À Washington, Nétanyahou propose à nouveau de vider Gaza des Palestiniens

lundi 14 juillet 2025

Israël et le Hamas ont repris dimanche 6 juillet des négociations indirectes en vue d’un cessez-le-feu à Gaza. Mais les véritables discussions devraient se régler aux États-Unis, où le premier ministre israélien est en visite jusqu’au jeudi 10 juillet.

Source Mediapart
Clothilde Mraffko, 8 juillet 2025
https://www.mediapart.fr/journal/international/080725/washington-netanyahou-propose-nouveau-de-vider-gaza-des-palestiniens

Le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, est venu à Washington avec un cadeau. Lundi 7 juillet au soir, lors de sa rencontre avec Donald Trump, il lui a remis la lettre qu’il a envoyée au Comité du prix Nobel pour nommer le président états-unien à celui pour la paix. Mais pour y prétendre, alors que le dossier ukrainien patine, Donald Trump doit obtenir des résultats ailleurs.

Le président états-unien est persuadé d’avoir déjà gagné des points en mettant un terme à la guerre de douze jours entre Israël et l’Iran : dans sa vision, l’attaque préventive, contraire au droit international, est une manière de faire la paix tout aussi efficace que les négociations diplomatiques. Benyamin Nétanyahou est à Washington principalement pour discuter de la suite à donner aux négociations entre les États-Unis et Téhéran sur le nucléaire iranien. Il espère faire pression pour garder des marges de manœuvre dans le ciel iranien.

Côté états-unien en revanche, aujourd’hui, « la priorité absolue du président au Moyen-Orient est de mettre fin à la guerre à Gaza et le retour de tous les otages » israéliens, affirmait en conférence de presse, la porte-parole de la Maison-Blanche, Karoline Leavitt, peu avant la rencontre avec Benyamin Nétanyahou. L’entretien entre les deux hommes, lundi 7 juillet, n’a pas débouché sur de grandes annonces. Au début du dîner, le président états-unien a simplement commenté : « Je ne pense pas qu’il y ait de blocage. Je pense que les choses se passent très bien. »

À Doha, au Qatar, les négociations indirectes qui ont débuté dimanche semblent pourtant n’avoir pas beaucoup progressé. L’envoyé spécial des États-Unis pour le Moyen-Orient, Steve Witkoff, devrait y atterrir dans la semaine. Selon des sources palestiniennes, la délégation israélienne sur place a un mandat très réduit, laissant penser que les vraies discussions auront lieu, en coulisses, à Washington d’où Benyamin Nétanyahou ne devrait pas repartir avant le 10 juillet.

La gestion de l’aide humanitaire est l’un des points sur lesquels butent les négociations. Le Hamas veut le retour du système mis en œuvre par l’ONU et les ONG internationales. Israël entend poursuivre l’aventure avec la Gaza Humanitarian Foundation (GHF), opaque officine dont les activités ont créé un sanglant chaos dans l’enclave palestinienne : plus de 600 Palestinien·nes ont été tué·es en allant chercher de l’aide alimentaire depuis fin mai.

Une « ville humanitaire » à Rafah

La bande de Gaza, vaste champ de ruines où les habitant·es survivent dans des conditions inhumaines, est toujours sous le feu des bombes israéliennes. Plus de 57 000 Palestinien·nes ont été tué·es depuis le 7-Octobre. Lundi, cinq soldats israéliens ont été tués à Beit Lahia, dans le nord de Gaza, posant de nouveau, au sein d’une partie de la société israélienne, la question de l’objectif militaire de leur pays.

Les familles des otages font pression pour un accord rapide et surtout global, lors duquel tous les Israéliens encore détenus à Gaza seraient libérés. Leurs voix ne pèsent cependant pas grand-chose auprès des décideurs israéliens. Benyamin Nétanyahou ménage surtout l’aile suprémaciste de son gouvernement, dont le ministre des finances, Bezalel Smotrich. À Washington, le chef du gouvernement israélien a donc proposé de mettre fin au génocide avec un autre crime de guerre : le transfert des Palestinien·nes hors de Gaza.

Il a remis sur la table la proposition de Donald Trump, formulée en février lors de la précédente visite de Nétanyahou à Washington, la qualifiant de « vision brillante ». Le locataire de la Maison-Blanche avait alors évoqué une possible expulsion des Gazaoui·es vers l’Égypte et la Jordanie, provoquant un tollé.

Benyamin Nétanyahou a parlé lundi de « choix libre » laissé aux Palestinien·nes – oubliant de mentionner le fait qu’Israël a rendu la vie intenable dans l’enclave depuis vingt et un mois, poussant des organisations de défense des droits humains comme Amnesty International à l’accuser de crimes de génocide à Gaza.

« Si les gens veulent rester, ils le peuvent mais s’ils veulent partir, ils devraient pouvoir le faire. Ce ne devrait pas être une prison », a ainsi dit Nétanyahou. Le premier ministre israélien a assuré travailler en « étroite » coopération avec les États-Unis pour « trouver des pays qui chercheraient à réaliser ce qu’ils ont toujours dit qu’ils voulaient, offrir un meilleur avenir aux Palestiniens. Nous sommes sur le point d’identifier plusieurs pays, et cela donnera aux Palestiniens la liberté de choisir ». Selon le quotidien israélien Haaretz cependant, aucun État n’a pour l’instant accepté.

