« À bas le voile » ? Non, à bas l’islamophobie institutionnelle !

lundi 26 janvier 2026

Portée par des femmes musulmanes, militantes, travailleuses, mères, étudiantes, concernées par les politiques islamophobes en France, une tribune dénonce la proposition de loi portée par Laurent Wauquiez, président du groupe Droite républicaine à l’Assemblée nationale, visant à interdire le port du voile par les mineures dans l’espace public, débattue ce 22 janvier.

Collectif • 21 janvier 2026 From Humans

Manifestation contre l’islamophobie, dimanche 11 mai 2025, à Paris. © Serge d’Ignazio

En France, depuis l’année 1989, une histoire s’est écrite en contrechamp. Tandis que le pays célébrait le bicentenaire de la Révolution française, et qu’en Europe la chute du mur de Berlin devait marquer une ère, la France prônait la victoire de son modèle de démocratie, de droits individuels et d’émancipation.

C’est dans ce contexte qu’éclate l’affaire du foulard de Creil. Elle marque le point de départ d’un récit politique, médiatique et idéologique qui, depuis 1989, n’a cessé de se déployer : le récit islamophobe français. Deux jeunes filles musulmanes étaient exclues de leur collège pour avoir porté un foulard.

Elles voulaient simplement étudier. Leurs visages, leurs corps, leurs vies sont devenues un sujet national. Exhibées dans la presse. Disséquées sur les plateaux télé. Stigmatisées, marginalisées, humiliées par des responsables politiques, des éditorialistes et des intellectuels autoproclamés.

Pour lire la suite : https://www.politis.fr/articles/2026/01/a-bas-le-voile-non-a-bas-lislamophobie-institutionnelle/

En France, les conditions de ces femmes étaient déjà désastreuses, elles vivent depuis cette date sous un régime d’exception. Interdites d’aller à l’école, de travailler, d’accompagner leurs enfants en sorties scolaires, de participer à la vie associative, de pratiquer un sport, de fréquenter des espaces de loisirs.

"Si les débats à notre sujet sont aussi violents, c’est parce que nous avons pris place dans l’espace public."

Plusieurs générations de femmes vivent la même expérience, à différents âges de leur vie, à chaque étape de leur parcours : stigmatisations, dénonciations, interdictions, répressions, exclusions. Ces politiques islamophobes affectent profondément leur santé mentale, nourrissant anxiété, épuisement psychique, et blessures durables liées à la relégation sociale.

En 2026, il est désormais question d’une proposition de loi visant à interdire aux mineures le port du hijab dans l’espace public. Comment distinguera-t-on une jeune femme mineure d’une majeure ? Par des contrôles de police au faciès. Intrusifs. Humiliants.

C’est donc cela, l’égalité femmes/hommes à la française : appliquer aux jeunes femmes musulmanes ce qui est imposé depuis des décennies aux jeunes hommes racisés par le contrôle, la suspicion, la violence institutionnelle.

Si les débats à notre sujet sont aussi violents, ce n’est pas parce que nous serions invisibles ou soumises. C’est précisément parce que nous avons pris place dans l’espace public, en refusant celle que l’État français nous assignait. Ce décalage entre le récit dominant et notre réalité est au cœur de l’islamophobie contemporaine. Il s’inscrit dans une histoire plus longue : celle de la pensée coloniale française.

Pendant la colonisation, l’État français prétendait déjà « libérer » les femmes musulmanes contre leur gré, en les arrachant à leurs cultures, à leurs vêtements, à leurs choix. Le dévoilement forcé était présenté comme un acte d’émancipation, alors même qu’il accompagnait la domination, la dépossession et la violence. Ce féminisme colonial, analysé comme un outil de pouvoir et non d’émancipation, ressurgit aujourd’hui sous d’autres formes. Il continue de considérer les femmes musulmanes comme des objets, jamais comme des sujets politiques capables de choisir.

En 1989, il s’est enraciné sous la forme d’une prétendue anecdote scolaire, devenu la norme. Et quelques décennies plus tard, lorsqu’un ministre de l’Intérieur hurle « À bas le voile » dans un meeting à l’ambiance surchauffée et fanatisée, ce n’est pas un slogan abstrait. Ce « À bas le voile » a été compris par certain.es comme une légitimation de la violence à l’encontre des femmes portant un hijab, mettant ainsi en jeu notre capacité même à exister dans l’espace public.

Depuis de trop longues années, on prétend parler à notre place. On affirme que nous serions des femmes empêchées par les nôtres. Que nos pères nous interdiraient d’étudier. Que nos familles nous empêcheraient de travailler. Que notre religion nous condamnerait à l’effacement.

Pourtant nous avons étudié. Massivement.

Nous sommes également celles qui occupent les emplois les plus précaires, celles que l’on retrouve en première ligne dans les métiers dits de « première cordée » : nettoyage, aide à domicile, soins, restauration, logistique, grande distribution.

Invisibilisées quand il s’agit de reconnaissance. Essentielles quand il s’agit de faire tenir la société.

Nous continuons malgré les entraves et l’ingratitude de tout un système.

Ce que nous vivons aujourd’hui n’est pas le produit d’un interdit communautaire, mais celui d’une politique d’État. En 1989, la France disait rompre avec les logiques autoritaires du XXᵉ siècle. Pourtant, c’est cette même année qu’a été instauré, à partir de l’affaire du foulard de Creil, un régime d’exception durable appliqué aux musulman.es de ce pays, au nom d’une laïcité dévoyée.

Hier, la République coloniale dévoilait les femmes musulmanes pour mieux les dominer. Aujourd’hui, la République dite contemporaine exige notre dévoilement au nom d’une prétendue émancipation. Le vocabulaire a changé. La violence, elle, demeure.

Nous exigeons :

l’égalité réelle, pleine et effective des droits, des libertés et de la dignité pour toutes les femmes musulmanes, sans condition ni exception ;
La fin immédiate des politiques, discours et pratiques institutionnelles islamophobes ;
l’abrogation de l’ensemble des lois, règlements et circulaires qui organisent l’exclusion, la stigmatisation et la relégation des femmes musulmanes ;
la fin des contrôles, discriminations et violences institutionnelles ciblant les femmes et les jeunes filles musulmanes ;
la reconnaissance de notre pleine capacité à choisir, à penser et à agir pour nous-mêmes, sans tutelle politique, médiatique ou pseudo-féministe.

Nous refusons d’être réduites au silence, à l’invisibilité ou à des caricatures. Nous refusons que notre libération soit définie contre nous et sans nous.

Nous affirmons notre droit inaliénable à exister pleinement dans l’espace public, à étudier, travailler, nous organiser, nous mobiliser et vivre libres, dans le respect de nos convictions.

Nous ne céderons aucune de nos libertés.

Coordination féminine de lutte contre l’islamophobie

Pour voir les signataires : https://www.politis.fr/articles/2026/01/a-bas-le-voile-non-a-bas-lislamophobie-institutionnelle/


Agenda

Array

<<

2026

 

<<

Février

 

Aujourd’hui

LuMaMeJeVeSaDi
      1
2345678
9101112131415
16171819202122
232425262728