« C’est comme à Gaza » : Israël veut rendre le Sud-Liban invivable

Maya Yassine et sa meilleure amie Zahra enjambent les dégâts causés par un obus israélien sur sa maison, à Debbine (Marjeyoun), au Sud-Liban, le 18 avril 2026. - © Philippe Pernot / Reporterre
Malgré le cessez-le-feu, Israël continue d’occuper de larges pans du Sud-Liban et veut achever une zone tampon dévastée. Les habitants tentent de revenir, mais craignent de subir le même sort que Gaza.
Beyrouth (Liban), reportage
À Debbine, village du Sud-Liban, des habitants sont assis devant un immeuble d’habitation au toit enfoncé par un obus, du verre brisé et des décombres jonchent la route. Un épais brouillard empêche de voir la ligne de front, à environ 1 km en contrebas, au-delà des vergers et oliveraies qui s’étendent dans la vallée. Des explosions retentissent sans interruption : tantôt l’armée israélienne dynamite des quartiers entiers des villages qu’elle occupe encore, tantôt elle bombarde quiconque s’approcherait de trop près de ses positions. Ici, difficile de croire à l’existence du cessez-le-feu instauré entre le Hezbollah et Israël, dans la nuit du 16 au 17 avril.
Sur leurs gardes, les habitants craignent de subir le même sort que la bande de Gaza, dévastée par les opérations militaires d’Israël. « Toutes les maisons des villages [libanais] adjacents à la frontière [avec Israël] seront démolies conformément au modèle de Rafah et de Beit Hanoun à Gaza », a ainsi annoncé fin mars Israël Katz, le ministre de la Défense israélien.
Les décombres de l’ancienne maison de la famille de Maya Yassine, détruite par Israël lors de la guerre de 2024, au Sud-Liban. © Philippe Pernot / Reporterre
« Nous sommes habitués à ces sons, mais j’avoue que ce n’est pas rassurant, nous ne nous sentons pas en sécurité et allons certainement devoir repartir », confie Maya Yassine, 14 ans, collégienne qui est revenue avec sa famille inspecter l’état de sa maison. Sa mère s’emploie à passer le balai : les vitres ont été soufflées par l’impact de l’obus d’artillerie, du verre et de la suie recouvrent le sol. Du toit, Maya contemple les décombres de leur ancienne maison, juste à côté, bombardée lors de la guerre de 2024. « On a dû tout recommencer, louer un nouvel appartement, se reconstruire une vie. Maintenant, tout est de nouveau détruit : le magasin de vêtements de mon frère, le studio de beauté de ma mère », soupire-t-elle.
Ensemble avec sa sœur et sa meilleure amie, elles partent se promener dans les chemins bordés de prairies en fleurs. « Sur ces rochers, là-bas, on venait pique-niquer. On avait une si belle vie ici, à la campagne, tout le monde se connaît, et on passait tellement de temps dans la nature », se souvient Maya en cueillant des pissenlits, de la mauve, des feuilles de salade sauvage. Réfugiée près de Beyrouth depuis un mois et demi, elle dit détester la ville, sa pollution, son manque de chaleur humaine. « Il n’y a que dans la terre du Sud que je me sens bien, c’est mon identité », affirme-t-elle, comme tant d’habitants du Sud-Liban.
Maya et Mariam Yassine et leur amie Zahra se promènent dans les champs après être revenues à leur village pendant la trêve, à Debbine (Marjeyoun), le 18 avril 2026. © Philippe Pernot / Reporterre
Zone tampon
Maya, sa famille et ses amies sont pourtant rapidement retournées à Beyrouth, la situation restant trop dangereuse. Le jour de la visite de Reporterre, Israël a annoncé une « ligne jaune » délimitant la zone qu’il occupe au Sud-Liban, sur le modèle de Gaza. Tsahal contrôle 55 localités dans une bande de 8 à 10 km de profondeur et veut en faire une zone tampon « nettoyée », détruisant infrastructures et habitations.
Comme à Gaza, où elle a tué plus de 775 personnes depuis la trêve instaurée en octobre 2025, l’armée se réserve le droit de frapper toute personne s’en approchant. Quelques heures plus tard, elle affirme avoir visé une « cellule terroriste », terme régulièrement utilisé pour justifier des tirs près de cette ligne. Les bombardements et combats se poursuivaient ainsi dans la vallée, malgré le cessez-le-feu, le Hezbollah revendiquant également une embuscade contre des soldats israéliens dans la zone tampon.
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Source : REPORTERRE