Quelques heures avant la rencontre avec Donald Trump, le ministre de la défense israélien, Israël Katz, a annoncé qu’il avait donné instruction à l’armée israélienne de préparer la mise en place d’une « ville humanitaire » sur les ruines de Rafah, la ville la plus méridionale de l’enclave palestinienne, entièrement détruite.

Le ministre voudrait y transférer 600 000 Palestinien·nes, notamment celles et ceux qui sont aujourd’hui dans la zone d’Al-Mawasi, sur la côte entre Khan Younès et Rafah, après leur avoir fait subir un contrôle sécuritaire pour s’assurer qu’il ne s’agit pas de combattants du Hamas.

La ville n’aurait évidemment rien d’une cité offrant des services à des citoyen·nes, mais ressemblerait à un immense campement d’où les Palestinien·nes ne seraient pas autorisé·es à sortir. Sa construction pourrait démarrer pendant la trêve, selon Israël Katz.

La mise en place des points de distribution de la GHF avait déjà réveillé les angoisses des Palestinien·nes quant à la possibilité de se retrouver parqué·es dans des zones limitées de la bande de Gaza. Aujourd’hui, 85 % de l’enclave est sous contrôle militaire ou sous le coup d’un ordre d’évacuation, et l’immense majorité de la population a déjà été déplacée de force plusieurs fois depuis le 7-Octobre.

Le premier ministre israélien aimerait pouvoir arracher une victoire sur la normalisation avec les États arabes.

Lundi, l’agence de presse Reuters rapportait de son côté avoir eu accès à un plan qui portait les insignes de la GHF et qui proposait d’établir des camps baptisés « aires de transit humanitaire », à la fois dans et hors de Gaza, pour y installer les Palestinien·nes déplacé·es. Ce projet, chiffré à deux millions de dollars, aurait été mis au point en février et discuté à la Maison-Blanche récemment, selon Reuters.

La GHF a fermement démenti être à l’origine de ce document, et Reuters a ensuite amendé son article, affirmant qu’il n’était pas possible de « déterminer qui a créé ou soumis le document ». En mai, le Washington Post avait dévoilé des plans similaires de complexes où seraient installé·es des Palestinien·nes non combattant·es, indiquant que les discussions avaient provoqué des inquiétudes sur la moralité d’un tel projet.

Le chef de l’armée israélienne, Eyal Zamir, a au contraire fait savoir que les objectifs des militaires n’étaient pas de déplacer ou de concentrer la population de Gaza. Ces annonces font cependant ressurgir dans le débat la possibilité de transferts forcés de Gazaoui·es.

En échange d’une trêve à Gaza, le premier ministre israélien aimerait aussi pouvoir arracher une victoire sur le dossier de la normalisation avec les États arabes.

Lundi, une note du secrétaire d’État américain, Marco Rubio, a été publiée : les États-Unis ont retiré de la liste des organisations terroristes le Front Al-Nosra, ancienne branche d’Al-Qaïda en Syrie intégrée dans le mouvement Hayat Tahrir Al-Cham de l’actuel président syrien, Ahmed al-Charaa. Benyamin Nétanyahou a refusé de divulguer si des discussions directes étaient engagées avec la Syrie.

Dans le même temps, l’émissaire américain Tom Barrack, en visite à Beyrouth (Liban), s’est dit « incroyablement satisfait de la réponse » des autorités libanaises à la demande des États-Unis de désarmer le Hezbollah, sans donner de détails sur cette réponse.

Clothilde Mraffko

Le cabinet de conseil BCG a modélisé le coût du transfert des Gazaouis

On savait que l’un des plus prestigieux cabinets de conseil au monde, le Boston Consulting Group (BCG), était impliqué dans la création et la mise en place de la Fondation humanitaire pour Gaza (GHF), organisme opaque piloté par Israël et les États-Unis pour remplacer le système international de distribution de l’aide dans l’enclave palestinienne. Le Financial Times a révélé le 4 juillet que le cabinet était en réalité bien plus impliqué dans le projet. Il avait aussi modélisé les coûts de transfert des Palestinien·nes hors de Gaza, dans le cadre d’une étude sur la reconstruction de l’enclave.

Deux scénarios y étaient proposés : une offre de 9 000 dollars par personne, qui pourrait concerner plus de 500 000 Palestinien·nes. Et un autre plan qui prévoyait de distribuer 5 000 dollars en espèces par personne, tout en subventionnant un loyer pendant quatre ans et les frais de nourriture pendant un an. Ce scénario envisageait que 25 % des Palestinien·nes partiraient, dont les trois quarts ne reviendraient pas.

BCG soutient qu’il n’a pas élaboré le plan mais l’a seulement modélisé financièrement. Sa divulgation en interne a créé des remous et le cabinet s’est retiré du projet le 25 mai, licenciant dans la foulée deux associés impliqués, explique le Financial Times. Le journal britannique assure que « le rôle de BCG était plus vaste que ce qu’il a publiquement décrit, s’étendant sur sept mois, couvrant plus de 4 millions de dollars de travaux contractuels ».


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