Comment Gaza nous a enseigné l’espoir ?

mardi 20 janvier 2026

La guerre génocidaire israélienne contre Gaza touche à sa fin, l’accord de cessez-le-feu a été annoncé. Comment fêter ça ? C’est un moment que nous attendions tous depuis 14 mois. Les Gazaouis ont commencé à faire la fête, bien que les bombes israéliennes n’aient cessé de tomber sur leurs têtes. Rien qu’aujourd’hui, mercredi 15 janvier, les frappes israéliennes ont visé cinq familles et tué pas moins de 23 personnes. Et même si la fin de cette phase de la guerre d’Israël contre le peuple palestinien est une bonne nouvelle, cette question est plus importante qu’on ne peut le penser. Comment célébrer ?

Il y a un an et demi, il y avait une ville appelée Gaza. Il y avait des villes palestiniennes appelées Deir al-Balah, Khan Younis et Rafah. Elles souffraient d’un blocus inhumain et du traumatisme accumulé des bombardements israéliens précédents, mais elles existaient. Une vie se poursuivait, collectivement, dans un espace commun où les Palestiniens continuaient chaque jour une histoire millénaire de leur existence là-bas. C’était une vie difficile, mais les Palestiniens avaient suffisamment de fondations physiques pour continuer à la construire, un morceau à la fois, un jour après l’autre, malgré les obstacles redoutables. Cette base physique est aujourd’hui inexistante. Elle a été détruite.

Il n’y a plus d’hôpitaux à Gaza. Il n’y a plus d’écoles. Les rues ont disparu et les maisons ont été détruites, avec toutes les vies et les souvenirs qu’elles contenaient, réduites en tas de ruines. Un million d’enfants à Gaza souffrent de traumatismes trop lourds à supporter pour leur âge. Beaucoup d’entre eux ont perdu au moins un parent, tandis que beaucoup d’autres ont perdu tous les membres de leur famille. Des familles entières ont été exterminées et des centaines de milliers de vies, de projets, de rêves, construits à force de sueur et de sacrifices, ont été réduits en poussière. Ce génocide, dans tous les sens possibles du terme, est sur le point de s’arrêter. Mais l’ampleur de la perte est trop grande pour être enterrée sous l’euphorie du moment. Comment célébrer ?

Les crèches grises et poussiéreuses du 21ème siècle

Il y a trois semaines, des millions de personnes à travers le monde célébraient un autre événement. C’était Noël, qui pour beaucoup est une fête consumériste sans signification spirituelle ou presque. J’étais en compagnie d’un petit groupe d’amis catholiques non palestiniens, pour qui Noël est la commémoration de la naissance de Jésus. Ils se sont réunis autour d’une crèche, avec de petites représentations de l’enfant Jésus entouré de sa mère et de quelques bergers, mais je n’ai pas pu célébrer. La seule crèche que j’avais en tête était celle de Zein.

Zein est un enfant palestinien agé d’un an à Gaza. Comme des milliers de bébés gazaouis nés l’année dernière, il est né sous une tente de fortune dans la région de Mawasi, sur la côte de Khan Younis, au milieu de la faim, du froid et des bombes. Sa famille et lui ont survécu à trois frappes israéliennes sur leur campement de personnes déplacées. On lui a diagnostiqué une inflammation de la colonne vertébrale après des semaines de complications de santé régulières et d’absence totale de soins médicaux. Le seul fait qu’il soit encore en vie fait de lui un enfant miracle des temps modernes.

Les parents de Zein ne célébraient pas. Il n’y a rien dans leur réalité qui mérite d’être célébré. Le père de Zein est architecte. Il avait son propre cabinet d’architecte, ce qui lui permettait d’offrir une vie décente à sa famille dans les conditions de vie qu’étaient celles de Gaza avant le 7 octobre. Sa femme et lui avaient leur propre appartement, qu’ils avaient payé grâce à leur dur labeur. Tout cela a été détruit au cours de la première semaine de la guerre. Tout, le bureau, l’appartement, l’immeuble résidentiel et le quartier Tal Al-Hawa de la ville de Gaza elle-même ont été réduits en poussière et en décombres. Après avoir été contraint de quitter sa vie et de se réfugier dans le sud, sous une tente de fortune inondée par la pluie, sans dispensaire ni école aux alentours, sans avenir clair et avec la menace de la mort à chaque instant, Zein est venu au monde, dans une de tant de crèches, grises et poussièreuses du 21ème siècle. Comment ses parents pouvaient-ils célébrer ?

