Leur affamement, notre opprobre

vendredi 1er août 2025

Par Gideon Levy, publié dans Haaretz, le 24 juillet 2025

Traduction IA

Khan Younès, avant-hier. La famine est devenue une arme légitime car elle est un autre moyen d’atteindre l’objectif : le nettoyage ethnique. Photo : AFP

Le plan israélien de nettoyage ethnique de la bande de Gaza progresse bien, peut-être même au-delà des attentes. Aux « succès » significatifs déjà enregistrés dans les domaines des tueries et destructions systématiques, s’ajoute ces derniers jours un autre « acquis » important : la famine commence à produire ses effets. Elle se propage rapidement et cause désormais autant de morts que les bombardements.
Celui qui ne meurt pas en faisant la queue pour obtenir de la nourriture a de fortes chances de mourir de faim.

L’arme de la famine fait ses preuves.

Le GHF, le fonds "d’aide" à Gaza, se révèle lui aussi être une réussite. Non seulement des centaines de Gazaouis ont été abattus en attendant les colis qu’il distribue, mais beaucoup ne parviennent même pas à atteindre ces aides et meurent de faim — la majorité d’entre eux étant des enfants et des bébés.

Pour lire la suite : https://www.haaretz.co.il/opinions/2025-07-24/ty-article-opinion/.premium/00000198-3726-d5d4-a9fd-7f67fbb30000

Rien qu’hier, dix personnes sont mortes de faim (quinze la veille), dont trois enfants et un nourrisson de six semaines. Depuis le début de la guerre, 111 personnes sont mortes de faim, dont 80 enfants — et les chiffres sont en forte augmentation ces derniers jours.

Les images que vous ne voyez pas, à cause des médias israéliens complices — un silence médiatique sur Gaza que l’on ne pardonnera jamais — ne sont pas cachées aux yeux du monde. Ce sont des images de Muselmänner (terme utilisé dans les camps de concentration pour désigner les prisonniers extrêmement affamés). Ce sont des images de Shoah.

Les cacher, c’est en nier l’existence.

Des squelettes de bébés et de tout-petits, vivants ou morts, dont les os percent à travers les tissus adipeux digérés et les muscles disparus ; leurs yeux et leurs bouches grands ouverts, leurs regards vides.

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Ils gisent sur les sols des hôpitaux, sur des lits nus ou sont transportés sur des charrettes tirées par des ânes. Ce sont des images de l’enfer.
En Israël, nombreux sont ceux qui les nient, ou doutent de leur véracité.
D’autres encore expriment joie et fierté à la vue de chaque bébé affamé.
Oui, nous en sommes là.

La transformation de la famine en une arme légitime, acceptée par la société israélienne, que ce soit par un soutien explicite ou une indifférence glaçante, constitue l’étape la plus diabolique dans la guerre menée par Israël contre Gaza jusqu’à aujourd’hui.
C’est aussi la seule phase qui ne peut être justifiée par aucun argument, aucune excuse, aucun alibi.

Même les puissants rouages de la propagande israélienne ne pourront y parvenir.
La famine est devenue une arme légitime car elle est un moyen d’atteindre l’objectif : le nettoyage ethnique.

Il faut intégrer cela et analyser la suite de la guerre à travers ce prisme.
De la même manière qu’il « convient » à Israël que des dizaines de milliers soient tués par ses tirs, il lui convient aussi que des centaines meurent de faim.
C’est seulement ainsi qu’on pourra transformer Gaza en un lieu invivable — et seulement ainsi ils partiront « volontairement », d’abord vers la ville « humanitaire », puis vers la Libye, ou Dieu sait où.

La famine touche désormais tout le monde.
Les journalistes palestiniens à Gaza, ceux qui n’ont pas encore été tués par Tsahal, rapportent qu’ils n’ont rien mangé depuis deux à trois jours.
Même les médecins venus de l’étranger racontaient hier ce qu’ils avaient mangé — ou plutôt ce qu’ils n’avaient pas mangé.
Une médecin canadienne à l’hôpital Nasser a raconté qu’en deux jours, elle n’a mangé qu’un minuscule bol de lentilles.
Elle ne pourra pas continuer ainsi à soigner les blessés et les malades.
Et ça aussi, c’est bon pour Israël.

Une équipe d’Al Jazeera a suivi hier un jeune homme parti chercher de la farine pour ses enfants. Il a cherché, cherché, jusqu’à trouver un stand au marché avec deux sacs de farine israélienne et une bouteille d’huile.
Le prix était de plusieurs centaines de shekels par sac. Il est rentré chez lui les mains vides, vers ses enfants affamés.

En studio, on a détaillé les trois stades menant à la mort par la faim.
Ses enfants sont au deuxième stade.
La famine a transformé cette guerre en la plus horrible jamais menée par Israël, et sans doute la plus criminelle.

Jamais encore nous n’avions affamé ainsi deux millions de personnes.

Mais il n’y a qu’une chose plus terrible que cette famine : l’indifférence avec laquelle elle est accueillie en Israël, à seulement une heure et demie de route de l’endroit où, hier, est mort le nourrisson Youssef Al-Safadi, âgé de six semaines.

Sa famille n’a pas réussi à lui trouver de lait maternisé.
Au moment de sa mort, la chaîne israélienne 12 diffusait l’émission « La cuisine gagnante », avec d’excellents taux d’audience.


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