« Quand ça va s’arrêter ? » : en Cisjordanie, la vie broyée des Gazaouis bloqués loin des leurs

Ils étaient venus pour se faire soigner en Cisjordanie occupée ou travailler en Israël avant le 7-Octobre. Depuis dix-sept mois, une quarantaine de Gazaouis sont coincés dans un hôtel de Ramallah. Le monde qu’ils ont quitté, leurs vies d’avant, ont été totalement détruits.
Pour lire la suite de l’article : https://www.mediapart.fr/journal/in...
Ramallah (Cisjordanie occupée).– Dans le lobby de l’hôtel Retno, petit établissement familial au bord d’une rue calme à l’écart du centre de Ramallah, Shadia Abu Mrahil regarde sa nièce Amal déballer les cadeaux qu’elle lui a offerts pour l’Aïd, la fête qui marque la fin du ramadan, célébrée sur trois jours à partir du 31 mars. Depuis Gaza, la fillette de 6 ans filme avec empressement des barrettes, des baskets blanches et des vêtements, puis elle retourne le téléphone, exhibant ses nouvelles lunettes de soleil roses, juste au-dessus de son large sourire.
Émue, Shadia Abu Mrahil raccroche dans un baiser. L’élégante Palestinienne de 44 ans a quitté Gaza le 4 octobre 2023. Accompagnée de son fils unique, Karam, qui venait de terminer ses études, elle est arrivée à Ramallah, en Cisjordanie, pour soigner sa leucémie. Elle s’y est retrouvée bloquée par la guerre génocidaire menée par Israël après les attaques du Hamas du 7-Octobre.
Son mari vit sous une tente à Nousseirat, dans le centre de la bande de Gaza. Leur maison à Deir El-Balah, « fruit du labeur de toute une vie », a été pulvérisée. Il y a quelques jours, alors que Shadia parlait à sa sœur, elles ont été interrompues par un puissant bruit d’explosion. « Où sont les filles ? », a demandé la tante depuis Ramallah. « Elles ont couru dormir. Quand il y a un bombardement, elles abandonnent tout ce qu’elles sont en train de faire et partent se coucher », a répondu sa sœur.
La veille, Shadia a envoyé de l’argent à sa sœur pour qu’elle achète des vêtements à ses trois enfants. Des fripes de mauvaise qualité, assure-t-elle, à des prix exorbitants. Israël bloque tout approvisionnement de Gaza depuis le 2 mars – c’est la plus longue période de siège qu’a connue l’enclave depuis le début de la guerre. Le fracas des bombes est revenu le 18 mars, quand Israël a rompu la trêve en cours depuis mi-janvier. En dix jours, plus de 920 Palestinien·nes ont été tué·es dans l’enclave.
Des centaines de Gazaouis coincés
Les mains de Shadia s’agitent tandis qu’elle parle, comme pour prendre le relai d’une langue qui ne cesse de la trahir, trop limitée pour décrire ce qu’elle endure. Elle a perdu une tante, un neveu et trois cousin·es. L’une d’eux a été tuée avec six de ses filles, en septembre – toute une famille emportée en un instant, à l’exception du père et du fils.
SOURCE : Médiapart