Depuis le Noël précédent, en décembre 2023, j’avais le sentiment que Noël n’était pas supposé être une occasion de célébration. Après tout, Jésus était un enfant palestinien né sous occupation, de parents qui avaient été contraints de quitter leur village tranquille de Nazareth sous ordre militaire, pour être enregistrés à Bethléem, dans une pauvre crèche, et devenant lui-même déplacé peu après sa naissance, survivant à un massacre d’enfants. Comment peut-on célébrer cela ? Si quoi que ce soit devait être célébré, c’est la commémoration de la tragédie que des enfants en Palestine continuent de connaître avec les mêmes conditions, 2000 ans plus tard !

L’espoir derrière ses courts moments

La veille de Noël cette année, alors que mes amis pieux chantaient des chants de Noël autour de la crèche, j’ai envoyé un message au père de Zein pour lui demander de leurs nouvelles. Plus tard dans la soirée, le père de Zein, un musulman laïc, a répondu à mon message en me souhaitant de bonnes fêtes « le soir de la naissance du plus grand Palestinien de l’histoire, qui est un symbole d’espoir pour tous les enfants comme Zein ».

Espoir ? Comment a-t-il pu, au milieu des conditions apocalyptiques de Gaza, au milieu de l’abandon d’une grande partie du monde, être celui qui a prononcé ce mot ? Et qu’est-ce que l’espoir, de toute façon ?

Je me souviens que le sentiment d’espoir est venu pendant de courts moments pendant ce génocide, mais beaucoup d’entre nous ne l’ont pas pris suffisamment au sérieux, peut-être parce que la poursuite de la tragédie de Gaza accaparait notre attention à ce moment-là.

Le sentiment d’espoir est revenu lorsque les Palestiniens sont retournés à l’hôpital al-Shifa après le premier raid israélien, en novembre 2023. Les forces israéliennes avaient évacué de force l’hôpital et tué et arrêté de nombreuses personnes à l’intérieur et autour du complexe hospitalier. Mais juste après leur départ, les Palestiniens sont revenus et ont commencé à nettoyer et à essayer de rendre certaines parties de l’hôpital à nouveau fonctionnelles. Ce sentiment est également venu avec les premières nouvelles des employés de la municipalité de la ville de Gaza, qui, dès que les forces israéliennes se sont retirées des locaux, ont rouvert leurs bureaux et ont commencé à évaluer les pertes dans la ville. L’espoir est revenu brièvement lorsque les jeunes Palestiniens ont commencé à organiser des salles de classe dans les campements de tentes de Rafah, malgré la destruction totale de tout le système éducatif.

La vie qui surgit du milieu de la mort

Il n’y avait aucune raison physique d’espérer quoi que ce soit, mais les Palestiniens de l’hôpital al-Shifa, de la municipalité de Gaza, dans les salles de classe sous les tentes et dans de nombreux autres endroits avaient de l’espoir. Certains pourraient dire que c’était un espoir aveugle. L’espoir que s’ils restent unis et maintiennent leur cohésion sociale, ils survivront au génocide en tant que communauté, même si leurs villes et leurs maisons sont détruites. C’est pourquoi le génocide est un échec. Parce qu’Israël a détruit les infrastructures de Gaza, mais il n’a pas pu détruire Gaza, ni son peuple, tout comme il n’a pas pu détruire la Palestine après 76 ans de tentatives.

C’est pourquoi la naissance de Zein a été un signe d’espoir pour ses parents. C’est pourquoi nos ancêtres en Palestine ont continué à transmettre de génération en génération l’histoire d’un bébé miraculeux né d’un couple de parents déplacés à Bethléem, avant que l’Occident ne transforme cette occasion en fête consumériste. Parce que c’est l’histoire de gens qui se serrent les coudes, sans aucune raison de croire qu’ils ont une chance de réussir, pour protéger une nouvelle vie qui surgit du milieu de la destruction et de la mort.

Le tyran qui a massacré les enfants de Bethléem est mort et son règne a pris fin, mais le bébé qu’il recherchait est devenu un symbole éternel, et sa naissance a divisé l’histoire en deux. Les bouchers qui ont tué les bébés de Gaza au cours des 14 derniers mois passeront également et leur tyrannie prendra fin. Et Gaza renaîtra de ses cendres. Une nouvelle Gaza. Le Gaza de Zein et des enfants comme lui, dont la vie marquera également un tournant dans l’histoire de la Palestine.

Malgré la douleur, qui mettra des générations à guérir, ils sont une raison de célébrer.

Source : HARA 36 par Kassam Maaddi
https://hara36.substack.com/p/comme...


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