Gaza ne pourra pas être reconstruite tant que les Palestiniens ne contrôleront pas leur propre avenir politique

jeudi 7 mai 2026

Alors qu’Israël instrumentalise la reconstruction pour imposer de nouvelles conditions coloniales à Gaza, seul un renouveau politique mené par les Palestiniens, et non par des instances extérieures, constitue la voie d’un véritable rétablissement.

Des Palestiniens passent devant une liste de candidats aux élections à Deir al-Balah, dans le centre de la bande de Gaza, le 18 avril 2026 (Haseeb Alwazeer/Reuters)

Après la destruction de la bande de Gaza par Israël et ses alliés internationaux au cours des 30 derniers mois, leur principal objectif est désormais de façonner les rouages ​​complexes de la phase suivante. Cette démarche vise à garantir une domination et un contrôle absolus en imposant des macrostructures et des conditions pour l’après-guerre, et en consolidant des projets de colonisation sous couvert d’un prétendu cessez-le-feu et de reconstruction.

Au lieu d’ assumer leurs responsabilités et de se soumettre à l’État de droit, Israël et ses soutiens persistent à imposer la logique de la force coercitive. Ils ne font aucun égard pour les normes ni les lois, et poursuivent – ​​voire intensifient – ​​leurs entreprises coloniales .

Pire encore, de nombreux acteurs internationaux et régionaux traitent Israël comme un « partenaire », une « partie légitime  », un « contrôleur », un « gestionnaire » et un « régulateur » de la reconstruction de Gaza , plutôt que de le punir et de l’isoler pour les crimes qu’il a commis – de la Nakba au génocide – au cours des deux dernières années et depuis sa création en 1948 .

La « normalisation » des crimes et des destructions sous couvert de « consolidation de la paix  » n’apportera ni paix ni justice à personne. Au contraire, elle offre à Israël et à ses alliés un prétexte pour remodeler la région à leur guise.

Traiter Israël comme un État « normal » aura non seulement des répercussions pour les Palestiniens , mais s’étendra bien au-delà, comme nous l’avons constaté à maintes reprises au cours des deux dernières années et dans les événements survenus depuis le 28 février 2026.

La « normalisation » des crimes et des destructions sous couvert de « consolidation de la paix  » n’apportera ni paix ni justice à personne.

Il n’y a rien de normal à étendre la notion de normalité à un État qui viole quotidiennement le droit international par le biais du colonialisme de peuplement , de l’apartheid , de l’occupation militaire et du génocide , perpétuant ainsi une Nakba en cours .

Les efforts déployés pour gérer l’après-Brouillard à Gaza selon la vision israélienne – ses nouvelles frontières territoriales , sa géographie modifiée et les conditions imposées à sa gouvernance – reviennent à capituler face à la permanence coloniale, même sous une nouvelle appellation.

La plupart des plans « d’après-guerre  » visent à restreindre l’autonomie palestinienne et à fragmenter l’identité collective. Il faut s’y opposer.

Ce qui s’est passé durant le processus des accords d’Oslo ne peut se reproduire après trois décennies de division. La fragmentation politique palestinienne n’est pas un hasard , mais un mécanisme de contrôle délibéré imposé par le régime israélien.

Les Palestiniens doivent donc s’engager dans un contre-processus. Ils doivent refuser de se soumettre à de nouvelles conditions coloniales, même si celles-ci paraissent moins brutales ou sont présentées sous forme de résolutions de l’ONU qui ne font que perpétuer le pouvoir colonial . Quatre domaines clés requièrent une attention urgente.

Renouveau politique

Le cadre des accords d’Oslo et ses conséquences ont dangereusement affaibli le corps politique palestinien, permettant ainsi au colonisateur de dominer. Il est donc essentiel de reconstruire l’autonomie politique palestinienne.

Cela exige des mesures concrètes qui renforcent la résistance au colonialisme et promeuvent la liberté. Il ne s’agit ni d’un luxe ni d’une option. C’est une mesure nécessaire et préventive pour restaurer les ressources de la Palestine face à la montée en puissance du colonialisme.

La reconstruction représente également un moment charnière pour remodeler le leadership politique et technique palestinien . Si ce n’est pas maintenant, quand ?

Un modèle de leadership collectif, dépassant les structures défaillantes de l’ Autorité palestinienne et de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), pourrait ouvrir la voie à l’autodétermination.

Ce n’est que lorsque les Palestiniens pourront envisager et imaginer différents modèles et structures politiques que le processus de transformation de cette vision en réalité pourra commencer.

En cette période de péril sans précédent, le renouveau politique est une question de survie collective. Pourtant, ceux qui sont au pouvoir refusent de l’affronter. La reconstruction politique est une condition nécessaire à la libération et ne saurait être différée.

Il n’est plus acceptable que le dialogue palestinien reste confiné à des acteurs dépourvus de légitimité ou de représentation, ou à des factions qui cherchent à perpétuer la division. Un dialogue national global n’est pas une option ; il est impératif, urgent et incontournable.

Ses cadres, ses outils et ses objectifs doivent être fondamentalement modifiés. Les échecs répétés du dialogue au cours des deux dernières décennies démontrent que les modèles actuels ne peuvent ni unifier les Palestiniens ni coordonner une action collective.

Toute marginalisation du rôle de la société civile dans la construction de l’avenir de Gaza ne fera qu’engendrer davantage de faiblesse, d’humiliation, de fragmentation et de désintégration, non seulement sur le plan social, mais aussi sur le plan politique.

La société civile exige

L’appel lancé en mars 2025 par les acteurs de la société civile palestinienne a tracé la voie à suivre. Il a mis l’accent sur le sumud, la fermeté palestinienne, comme un puissant mécanisme de résistance aux déplacements forcés.

Elle a exhorté à la formation d’un front palestinien unifié pour mettre fin aux divisions internes. Elle a proposé la mise en place d’un mécanisme national temporaire pour gérer les opérations de secours et de reconstruction à Gaza.

Cet appel exigeait la mise en place immédiate d’une direction palestinienne élue dans un cadre démocratique, ainsi qu’un mécanisme international de soutien et de non-autorité pour accompagner le processus de transformation. Il exigeait le retrait total d’Israël de Gaza, des sanctions et la traduction en justice des criminels de guerre.

Enfin, elle appelait à garantir la souveraineté palestinienne et le droit à l’autodétermination, et à s’attaquer aux causes profondes du cycle de destruction.

L’appropriation palestinienne doit dépasser le cadre de la reconstruction et englober une vision régionale plus large . Des perspectives palestiniennes indépendantes, affranchies de toute subordination aux intérêts régionaux et internationaux, sont nécessaires de toute urgence.

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Source : MIDDLE EAST EYE


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