’existence même.

Réflexion finale

Le palestinisme n’est pas une théorie du désespoir.

C’est une théorie de l’insistance.

Elle affirme que les êtres humains possèdent le droit de raconter leur propre existence, de préserver leur mémoire, de défendre leur dignité et de résister aux tentatives de les effacer de l’histoire.

Cela commence en Palestine, mais cela ne s’arrête pas là.

Il offre plutôt un langage permettant de comprendre comment les individus et les communautés défendent la mémoire contre l’oubli, la dignité contre la déshumanisation et la vérité contre l’effacement — dans un monde de plus en plus défini par des luttes autour du récit, de la reconnaissance et de la valeur humaine.

Le Dr Ghassan Shahrour, coordinateur du Réseau arabe pour la sécurité humaine, est médecin, auteur prolifique et défenseur des droits humains, spécialisé dans les domaines de la santé, du handicap, du désarmement et de la sécurité humaine. Il a contribué à des campagnes internationales pour la paix, le désarmement et les droits des personnes handicapées.


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