"C’est typiquement de l’intimidation"

lundi 23 juin 2025

Du blocus de Gaza aux prisons israéliennes, le témoignage d’un marin marseillais

Intercepté à 150 milles nautiques de Gaza, Pascal Maurieras, marin de la Flottille pour Gaza, témoigne d’un abordage militaire, d’une détention éprouvante en Israël, et d’un retour marqué par l’émotion et l’amertume.

Pascal Maurieras, l’un des marins de la Flottille pour Gaza, n’en était pas à sa première traversée. En 2018, à bord du Freedom pour tenter de percer le blocus à Gaza, il avait été intercepté de la même façon dans les eaux internationales, à 42 milles nautiques des côtes de Gaza. Mais cette fois-ci, l’intervention se fait bien plus tôt, à 150 milles nautiques.

Pour lire la suite : https://france3-regions.franceinfo.fr/provence-alpes-cote-d-azur/bouches-du-rhone/marseille/temoignage-c-est-typiquement-de-l-intimidation-du-blocus-de-gaza-aux-prisons-israeliennes-le-temoignage-d-un-marin-marseillais-3174960.html

"Kidnappés en eaux internationales et amenés sur le territoire israélien"

Dans la nuit du 9 juin, vers 2 h 30 du matin, au large de Gaza, l’inquiétude devient réalité pour tout l’équipage. "Je regardais l’AIS de façon très attentive. Il n’y avait rien indiqué dessus, ils avaient éteint leur feu de navigation", se remémore le marin. Puis, il se souvient du ballet militaire : "On a eu un drone et huit ou neuf bateaux de différentes tailles qui nous entouraient. Les drones badigeonnaient de la peinture sur le motif de keffieh qui était sur le bateau."

L’abordage est immédiat, sans résistance rapporte le marin.

"En montant sur le bateau, ils nous ont encerclés et maîtrisés. De notre part, aucun geste de défense, on a juste levé les mains." Pascal Maurieras, l’un des marins de la Flottille pour Gaza

"Ils ont enlevé le drapeau palestinien en premier. Leur volonté était d’effacer le motif de keffieh, pour la symbolique. Les Palestiniens n’existent plus et nous, on a été assigné à l’intérieur du bateau", tance Pascal.

Comme en 2018, l’équipage est capturé : "On a été kidnappés en eaux internationales et amenés sur le territoire israélien. Ils ont pris les commandes du bateau et nous ont amenés au port de Gaza", poursuit le marin. À quai, une fouille méticuleuse débute. "Ils ont fouillé nos affaires, mais nous aussi", raconte-t-il. Avant d’ajouter : "Puis à une première table, un fonctionnaire nous demande si on veut rentrer chez nous et revoir notre famille, auquel cas, on doit signer un papier qui reconnaît être entré illégalement en Israël." Quatre signent. Pascal et d’autres refusent. "Nous ne sommes pas rentrés de façon illégale en Israël : on a été amenés de force, notre volonté, c’était d’aller à Gaza", souligne-t-il.

"Vous êtes obligatoirement prisonnier d’Israël"

Pascal Maurieras explique qu’ayant refusé de signer le papier, la suite se passe donc en détention, au centre de rétention pour immigrés clandestins, au sud de Tel-Aviv. Après leur avoir restitué passeport, carte bancaire, clé de maison et tout autre objet personnel, ont leur lit leur droit : "À compter de cette minute, vous êtes obligatoirement prisonnier d’Israël", leur lance-t-on avant de les faire monter dans des véhicules de transport de prisonniers.

Le marin raconte qu’après avoir fait le trajet dans des minuscules cellules dans le camion, au centre de rétention, les conditions empirent. Les femmes d’un côté, les hommes de l’autre. "On a le droit de rien prendre dans nos sacs. Pas de téléphone, de montre, ni même de livre. On est défaits de tous nos vêtements sauf le slip", se souvient le marin. "Nous étions six dans la même cellule. Thiago Ávila, a entamé une grève de la faim et s’est retrouvé à l’isolement, dans une cellule très humide avec des souris et des rats.", rapporte Pascal. Avant de préciser que dans leur cellule, il y avait des punaises. "Certaines personnes ont été gravement atteintes. Ce qui faisait beaucoup rire les gardiens."

Selon Pascal Maurieras, cette cellule, est une pièce de 6-8 mètres de long et 6 de large avec quatre lits superposés, une douche et un WC et un paravent qui les cache des autres détenus. Il décrit que tous les jours, à 18 heures, ils avaient le droit à 45 minutes de promenade. Sinon, aucun repère temporel. "Pour garder une notion du temps, on essayait de faire des repères sur les murs quand un gardien acceptait de nous donner l’heure."

Une détention dans l’intimidation

Lors de cette détention, pas de violence physique, mais une pression constante, rapporte Pascal Maurieras. "Régulièrement, les gardiens rentraient dans la cellule, et exigeaient qu’on se mette au garde-à-vous, nous toisaient et repartaient, détaille Pascal. "Une fois, ils sont rentrés à une vingtaine, dont des personnes très musclées, visage masqué, yeux menaçants. Ils sont restés 15 minutes à nous toiser. Sans rien dire. C’est typiquement de l’intimidation."

Les premiers détenus sont rapatriés en France le jeudi 12 juin. Eux, devaient suivre dès le lendemain. Seulement, les frappes d’Israël contre l’Iran dans la nuit du 12 au 13 juin, ont contraint les autorités à fermer l’espace aérien. Pascal Maurieras, rapporte que le dimanche 15 juin, l’extradition se dessine suite à la visite du consul et confirmée par le chef des gardiens, pour le lendemain. Direction un No man’s land entre Israël et la Jordanie. Ici, leurs avocates palestiniennes les attendaient avec des gâteaux préparés la veille. "C’était très émouvant, elles nous remerciaient, alors que c’était à nous de le faire", soulève Pascal.

Selon Pascal Maurieras, une fois passés côté jordanien, un véhicule de l’ambassade française prend le relais avant de prendre deux avions. Amman-Doha, puis Doha-Roissy.

Ce samedi 21 juin, une réception est organisée à la mairie de Marseille, en présence de Pascal. Mais ce dernier reste amer et compte bien faire passer quelques messages. "Marseille est encore jumelée avec une ville israélienne… Je pense qu’on pourrait envisager d’autres jumelages, comme Marseille et Gaza. Ça aurait plus de sens." Il n’oublie pas de faire également référence à l’entreprise Eurolinks, centrée sur la fabrication et l’assemblage d’armes, exportées en Israël.


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