Les mauvais accords de paix mettent également fin aux guerres

samedi 18 octobre 2025

Versailles est entré dans la postérité comme le pire accord de paix de l’histoire, un désastre planétaire qui a engendré les catastrophes ultérieures du XXe siècle. Signé dans la ville française en juin 1919, le traité a mis fin à la Première Guerre mondiale, mais cette humiliation infligée à l’Allemagne a également nourri une rancœur et une haine qui ont alimenté le nazisme…

Guillermo Altares, le 13 OCT 2025

Sans Versailles, difficile de comprendre Hitler, et sans Hitler, pas de Seconde Guerre mondiale, ni d’Holocauste… Il ne s’agit pas de la seule cause, mais elle est indubitablement centrale. Néanmoins, le traumatisme de Versailles ne signifie pas que les mauvais accords de paix ne sont pas utiles pour stopper les guerres et éloigner la mort, ce qui est, finalement, le plus important. Le pacte qui a permis la paix à Gaza, toujours fragile et chancelante, demeure une meilleure option que la guerre, quel qu’en soit l’instigateur.

En 1989, l’homme de lettres [allemand] Hans Magnus Enzensberger a signé une tribune dans El País intitulée “Les héros du retrait”, un texte courageux et lucide dans lequel il expliquait que, souvent, la chute des dictatures comme celle de Franco [au pouvoir de 1936 à 1975] étaient le fait de personnalités issues du régime même. Il mentionnait notamment [les anciens dirigeants] Adolfo Suárez en Espagne, Janos Kadar [en Hongrie], ou encore Nikita Khrouchtchev en URSS. “Son horizon intellectuel était limité, sa stratégie malhabile, son attitude autocratique”, écrivait-il au sujet du dirigeant soviétique qui a signé la mort du stalinisme. Et cette idée peut aussi s’appliquer aux accords qui mettent un terme aux guerres.

Pour lire la suite : https://elpais.com/internacional/2025-10-13/los-malos-acuerdos-de-paz-tambien-acaban-con-las-guerras.html?event_log=oklogin

La guerre en Bosnie, un exemple édifiant

La quasi-totalité des processus de paix sont scellés par des personnages à la morale douteuse dans le meilleur des cas, et par des figures sinistres et déplorables au pire. En ce qui concerne Gaza, ni Nétanyahou ni les dirigeants du Hamas ne sont des “héros du retrait”, ni de quoi que ce soit, pas plus que Donald Trump et son espoir frustré de prix Nobel de la paix.

Pourtant, ces personnages sont souvent ceux qui interrompent les guerres. Cesser de tuer n’absout pas Israël – considéré comme responsable d’un génocide par de nombreux juristes – pour ses crimes de guerre ni le Hamas pour les siens. Les accords de Dayton, qui ont mis fin à la guerre de Bosnie il y a trente ans, constituent le meilleur exemple d’un mauvais accord, qui, malgré tout, a fait taire les armes.

Après trois années de conflit, des dizaines de milliers de morts, un nettoyage ethnique et des crimes contre l’humanité tels que le viol massif des femmes musulmanes par les miliciens serbes, le massacre de Srebrenica a marqué un point d’inflexion dans la guerre de Bosnie.

L’assassinat, en juillet 1995, de 8 000 hommes et adolescents musulmans par les ultranationalistes serbes au cœur d’une enclave qui, en théorie, faisait l’objet d’une protection onusienne, a couvert la communauté internationale d’une ignominie qui dépasse la honte. L’événement a sonné un coup de semonce moral marquant la nécessité d’en finir avec l’horreur, à tout prix.

Grâce à la pression des États-Unis et au travail du diplomate américain Richard Holbrooke, les Serbes, les musulmans et les Croates ont signé un accord de paix sur la base américaine de Dayton dans l’Ohio, en décembre 1995. La guerre avait fait 100 000 morts et 1,8 million de réfugiés.

Dix ans plus tard, le journaliste Ramón Lobo revenait dans El País sur ce pacte faustien : “L’immense tâche de faire la paix avait été confiée aux plus grands va-t-en-guerre, le Serbe Slobodan Milosevic et le Croate Franjo Tudjman. Le partage ethnique du pays a donc été entériné et a reproduit les conditions qui avaient présidé au conflit.” Lobo savait de quoi il parlait : il avait couvert ce conflit et vu des civils de Sarajevo assassinés par des ultranationalistes serbes.

Des crimes jugés bien après les accords de Dayton

Et pourtant, cela a marché. Trente ans ont passé depuis les accords de Dayton, et si la Bosnie reste un État qui craque de tous côtés, la guerre est finie, et les massacres n’ont pas repris. Justice a même été rendue. C’est pourquoi ceux qui croient qu’Israël n’a pas commis de génocide à Gaza parce qu’il a volontairement arrêté la guerre ne doivent pas oublier que les crimes commis à Srebrenica ont été jugés et qualifiés de génocide par le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) bien des années après les accords de Dayton.

Comme le rappelle le mémorial de Srebrenica, “plus de 50 personnes ont été condamnées à des peines de prison pour leur participation à ce génocide, pour un total de plus de sept cents ans d’incarcération, en plus de cinq peines de prison à perpétuité. Sur les vingt condamnations prononcées par le TPIY en lien avec Srebrenica, sept l’étaient pour génocide.” L’un des signataires des accords de Dayton, Slobodan Milosevic, est mort à la prison de La Haye, dans l’attente de son procès où il était inculpé de crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocide.

Une mauvaise paix ne veut pas dire que les crimes seront passés sous silence ou que la justice ne sera pas rendue. Elle marque la fin de la guerre. Comme l’écrivait le poète Auden, cité par Holbrooke, “Aucun mot écrit par les hommes ne sert à arrêter une guerre / Ni ne suffit à soulager / L’immense douleur qu’elle engendre.”

Espérons que cet accord discutable mettra fin aux massacres et à la famine. Et que Gaza aura un avenir, car l’avenir ne passe que par la paix.

Guillermo Altarez


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