DE RETOUR DU CAIRE : UNE ADHÉRENTE TÉMOIGNE

mercredi 18 juin 2025

Bonjour à tuti,

Force à celles et ceux qui avancent sur la route de la marche prévue.
De tout cœur avec vous !

Pendant qu’Israël bombarde l’Iran.

Ma situation : forcée de revenir en France : Arrestation, rétention avec confiscation du passeport et téléphone pendant 24h.

Arrivée mardi 10 juin au soir (visa + change + carte SIM sur place) et rencontres d’Égyptiens sympas à l’aéroport (une jeune femme notamment).

Arrivée à l’hôtel, le patron me demande de payer alors que j’avais déjà payé la semaine.
Le patron de l’hôtel a photographié mon passeport et je lui ai dit que cela ne se faisait pas pour des raisons légales.

Mercredi 11 juin vers 13h, la police vient m’arrêter à mon hôtel (6 hommes sont à la réception de l’hôtel).

Heureusement, j’étais habillée, prête à sortir. Grosse participation des hôtels à notre délation.
Tous les policiers fument, dans tous les espaces, je dois recadrer plusieurs fois pour ne pas me laisser asphyxier.

A mon hôtel, j’ai subi deux interrogatoires (l’un dans ma chambre, l’autre à la réception de l’hôtel), une fouille totale de mon téléphone, photos de mes contacts, fouille de mes sacs, confiscation de mon passeport et de mon téléphone (une centaine de photographies de mon passeport par différents policiers...).

Ensuite, départ dans un petit camion civil rouge vers.... A mon arrivée, je découvre que c’est un lieu de rétention dans les espaces clos du 1er étage d’un hôtel en plein centre du Caire.
Cet hôtel était celui où résidaient des jeunes turcs arabophones et anglophones qui étaient arrêtés, retenus et interrogés depuis plusieurs heures.

Nous arrivons peu à peu, chacun notre tour, et remplissons l’espace de rétention, aménagé dans l’hôtel : plusieurs français, une germano-turc, une anglaise, une israélienne anglophone et arabophone retraitée, puis une autre jeune femme turque arrivée plus tard, puis un irakien, puis un marocain qui ne parlait pas le français mais l’anglais.

Chacun à notre tour, nous demandons, répétons plusieurs fois, que nous souhaitons avoir de l’eau.

Finalement, une heure avant un nouveau départ, des employés nous apportent de l’eau ; ce sont les co-retenus turcs qui partagent leur nourriture avec nous (il attendaient ce qu’ils avaient commandé depuis plus de 3h).

L’un d’eux était diabétique et se sentait mal, proche de l’évanouissement.
 
Par le biais de la co-retenue germano-turque, nous tentons de révéler notre rétention en tapant à la vitre de l’hôtel : les passants nous voient et sont témoins de ce qu’il se passe sans pouvoir y changer quoi que ce soit. En réponse, nous observons que les policiers prennent peur. Dans l’heure, nous sommes transférés vers un autre ailleurs, sans savoir où.

Départ en camion de police vers 17h30-18h : à l’arrivée, nous découvrons qu’il s’agit d’un lieu de rétention dédié dans l’aéroport du Caire.

L’espace est restreint et il y a déjà une quarantaine d’algériens qui sont retenus depuis leur arrivée en avion au Caire deux jours auparavant.
 
Ils ont été mis en rétention après leur sortie de l’avion et après paiement du visa.

Il y a aussi un couple de touristes algériens et leur bébé de 5 mois, retenus depuis 8 jours ! Ainsi qu’une femme âgée égyptienne.

Notre groupe composés de français, des jeune turcs, des femmes anglaise et allemande, parlant turc, israélienne et d’autres, sommes accueillis chaleureusement, réconfortés et conseillés par les algériens, qui sont également retenus mais qui ont été soutenus par leur ambassade, ce qui n’est vraiment pas le cas pour nous !

Grâce à eux, nous avons eu accès à de la nourriture et à des bouteilles d’eau.

Sans téléphone, nous ne pouvons joindre ni avocat, ni ambassade, ni un membre de nos délégations, ni nos proches, malgré les sollicitations insistantes de certains d’entre nous.

Leur accueil nous permet de mieux supporter notre incertitude et les sensations d’enfermement et de manque d’air. 

Nos passeports et téléphones passent de main en main, de contrôle en contrôle, entre les différents policiers du lieu. Plusieurs gradés passent également.

Nous n’avons aucune explication de la part de la police. Que vont-ils faire de nous ? combien de temps allons-nous rester dans l’espace de rétention ?

Vers 19h, nous sommes déplacés sans savoir où nous allons, dans un camion-car de détenus, dépourvu de fenêtre, avec chaînes de menottes au siège, avec climatisation, mais tous les policiers fument de manière continue à l’avant et l’arrière du camion. C’était irrespirable pour moi.

Nous découvrons après 50 minutes de trajet, et deux arrêts de plusieurs minutes, que la police nous emmène dans un autre centre de rétention de l’aéroport.

Peu à peu, la salle de rétention (plus grande que la précédente), les autres petites pièces et les bureaux, le couloir se remplissent de gens qui viennent du monde entier, qui ont été arrêtés et qui sont retenus comme nous. Pendant un moment, nous nous retrouvons une centaine dans la pièce de rétention : africains du sud, algériens, anglais, belge, espagnols, français, franco-algériens, germano turcs, luxembourgeois, suisses, polonais, turcs, et des libanais retenus dans autre pièce. D’autres français et d’autres nationalités sont retenus dans les couloirs car nous étions déjà trop dans les espaces dédiés.

Nous avons été retenus jusqu’au lendemain (c’est à dire jusqu’au jeudi 12 juin ) et certains d’entre nous ont été sortis manu-militari de la pièce (une française et deux espagnols), nous n’avons plus eu de nouvelles d’eux. nous avons entendu dire que la française avait eu l’épaule déboitée.

Des violences ont été exercées sur quelques personnes qui refusaient d’être interrogées ou de partir, et sur un jeune français qui refusait de donner l’appareil avec lequel il filmait nos conditions de détention.

Pas d’eau, pas de nourriture, sauf très tard grâce à notre insistance pendant plusieurs heures. (par exemple, jeudi matin : demandes d’eau de 7h à 10h et les bouteilles d’eau que nous avons commandées et payées sont arrivées un peu avant 11h....).

Vers midi, la police a appelé les français, et peu à peu, nous avons quitté la pièce de rétention chacun à notre tour. Nous avons été escortés jusqu’à un avion pour la France, vol Egypt Air, qui devait partir le jeudi 12 juin à 10h40, mais qui a décollé à 13h15. Nos téléphones mobiles nous ont été restitués à la sortie de l’espace de rétention.

Nous étions au total 34-35 français, beaucoup d’entre nous racisés ou avec un nom d’origine maghrébine, à être dans l’avion, expulsés par l’État égyptien.

Notre passeport nous a été remis par la police française à la sortie de l’avion.

A notre arrivée à Paris CDG, nous avons été interrogés par la police des frontières pendant une à cinq minutes, chacun à notre tour.

Nous nous sommes tous présentés comme des touristes et nous avons témoigné, pour certains, de nos observations et de la certitude de ne pas avoir été soutenus par l’ambassade de France.

Bonne route ! Bonne route ! Bonne route !
Très solidairement,
S.


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