Une vague de menaces néo-nazies sur des murs et portes au Camas

Avant Noël, plusieurs habitants des Cinq-Avenues et du Camas ont découvert des inscriptions menaçantes, avec des connotations néo-nazies. Ces habitations étaient visées parce qu’elles présentaient des drapeaux palestiniens à leurs fenêtres.
Le texte entier placardé avant Noël aux Cinq-Avenues. (Photo : DR)
Par Benoît Gilles,, le 15 Jan 2026
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"Nous savons qui vous êtes." "Vous êtes suivis." "Comme en Angleterre, vous serez aspergés d’acide." "Traîtres de la France." "Islamo-gauchistes." À quelques jours d’intervalles, juste avant les fêtes de Noël, plusieurs habitants des Cinq-Avenues (4e) et du Camas (5e) ont découvert des petits mots écrits d’une écriture soignée et déposés à leur porte. Des lettres signées LVF, un sigle qui fait possiblement référence à la Légion des volontaires français
contre le bolchevisme. Durant la Seconde Guerre mondiale, cette unité de combattants créée par les autorités françaises collaborationnistes rassemblait des volontaires déterminés à prêter main forte aux troupes hitlériennes sur le front russe.
"Ce sont mes voisins qui ont découvert ce petit mot déposé juste au-dessus de nos sonnettes, raconte Émilie*. Mon voisin a d’abord écrit une réponse qu’il a collée juste en dessous du mot. Et sa réponse a été très vite arrachée. On a décidé d’enlever le mot et d’appeler la police." En plus d’une menace violente, la lettre anonyme vise directement plusieurs résidents de l’immeuble qui ont placé des drapeaux palestiniens à leurs fenêtres en soutien aux habitants des territoires occupés. "Nous connaissons Gaza et vous seriez leurs jouets (sic)", écrit le
corbeau. "Moi, j’ai un gilet jaune et un drapeau palestinien à ma fenêtre, reprend Émilie. Cela a suscité quelques réactions dans le quartier, notamment dans l’immeuble d’en face où un des voisins a mis un drapeau tricolore à sa fenêtre. En découvrant le mien, une des voisines m’a dit « Ça va pas la tête ? »." Mais difficile de faire le lien entre ces réactions et les menaces exprimées par écrit.
Plusieurs plaintes déposées
Militante dans plusieurs organisations, Émilie prévient la Ligue des droits de l’Homme, où elle a des contacts. "Ils m’ont recommandé d’aller porter plainte", se souvient-elle. Elle se retrouve donc un 24 décembre à patienter au commissariat des Chartreux. "Ils m’ont dit qu’il s’agissait d’un sujet sensible, qui pouvait donner lieu à l’ouverture d’une enquête", explique-t-elle. Celle-ci doit permettre notamment de faire des réquisitions judiciaires sur les images de vidéosurveillance dans les heures qui ont précédé la découverte du collage. Elle décide tout de même d’aller porter plainte pour avoir une trace de son signalement. Son voisin et sa colocataire font de même. "On a également décidé de se rendre à une soirée du comité antifasciste du 4/5, explique Thibault*. Là, on a découvert qu’on n’était pas tout seuls à subir des menaces."
Dans le même laps de temps, des copines réunies en colocation au Camas depuis septembre ont subi des intimidations comparables. "Le premier évènement date de la fin octobre, raconte Flore qui, elle aussi, a porté plainte pour ces faits. On vit dans une maison sur deux niveaux et on a mis un drapeau palestinien au premier. J’ai entendu du bruit et je suis montée. J’ai vu que quelqu’un avait essayé de l’arracher. J’ai juste eu le temps de voir la
silhouette d’un homme, mais sans pouvoir l’identifier." Les colocataires ne se démontent pas : elles reprisent le drapeau qui a un peu souffert et l’accrochent plus solidement.
Début décembre, on a eu droit à un tag sur notre mur, poursuit Flore. « Fuck Gaza » à la peinture bleue. La même teinte que celle utilisée pour peindre une croix celtique sur la librairie Les Sauvages qui n’est pas très loin." Effectivement, cette librairie qui vend de la littérature et des plantes en pot fait partie des lieux culturels visés par des attaques fascistes.
Le 20 décembre au matin, en allant promener son chien, Flore découvre un bout de papier absorbant qui sert de support à une missive du même corbeau : "Ton drapeau palestinien on va te le mettre dans le cul. On t’a suivi. Nous savons qui tu es. Traître."
"L’avantage d’utiliser le même vocabulaire, c’est que ça facilite l’analyse graphologique, sourit Flore. Sur le mot « traître », on voit bien que c’est la même personne qui écrit." Cela rassure un peu les habitants du Camas, qui y voient le signe d’un vengeur solitaire, nourri aux idées d’extrême droite.
Le milieu antifasciste n’a pas tardé à réagir en distribuant un tract "Pas de place pour l’extrême droite dans nos quartiers", appelant à un rassemblement de soutien le 23 janvier à 18 heures, place Sébastopol.

