Gaza n’a pas besoin de nouveaux dominateurs

samedi 28 février 2026

Le plan américain pour Gaza constitue l’étape finale du génocide perpétré par Israël. Bombes et bulldozers ont ravagé le paysage de Gaza, et désormais, gratte-ciel et centres de données visent à détruire son tissu social et sa capacité de résistance.

Des Palestiniens déplacés retournent dans leurs maisons détruites dans la région d’al-Maghraqa, au sud de la ville de Gaza, le 31 janvier 2024. (Photo : Omar Ashtawy/APA Images)

Toutes les quelques décennies, un nouveau groupe d’hommes puissants se réunit autour d’une table pour décider du sort de Gaza ou des Palestiniens en général. Le discours change, mais la logique sous-jacente reste la même.

Les dernières propositions visant à « gouverner » Gaza après la guerre, des projets pharaoniques de Jared Kushner pour le front de mer au prétendu « Conseil de la paix » et aux divers programmes de tutelle internationale, sont présentées comme des visions audacieuses et novatrices. En réalité, elles ne font que reproduire le même cadre colonial qui régit la vie palestinienne depuis plus d’un siècle : des acteurs extérieurs décident de ce dont les Palestiniens ont besoin, de ce qu’ils peuvent posséder et de ce qu’ils doivent devenir pour y avoir droit.

La crise de Gaza n’a jamais été un problème de gouvernance ni une attente de l’administrateur étranger idéal. Elle était, et demeure, le produit d’une structure politique spécifique : une occupation militaire prolongée, un siège de dix-sept ans qui a étouffé tous les aspects de la vie, et un projet de colonisation de peuplement qui considère l’existence palestinienne comme un obstacle à gérer ou à éliminer. Voilà les racines du problème. Tout le reste – la pauvreté, la misère, le désespoir – n’en est qu’un symptôme.

Pourtant, tous les plans qui circulent actuellement visent à traiter les symptômes sans s’attaquer aux causes profondes. Ils promettent la reconstruction sans mettre fin à l’occupation. Ils offrent des incitations économiques sans garantir les droits politiques. Ils proposent des programmes de « déradicalisation » sans reconnaître que c’est la violence de la dépossession, et non une quelconque déficience culturelle, qui alimente la résistance. Ce n’est pas nouveau. La logique de la « paix économique », l’idée que l’on peut apaiser les Palestiniens avec des emplois et des biens de consommation pendant qu’on leur confisque leurs terres et qu’on leur refuse leurs droits, a été maintes fois mise en œuvre. Elle a échoué dans le cadre d’Oslo . Elle a échoué sous le régime d’aide conditionnelle du Quartet .

Cela a échoué car aucune programmation économique ne peut remplacer la liberté.

Ce qui est nouveau, et ce qui devrait alarmer quiconque suit la situation de près, c’est l’ampleur des ambitions qui sous-tendent les propositions actuelles. Kushner ne s’est pas trompé lorsqu’il a qualifié le front de mer de Gaza de « très précieux » bien immobilier. Il ne s’agit pas de reconstruction, mais d’anéantissement. Construire des centres de données et des complexes hôteliers de luxe sur les ruines de Shuja’iyya et de Rafah. Ériger des gratte-ciel là où se dressaient autrefois des quartiers, des mosquées, des écoles et des cimetières.

La « dubaification » de Gaza n’est pas un plan de développement. C’est l’étape finale d’un processus qui a commencé par les bombes et les bulldozers D9 : démanteler non seulement l’infrastructure physique de Gaza, mais aussi son tissu social, ses institutions culturelles, sa mémoire, sa capacité à résister.

Voilà ce qui rend ces plans plus que cyniques : ils exploitent le génocide. La destruction de plus de 70 % des infrastructures de Gaza, le massacre de dizaines de milliers de personnes, le déplacement de la quasi-totalité de la population : il ne s’agit pas d’obstacles à contourner, mais de conditions préalables indispensables. On ne peut pas construire une station balnéaire au cœur d’un quartier habité.

J’ai grandi à Deir el-Balah. La Gaza que j’ai connue n’était pas une page blanche attendant les investissements étrangers. C’était un lieu foisonnant de vie, peuplé d’ enseignants, de poètes , d’ingénieurs, d’agriculteurs et d’étudiants qui débattaient de politique et envisageaient l’avenir malgré le blocus. L’idée que ce lieu et ses habitants doivent être réinventés par des hommes incapables de nommer une seule rue de Gaza n’a rien de visionnaire. Elle est coloniale au sens le plus strict du terme.

Ces plans peuvent être mis en œuvre. Des contrats peuvent être signés. Des rendus peuvent être publiés. Mais ils ne fonctionneront pas, pour la même raison que toutes les tentatives précédentes de gouverner les Palestiniens sans leur consentement ont échoué. Les Palestiniens ne sont pas un problème à résoudre ni une population à pacifier. Ils sont un peuple qui a des revendications politiques qu’aucune construction ne saurait étouffer : la fin de l’occupation, le droit au retour, la souveraineté et la liberté.

Tant que ces revendications ne seront pas satisfaites, tout plan imposé à Gaza de l’extérieur connaîtra le même sort. Et lorsqu’il échouera, les Palestiniens diront ce qu’ils ont toujours dit : on vous l’avait dit. Le problème n’a jamais été Gaza. Le problème, c’est ce que vous lui avez fait, et ce que vous avez refusé d’arrêter.

Source : MONDOWEISS
Par Jehad Abusalim 26 février 2026
https://mondoweiss.net/2026/02/gaza...


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