Un hydrologue coincé dans l’horreur à Gaza, abandonné par la France

lundi 11 mai 2026

Alors qu’un contrat à la Sorbonne (Paris) attend Ashraf Mushtaha, ce professeur palestinien reste bloqué à Gaza. La France a exclu les Gazaouis de son programme d’aide aux chercheurs en danger et prétend ne rien pouvoir faire.

Le bruit de la mort en permanence. Les coups de feu, les grondements des démolitions, le bourdonnement continu des drones de combat israéliens, jour et nuit. Voilà comment Ashraf Mushtaha décrit son quotidien dans la bande de Gaza.

« Il n’y a aucun endroit sûr, à Gaza. Même un simple déplacement au marché pour s’approvisionner comporte le risque d’être pris dans une frappe ciblée. Je ne trouve qu’un bref sentiment de sécurité chez moi, auprès de ma famille et je savoure chaque instant passé ensemble », dit-il, lors des échanges que nous avons eus par e-mail avec lui début mai.

Le logement d’Ashraf Mushtaha a d’abord brûlé en septembre 2025, avant d’être détruit par des bombardements le mois suivant. © Ashraf Mushtaha

Ashraf Mushtaha est un hydrogéologue palestinien. Il dirige un département du service public de gestion de l’eau potable et de ses infrastructures pour l’ensemble de la bande de Gaza. Il mène également des recherches sur l’inquiétante salinisation croissante de l’eau des Gazaouis (la baisse des nappes phréatiques entraînant une remontée souterraine d’eau de mer). Tout cela a été brutalement anéanti par la guerre génocidaire menée par Israël dans l’enclave palestinienne, en réponse aux attaques du Hamas du 7 octobre 2023.

« Cynisme glaçant » de la France

Il y a quelques mois encore, son seul espoir de quitter l’horreur, c’était la France. La candidature du chercheur avait été retenue par le comité de direction du programme Pause. Ce dispositif permet à des scientifiques et artistes en danger dans leur pays de venir travailler en France, le financement étant assuré conjointement par l’État et par l’établissement d’accueil.

Mais presque au même moment, le 22 janvier, le gouvernement français a décidé de « suspendre » les Gazaouis du programme. Au motif qu’il « paraît difficile, voire impossible, de procéder à ces évacuations et [qu’il] serait déplacé de donner l’espoir à ces lauréats que nous pourrons les accueillir en France quand, en réalité, le passage leur est barré », a justifié Jean-Noël Barrot, ministre des Affaires étrangères.

À gauche, une photo d’une tour d’habitation détruite en septembre 2025 par Israël. Il est notamment écrit : « Allah nous suffit, Il est notre meilleur garant. » © Ashraf Mushtaha

Une explication loin de convaincre les près de 200 chercheurs et intellectuels qui dénoncent un manque de volonté politique et une discrimination sur un « critère d’ethnicité » qui n’avait jusqu’ici jamais existé au sein du programme Pause, actif depuis 2017.

De fait, cette exclusion des Gazaouis du programme est l’aboutissement d’une longue séquence politique : le 1er août 2025, le gouvernement français avait déjà acté la suspension temporaire des évacuations depuis Gaza, en réaction aux propos antisémites postés en ligne par une étudiante gazaouie accueillie en France. Pour les propos d’une personne — sans lien avec le programme Pause — c’est une punition infligée à tout un peuple en danger, une décision « d’un cynisme glaçant », s’indignaient déjà plus de 1 400 chercheurs.

Deux ans de fuite et de souffrances

Plusieurs questions laissent également des brèches béantes dans la justification des autorités françaises. Si l’impossibilité des évacuations est la raison invoquée, pourquoi des chercheurs étaient-ils encore évacués de Gaza par l’Italie et l’Espagne, en septembre et en octobre, quand la France n’évacuait déjà plus personne ? Pourquoi ces chercheurs évacués par nos voisins, et lauréats du programme Pause, ne sont-ils pas non plus accueillis en France alors qu’ils sont déjà sur le territoire européen, comme s’en émeut l’association France Palestine Solidarité ?

Et pourquoi ne pas tout de même accorder un visa et un statut de lauréat aux personnes menacées, quand bien même leur évacuation est extrêmement compliquée, dans l’espoir qu’un appui diplomatique contribue à leur faire ouvrir les frontières ?

« Nous ne commentons pas les cas individuels », s’est contenté de nous répondre le ministère des Affaires étrangères, nous renvoyant vers ses communiqués officiels. Une suspension du programme tant que les évacuations sont impossibles donc, même si ce dispositif pourrait aider les évacuations...

« La période de famine reste un cauchemar que je ne pourrai pas oublier », se souvient Ashraf Mushtaha qui a perdu 20 kilogrammes. © Ashraf Mushtaha

Ashraf Mushtaha, lui, n’aspire qu’à une chose : que le cauchemar s’arrête, pour sa femme, ses deux filles, ses deux fils et lui. Pour sa mère, il est déjà trop tard. Après quatorze mois sous les bombes, elle est tombée malade le 1er décembre 2024 et morte deux jours plus tard, après une bataille effrénée de sa famille pour lui trouver un médecin et un lit dans un hôpital surchargé. « Il n’y avait pas de soins médicaux, pas de personnel expérimenté, pas de médicaments, rien », raconte l’hydrogéologue.

Le récit qu’il nous livre des deux années et demi écoulées est celui d’une fuite perpétuelle et de souffrances sans répit. Leur maison, celle de sa mère, ainsi que le magasin de jouets hérité de son père à lui et ses frères ont été complètement détruits. Les souvenirs et tout leur patrimoine partis en fumée. Ils ont dû fuir de ville en ville dans la mince bande de Gaza, dormant parfois dehors sans couverture par des nuits glaciales et d’autres fois sous tente.

Pour lire la suite de l’article : https://reporterre.net/Ashraf-Musht...

Source : REPORTERRE


Agenda

Array

<<

2026

 

<<

Juin

 

Aujourd’hui

LuMaMeJeVeSaDi
1234567
891011121314
15161718192021
22232425262728
2930