Polémiques au Livres d’Ailleurs : un poète de Gaza privé de visa pour la France et de festival à Nancy

samedi 29 mars 2025

Un poète palestinien devait participer en fin de semaine au festival Livres d’Ailleurs à Nancy. Mais le ministère de l’intérieur ne lui a toujours pas délivré de visa. Au grand dam des organisateurs qui doivent, en prime, faire face à un début de polémique sur l’organisation d’un débat sur le conflit israélo-palestinien.
Christophe Gobin - 25 mars 2025 à 19:20

Le jeune poète palestinien Mohammed Al Qudwa est bloqué depuis un mois en Égypte où il attend un visa pour la France. Photo D.R .

Il s’appelle Mohammed Al Qudwa. Il a 21 ans et il est à la fois poète, champion de karaté et étudiant ingénieur. Un mélange détonnant pour un parcours étonnant. Il est originaire de Gaza qu’il a fui il y a quelques mois pour se réfugier à Chypre où il poursuit ses études. Mais, actuellement, il est surtout coincé au Caire en Égypte dans l’attente d’un visa pour la France.

Le jeune palestinien était attendu à Metz dès le 1er mars dans le cadre d’un programme d’artistes en résidence. Il devait rester quatre mois et il est censé participer au Passages Transfestival, le festival transfrontalier et transdisciplinaire qui se tient chaque année, à Metz, au mois de mai. Il est également prévu qu’il soit à Nancy à la fin de cette semaine dans le cadre du festival Livres d’Ailleurs.

« Incompréhension » du maire de Nancy

Il doit animer, avec un poète Irakien, un atelier d’écriture le jeudi 27 mars à la fac de Lettres. Il doit aussi lire des poèmes avec quatre autres poètes à la MJC Lillebonne le samedi 29 mars. Tout cela est à conjuguer au conditionnel car le jeune palestinien n’arrive pas à avoir le feu vert du ministère de l’intérieur pour entrer dans l’hexagone.

Pourquoi ? « On ne sait pas. Le visa ne lui est pas refusé mais il ne lui est pas donné, non plus, et aucune explication ne lui est fournie. Cela fait des semaines qu’il attend en Égypte et cela fait des mois que nous avons préparé sa venue  », soupire Benoît Bradel, le directeur du Passages Transfestival de Metz.

Le maire de Metz, ainsi que celui de Dijon où Mohammed Al Qudwa devait aussi participer à des rencontres culturelles, ont écrit au ministre de l’intérieur pour s’émouvoir du sort du poète de Gaza. « Le maire de Nancy partage l’incompréhension de la situation exprimée par les maires de Metz et de Dijon. Festivals, événements, manifestations doivent pouvoir accueillir des artistes de tous les horizons et de toutes les opinions », réagit, pour sa part, la mairie de Nancy dans un communiqué.

« Nous sommes choqués »

La position du ministère de l’intérieur est d’autant plus incompréhensible et ubuesque que la venue du jeune artiste de Gaza en France a été favorisée et financée par l’Institut français de Jérusalem qui dépend du ministère des affaires étrangères et de celui de la culture. Comment expliquer cette incohérence ? Le très droitier ministre de l’intérieur Bruno Retailleau a-t-il décidé de mettre des bâtons dans les roues de son collègue centriste des affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, et de la remuante ministre de la culture, Rachida Dati ? Pas impossible.

« Nous ne comprenons pas ce qui se passe et nous sommes choqués ! Mohammed Al Qudwa ne présente aucun danger pour la société française. Où va-t-on si des gens comme lui ne peuvent plus venir en France pour témoigner sur leur culture ? », s’insurge Ridouane Atif, le président de Diwan en Lorraine, l’association qui organise le festival Livres d’Ailleurs à Nancy.

Un débat qui fait débat

Ce dernier doit également faire face à un autre début de polémique concernant un débat sur le conflit israélo-palestinien prévu ce jeudi soir, à l’hôtel de ville, en ouverture du festival. Un historien palestinien, Elias Sanbar, doit faire face à un historien israélien, Ilan Pape.

« Deux conférenciers connus pour leur hostilité à Israël  », a estimé l’association France-Israël 54 qui redoute le «  manque d’objectivité » du futur débat et a carrément demandé son « annulation » dans un courrier au maire de Nancy et à la présidente du conseil départemental.

« Nous avons pris un modérateur pour veiller à la qualité de la rencontre. Si les responsables de France-Israël veulent venir apporter leur contribution, ils sont les bienvenus. Mais ils ne peuvent pas nous dicter notre programmation », réagit Ridouane Atif. Le débat aura donc bien lieu. Mais dans une ambiance qui promet d’être un brin tendue.

Source : Est Républicain
https://www.estrepublicain.fr/faits...


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