« Il n’a jamais abandonné, et c’est très respectable » : pour son retour au Liban, l’ancien prisonnier politique Georges Ibrahim Abdallah accueilli en héros dans son village natal

jeudi 31 juillet 2025

La maison familiale de Kobayat, au Liban, n’a pas désempli. Les frères et les sœurs du militant l’ont accueilli après quarante ans d’absence. Il a même rencontré des proches qui n’étaient pas nés lorsqu’il a été emprisonné.

Georges Ibrahim Abdallah a accordé un entretien exclusif à l’Humanité, dans son village de Kobayat, qu’il vient de retrouver. Il revient sur ces quarante ans de prison en France et réaffirme son engagement de militant révolutionnaire en faveur de la Palestine.

Georges Abdallah a retrouvé ses proches au Liban, dans son village de Kobayat, après 41 ans d’emprisonnement en France. Merlin Ferret

Rencontre avec Georges Abdallah au Liban, dans son salon à Kobayat le 25 Juillet 2025. « C’est grâce à ces milliers d’hommes et de femmes qui m’ont accompagné que je suis ce que je suis aujourd’hui », affirme le militant politique libanais.

Georges Ibrahim Abdallah a un sourire éclatant. À 74 ans, il est fatigué, mais heureux d’avoir enfin retrouvé sa famille et son pays après plus de quarante ans passés dans une prison française. L’homme est debout politiquement. Il n’a pas été brisé. Il nous a reçus en exclusivité.

Georges Ibrahim Abdallah, vous êtes enfin libre après quarante ans d’emprisonnement en France. Comment vous sentez-vous ?

Je suis submergé par toute cette chaleur humaine et cette chaleur de lutte qui m’entourent en ce moment. La situation au Liban m’apparaît moins mauvaise, si l’on peut dire, que ce que je pensais. J’ai immédiatement senti une force vive du pays, qui n’a pas disparu.

Elle laisse espérer une continuation de la lutte et de la résistance. Surtout, je crois que la « somalisation » ou la « balkanisation » du Liban est écartée.

Qu’avez-vous ressenti à votre arrivée ici, au Liban, dans votre famille ?

Il est difficile de décrire mon émotion. J’ai été agréablement surpris. Les différentes forces politiques libanaises étaient présentes. Mais, surtout, il y a eu des scènes incroyables. Des hommes, des femmes, et des jeunes que je n’ai jamais vus sont entrés dans l’avion pour m’embrasser. J’ai immédiatement retrouvé le Liban.

À l’entrée de la maison familiale, deux immenses photos de Georges Ibrahim Abdallah et un drapeau libanais ont été accrochés pour lui souhaiter la bienvenue. Le prisonnier politique est finalement rentré chez lui le vendredi 25 juillet.

Il a été accueilli à l’aéroport de Beyrouth par des centaines de personnes et des responsables politiques, dont le secrétaire général du Parti communiste libanais (PCL), Hanna Gharib. Un moment de joie comme le pays n’en avait plus connu depuis longtemps.

Georges Ibrahim Abdallah de retour dans son village natal

Kobayat, son village natal, a été aussi pavoisé. Reçu au centre culturel, Georges Ibrahim Abdallah a insisté sur la nécessaire «  unité du Liban, quelle que soit la situation dans la région  ».

Quarante ans qu’il n’avait pas revu ses frères et sœurs. Amal, 62 ans, ne cache pas son émotion. « Je n’arrive pas à croire qu’il est là, il m’a tellement manqué », confie-t-elle, épuisée, assise sur un canapé dans le patio. Une cousine, Marie, 60 ans, fume cigarette sur cigarette, nerveuse. « On a même pensé que l’avion ferait demi-tour avant d’atterrir à Beyrouth », dit-elle en riant.

À ses côtés, Rim, 36 ans, une nièce de Georges, sourit. « Je n’étais pas née quand ils l’ont mis en prison. Mais je n’ai vu personne qui a cette force en dépit de toutes les pressions qu’il a subies. Ses idées sont restées les mêmes. Je suis fière d’être sa nièce. » Rim voit donc son oncle pour la première fois et, pourtant, c’est comme si elle l’avait toujours connu.

« Tous les dimanches la famille se retrouvait et Georges nous appelait. On l’entendait parler, ça nous donnait de la force », raconte-t-elle. Marie, elle, a gardé le souvenir d’un homme grand. « Pour moi, c’était un géant. Il nous a toujours donné cette sensation de force. »

Un accueil au-delà des clivages politiques

La maison n’a pas désempli depuis le retour de Georges Ibrahim Abdallah. Les délégations se pressent, les habitants du village viennent présenter leurs salutations, y compris ceux qui ne partagent pas ses idées révolutionnaires. Comme ce général à la retraite passé en coup de vent.

Les verres d’eau et de jus de fruit succèdent aux pâtisseries. L’ambiance est feutrée, malgré la foule. Personne ne sait très bien s’il faut se recueillir, après de si longues années d’emprisonnement ou, au contraire, laisser éclater sa joie de voir celui qui était le plus vieux prisonnier politique d’Europe enfin libre.

Riad Oubeid a fait plus de trois heures de route pour se rendre à Kobayat. « Georges représente la première génération de la résistance, nous explique-t-il. Il a gardé en lui cette pureté et cette franchise dans ses convictions. En tant que parents, nous devons éduquer nos enfants dans cette voie. » Des jeunes ont entendu parler de cet homme. Comme Joseph, 20 ans, rencontré dans le village.

Un ancien prisonnier politique salué comme un modèle de résistance

« Tout ça est très lointain pour nous, mais ça reste un modèle. Il n’a jamais abandonné, et c’est très respectable. » Le cheikh sunnite du gouvernorat, Abdul Salam al Arrach, donne l’accolade à Georges Ibrahim puis l’embrasse longuement. « C’est un leader, déclare-t-il. Il faut être tous unis pour la résistance et la libération de la Palestine. » Ghassan Ben Jeddou, le directeur de la chaîne de télévision Al Mayadeen, a tenu lui aussi à rendre hommage à Georges Ibrahim Abdallah, avec lequel il s’entretient.

Source : L’HUMANITE

https://www.humanite.fr/monde/georg...


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