Le plan du Paraguay : le plan secret d’Israël pour expulser les Gazaouis dans les années 70
Une nouvelle série de podcasts lève le voile sur la tentative ratée du Mossad d’expulser 60 000 Palestiniens peu après l’occupation de la bande de Gaza. Près de soixante ans plus tard, les méthodes et les objectifs d’Israël restent étrangement similaires.
Le 9 septembre 1969, une vingtaine de Palestiniens de la bande de Gaza embarquèrent à bord d’un avion à un aéroport du centre d’Israël, croyant se rendre au Brésil. Ils s’étaient inscrits, par l’intermédiaire d’une agence de voyages israélienne, à un programme de travail à l’étranger, avec la promesse de salaires plus élevés qu’à Gaza, territoire occupé par Israël depuis deux ans. Ceux qui avaient une famille reçurent l’assurance que leurs femmes et leurs enfants pourraient les rejoindre au Brésil peu après. Mais les choses ne se passèrent pas ainsi.
À l’atterrissage à São Paulo, des gardes armés ont escorté les hommes jusqu’à un autre avion, plus petit, qui les a conduits à Asunción, la capitale du Paraguay – un pays dont beaucoup d’entre eux n’avaient jamais entendu parler et qui était alors sous la dictature d’Alfredo Stroessner. Là, ils ont été accueillis par des policiers armés et conduits à un hôtel pour la nuit.
Désorientés et méfiants, on leur dit de ne pas s’inquiéter : le lendemain matin, des fonctionnaires leur délivreraient des papiers d’identité et les aideraient à trouver du travail. Mais à leur arrivée, ces fonctionnaires leur attribuèrent arbitrairement de nouvelles professions à inscrire sur leurs cartes d’identité, puis les envoyèrent en bus dans une région rurale reculée.
Ce fut le dernier contact que les Palestiniens eurent avec une quelconque autorité liée à ce programme de travaux, car celui-ci n’existait pas. Ils avaient été piégés et embarqués à bord d’un vol d’expulsion par le Mossad, les services de renseignement israéliens, dans le cadre d’un plan secret visant à exiler massivement les Palestiniens de la bande de Gaza.
Débarqués dans un pays dont ils ne parlaient pas la langue, les nouveaux arrivants se retrouvèrent sans argent, sans logement, sans emploi, sans contacts et sans moyen de rentrer chez eux. Ils comprirent vite qu’ils n’étaient pas les premiers à avoir été piégés et abandonnés de la sorte ; et ils ne seraient pas les derniers.
Pendant des décennies, la connaissance de cette opération secrète est restée largement cantonnée aux familles des hommes qui en ont été victimes. Mais une nouvelle série de podcasts, basée sur les témoignages de deux déportés et des documents provenant d’archives israéliennes et paraguayennes, entreprend de révéler une histoire qu’Israël a longtemps cherché à étouffer et d’expliquer pourquoi elle a été abandonnée quelques mois seulement après son lancement.
Après deux ans et demi passés durant lesquels Israël s’est efforcé, par divers moyens, https://www.972mag.com/israel-trump... d’ éradiquer totalement la présence palestinienne à Gaza, les échos de l’histoire ne pourraient guère être plus forts.
L’histoire de deux déportés
Créée par le producteur délégué Maxim Saakyan et les coproductrices Nadeen Shaker et Nada El-Kouny, la série en quatre parties « Palestiniens au Paraguay » d’ Uncovering Roots https://www.uncoveringrootspod.com/ s’appuie sur les recherches de Hadeel Assali https://www.lrb.co.uk/the-paper/v45..., chercheuse postdoctorale à l’Université Columbia, et de John Tofik Karam, historien à l’Université de l’Illinois, qui apparaissent tous deux dans les épisodes.
Au cœur de ce récit se trouvent les témoignages de deux hommes expulsés dans le cadre de ce qui est devenu le programme paraguayen : Mahmoud Yousef, le grand-oncle d’Assali (décédé à Amman en 2021, mais dont Assali a consigné les souvenirs avant sa mort) ; et Talal Al-Dimassi, qui est toujours vivant et, chose remarquable, vit toujours au Paraguay.
Source : +972
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