Le « spa de luxe » de Gaza : comment Israël crée un refuge imaginaire pour se distraire du génocide

lundi 13 janvier 2025

Par Orly Noy, le 1er janvier 2025
Orly Noy est rédactrice en chef de Local Call, un journal en ligne israélien (https://justvision.org/localcall ) et traductrice de poésie et de prose farsi. Elle est la présidente de B’Tselem ( le Centre d’information israélien pour les droits de l’homme dans les territoires occupés ) et militante du parti politique Balad. Ses écrits traitent des lignes qui définissent son identité de juive-arabe (Mizrahi). Elle se définit comme femme de gauche, comme femme et comme un dialogue perpétuel entre la migrante temporaire vivant à l’intérieur d’une immigrée perpétuelle

L’article originel en anglais sur le site de Middleeasteye

Tandis qu’ils assassinent des femmes et des enfants, les soldats israéliens bénéficient de massages et de repas raffinés – une illustration parfaite de l’invention d’une réalité alternative complète.

« La seule chose qui reste interdite aux soldats ici, c’est d’aller patauger dans les vagues à Gaza », explique Yoav Zitun, journaliste à Ynet, dans un article sur le village de loisirs qu’Israël a mis en place pour ses soldats à Gaza.

Interdiction d’aller se baigner mise à part, ce centre de loisirs offre toutes les commodités : un physiothérapeute pour masser leurs jambes et leur dos ; des machines à pop-corn et à barbe à papa « comme au cinéma et dans les foires » ; un salon avec un menu comprenant des gaufres belges et des bretzels frais ; un coin spirituel avec des livres religieux et des accessoires de prière fournis « dans un esprit positif, sans coercition » ; des petits déjeuners variés et copieux « comme à l’hôtel », et des déjeuners et dîners de viandes grillées avec « un service non-stop ».

Pour lire la suite : https://ujfp.org/le-spa-de-luxe-de-gaza-comment-israel-cree-un-refuge-imaginaire-pour-se-distraire-du-genocide/

L’anéantissement s’avère être une affaire fatigante.
Après presque 15 mois d’une guerre d’extermination sans fin en vue, les sentiments de haine et de vengeance ne semblent plus suffire à faire monter l’adrénaline face à l’épuisement et aux difficultés de la longue séparation d’avec le foyer, l’éloignement de la famille – sans parler de son coût financier élevé.

Tsahal a donc eu l’idée ingénieuse de transformer le service militaire à Gaza en une sorte de vacances de luxe dans un hôtel d’élite. Et ce n’est pas une mauvaise incitation pour des soldats qui doutent sérieusement de pouvoir s’offrir des vacances comparables dans la vie civile.

Espace fantôme
Que voient les soldats depuis ce complexe hôtelier, un « spa » de luxe, au cœur de la « vallée de la mort » ? Un endroit où les enfants dénutris fouillent les plus petites parcelles ayant survécu au dernier bombardement à la recherche de la moindre goutte d’eau, d’un peu de viande ? Un endroit où les parents brisés de douleur cherchent leurs enfants sous les décombres ? Un endroit où les mères ramassent des mauvaises herbes et de la nourriture pour animaux pour apaiser la faim de leurs enfants ? Un endroit où les chiens abandonnés mangent des parties de corps humains éparpillées un peu partout ?

C’est ce que voient les soldats pendant que la barbe à papa fond doucement dans leur bouche ?

Je l’ignore mais je sais que le sionisme a toujours eu un talent extraordinaire pour entraîner ses fidèles à ne percevoir que ce qui sert ses intérêts tout en effaçant tout le reste. C’est seulement ainsi qu’un « peuple sans terre » pourra coloniser sur une « terre sans peuple ».

Mais à Gaza, il est depuis longtemps impossible de se contenter d’effacer les Palestiniens de la vue ; à Gaza, Israël doit inventer une toute autre réalité.

Depuis de nombreuses années, Israël s’efforce progressivement de retirer Gaza du domaine de l’existence humaine telle que nous la concevons.

Bien avant le 7 octobre 2023, Gaza était devenue une sorte d’espace fantôme issu des recoins les plus sombres de la psyché collective israélienne. Un lieu dont l’existence même témoigne de quelque chose de si terrible en nous que nous devons complètement dissimuler cette chose, juste pour ne pas avoir à la regarder directement.

Parc d’attractions

Pour faire face à la réalité, il faut aller au-delà, car celle que nous avons créée là-bas est complètement insondable.

Nous n’avons pas hésité à installer des jumelles sur les collines qui surplombent Gaza pour que les enfants puissent y insérer une pièce de cinq shekels et voir des colonnes de fumée s’élever au-dessus du pays.

Nous regardons des séries télévisées, comme Fauda, ​​qui nous présentent Gaza comme une sorte de parc d’attractions (tout en continuant à y déclencher l’enfer presque chaque année), jusqu’à ce que la réalité se transforme en une destruction complète de la civilisation qui existait autrefois là-bas.

Nous sommes alors obligés d’établir une nouvelle pseudo-civilisation, avec une machine à pop-corn, de la barbe à papa et des massages – et plus la réalité elle-même s’assombrit, plus la réalité alternative doit paraître colorée, carnavalesque et fantastique.

Et ainsi les soldats sont assis dans cette vallée meurtrière, faisant rôtir leur viande dans leurs positions de combat où le travail ne s’arrête jamais.

Et ils ne peuvent pas identifier quel type de viande carbonisée ils sentent, s’il s’agit de la chair des animaux grillés apportés là pour leur plaisir ou de la chair des corps des personnes sur les plages où les soldats n’ont pas le droit de patauger.

Traduction MO pour l’UJFP


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