RENCONTRE AVEC STOP ARMING ISRAEL FRANCE (SAI)
SOIRÉE BDS PROVENCE le 19 mars 2026
La soirée consacrée à la présentation de Stop Arming Israël (SAI) France par Laura était organisée à l’initiative de BDS Provence (Juliette Simon). Soirée très intéressante qui s’est déroulée à Aix-en-Provence, rassemblant entre 30 et 40 personnes. Il a été rappelé que les militants de SAI ne sont pas des spécialistes de l’armement, l’objectif est de développer des boîtes à outils et de cibler les entreprises impliquées dans la production et l’acheminement de matériel militaire vers Israël, en violation du droit international.
Quelques éléments de cadrage
SAI est né le 16 octobre 2023, suite à l’appel mondial de 30 syndicats palestiniens « End all complicity. Stop Arming Israël », c’est-à-dire refus de produire des armes destinées à Israël, de les transporter, adopter des motions émanant des syndicats et information des personnels au sein des entreprises complices des massacres en cours en Palestine. L’appel a été entendu dans plusieurs pays dont l’Australie et le Royaume Uni. Et la France ?
Or, la France est le second exportateur d’armes au monde. L’industrie militaire et aéronautique occupe une place surdimensionnée par rapport aux autres secteurs industriels et économiques. De plus, en France, comme partout dans le monde, les budgets accordés à l’armement sont actuellement en augmentation. Les entreprises françaises qui constituent la « base industrielle et technologique de défense » (BITD) emploient environ 220 000 travailleurs, répartis dans 9 grands groupes industriels (Airbus, Ariane Group, CEA, CNES, Dassault, KNDS, MBDA, Safran,Thalès), avec 4 000 petites et moyennes entreprises (PME), entreprises de taille intermédiaires (ETI) et startups, représentant un chiffre d’affaire annuel cumulé de l’ordre de 40 milliards €. Les derniers chiffres des prises de commandes étaient en 2024 de 21,6 milliards €.
L’industrie et le commerce d’armement vers Israël est une longue histoire qui a débuté dès la création de l’État d’Israël, notamment avec la fourniture d’avions de combat par Dassault Aviation et le développement de l’industrie nucléaire (centrale et bombe atomique) avec l’aide du CEA. A l’imminence de la guerre de juin 1967, un embargo préventif a été déclaré par le Général De Gaulle, durci en décembre 1968 (embargo total sur les armes à destination d’Israël) suite à l’attaque menée par Israël contre le Liban. L’embargo sur les ventes à Israël a pris fin en 1974. Contrairement aux États-Unis et à l’Allemagne, la France ne vend pas d’avions de combat, de tanks ou de missiles. Les contrats de ventes de matériel militaire à Israël s’élèvent en moyenne à 20 millions €. Ces exportations représentent un petit marché, mais ce marché existe et se maintient depuis l’offensive génocidaire à Gaza et ceci en dépit des ordonnances de la Cour internationale de Justice.
Un système complexe et très souvent opaque
Le système est complexe et particulièrement opaque. En premier lieu, les enquêtes menées par des journalistes (ex. Disclose) et des associations ont montré la persistance des livraisons régulières de matériel français à destination de vendeurs d’armes israéliens, en dépit des affirmations du premier ministre, Sébastien Lecornu, affirmant en octobre 2025 qu’« aucune arme française n’est allée à destination de l’armée israélienne ».
Aux exportations directes de matériel strictement militaire, s’ajoutent la vente de biens à double usage, des composants non soumis à un contrôle d’exportation, l’affirmation de matériel « non létal », de « composants élémentaires », d’équipements destinés à « assurer sa défense », ou encore de pièces destinées à la « réexportation vers des pays tiers ». Notons également les difficultés (voire l’interdiction), rencontrées par les douanes pour contrôler le matériel destiné à être embarqué à l’aéroport Charles de Gaulle vers Israël.
Les composants en pièces détachées livrés à Israël ne sont pas anodins : des capteurs peuvent servir à guider des missiles, des radars sont indispensables à des drones de combat, des maillons attachent entre elles les munitions de fusils-mitrailleurs, etc ….
Les exportations directes ne sont que la partie visible de l’iceberg. De nombreuses entreprises françaises collaborent en partenariat avec des fabricants d’armes israéliens (projets de recherche communs, synergies développées entre les technologies françaises et israéliennes, ventes effectuées depuis des filiales basées hors de France, etc.). Trois leaders représentent l’industrie d’armement israélienne qui est florissante : Elbit Systems, première entreprise d’armement israélienne, Israël Aerospace Industries (IAI) et RAFAEL qui est l’agence de recherche et de développement d’armes en Israël.
Comment Agir ?
Le blocage de l’acheminement de matériel militaire vers Israël dans les ports et aéroports est une forme d’action qui nécessite l’implication des syndicats de travailleurs, la revendication de faire agir la clause de conscience dans les entreprises, les actions des syndicats des dockers pour le transport maritime (Fos s/ Mer pour la Méditerranée), le blocage notamment des bateaux de la compagnie maritime israélienne Zim qui assure le transit des armes vers Israël.
De nombreux rassemblements, manifestations, tractages ont lieu pour exiger la rupture des liens entre les entreprises françaises et Israël, comme chez Thalès ou Airbus.
L’annulation de la participation israélienne au salon de l’armement Eurosatory a été obtenue en 2024.
La dénonciation des contrats entre la France et Israël peuvent fragiliser le secteur de l’armement israélien ; c’est le cas de composants élémentaires fournis par la France, comme les maillons d’assemblage des munitions fournis par la société marseillaise Eurolinks, dont le procès débutera à Marseille le 26 mars.
Outils d’informations
Il est difficile de disposer d’un système d’information complet sur les exportations d’armement vers Israël. SAI France s’appuie sur le Rapport du Parlement sur les exportations d’armement en France qui est publié chaque année par le ministère des armées. Ce rapport recense les exportations de matériel à usage militaire qui nécessitent des licences d’exportation. Le rapport n’identifie ni la nature exacte du matériel exporté, ni les entreprises concernées, ni les dates précises des livraisons. Il ressort que les exportations d’armement vers Israël restent stables, avec une moyenne autour de 20 millions € par an. Les exportations vers Israël concernent également des matériels à double usage susceptibles d’avoir une utilisation tant civile que militaire. Ces ventes sont documentées dans le Rapport au Parlement sur les exportations de biens à double usage de la France qui répartit les licences d’exportations accordées en 10 catégories. Le montant des exportations autorisées vers Israël était de 76 millions € en 2024.
Le travail militant réalisé par le collectif SAI France est considérable :
https://stoparmingisraelfrance.noblogs.org/
SAI France a publié le Guide des entreprises françaises d’armement complices d’Israël (édition 2025) que l’on peut télécharger sur le site collectif SAI France et qui a largement contribué à la rédaction de ce texte.
Plusieurs documents militants sont disponibles sur le site de SAI France :
• La cartographie interactive des entreprises d’armement complices d’Israël ( plus de 277 sites sont référencés)
• Pourquoi et comment organiser un tractage
• Tracts et affiches à imprimer
Signalons que l’AFPS a mis également en place un groupe de travail thématique sur le sujet.

