Ils veulent faire taire Francesca Albanese parce qu’elle a refusé de faire taire les victimes

« Depuis deux ans, les attaques pleuvent » Parce que Francesca Albanese a documenté, analysé, qualifié la guerre génocidaire à Gaza, en décrivant « les mécanismes du déplacement, de la dépossession, de l’effacement des Palestinien·nes », médias, groupes de pression et États s’en prennent à la légitimité même de son mandat. Un ensemble de militant·es, personnalités et universitaires expriment leur solidarité : « Francesca Albanese n’est pas seule. »
Parce qu’elle a écouté les voix qui montent des ruines de Gaza. Parce qu’elle a fait parler les décombres. Parce qu’elle a nommé l’innommable. Parce qu’elle a documenté, analysé, qualifié et révélé l’anatomie d’un génocide en cours, en décrivant les mécanismes du déplacement, de la dépossession, de l’effacement des Palestinien·nes. Parce qu’elle a exposé l’architecture des profits qui soutiennent l’entreprise coloniale israélienne.
Pour toutes ces raisons, ils veulent non seulement réduire au silence Francesca Albanese, Rapporteuse spéciale des Nations Unies sur la situation des droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967, mais également la briser.
Francesca Albanese, rapporteuse spéciale des Nations unies sur les territoires palestiniens occupés, à Pantin le 5 avril 2025. © Photo Sébastien Calvet / Mediapart
Depuis deux ans, les attaques pleuvent, féroces, diffamatoires, voire injurieuses. Le puissant lobby juridique International Legal Forum, fort de plus de 4 000 avocats à travers le monde, demande sa démission. Israël l’a déclarée persona non grata et refuse de lui délivrer un visa pour exercer son mandat onusien. En mars dernier, 43 députés français de droite avaient écrit au ministre des Affaires étrangères pour s’opposer à la reconduction de son mandat. Les États-Unis viennent d’annoncer des sanctions officielles à son encontre, un acte inédit contre une experte indépendante de l’ONU.
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Francesca Albanese, rapporteuse spéciale des Nations unies sur les territoires palestiniens occupés, à Pantin le 5 avril 2025. © Photo Sébastien Calvet / Mediapart
Ces sanctions ne sont pas une première. Elles s’inscrivent dans la lignée de celles imposées à la Cour pénale internationale, lorsque cette dernière osa enquêter sur des crimes de guerre commis par les forces américaines en Afghanistan et décida d’émettre des mandats d’arrêt contre le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, et Yoav Gallant, l’ancien ministre de la Défense d’Israël, pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité dans les territoires palestiniens.
Médias, groupes de pression et États ne s’en prennent pas seulement à la personne de Francesca Albanese, mais également à la légitimité même de son mandat, à ce qu’il représente : l’indépendance, la rigueur juridique et le courage de nommer les crimes là où ils sont commis, même quand les responsables sont puissants. Ce n’est pas uniquement la voix de Francesca Albanese qu’on cherche à étouffer, mais plus largement tous les mécanismes internationaux de protection des droits humains.
A quoi mènent ces campagnes et cet acharnement, sinon au refus de reconnaître toute justice qui échapperait à la volonté des puissants ? Un État qui se permet de sanctionner un organe onusien ne viole pas seulement un principe, il ébranle tout l’édifice du multilatéralisme. Devons-nous accepter que demain, chaque État sanctionne à sa guise les enquêteurs·rices, rapporteurs.es, juges ou procureurs.es qui le gênent ? À quoi servirait alors le droit international ? Devons-nous renoncer à cette promesse fragile née des cendres d’Auschwitz et d’Hiroshima, ce rêve de paix qui a donné naissance à l’ONU, aux Conventions de Genève, aux mécanismes des droits humains ?
En s’attaquant à elle, on criminalise l’impartialité, on délégitime le droit international, on envoie un message glaçant à tous ceux qui, dans d’autres contextes, pourraient être tentés de dire l’indicible. Ce n’est plus seulement une campagne contre une experte, c’est une entreprise de démolition de tout ce qui reste du rêve universaliste né des horreurs du XXe siècle.
Face à cela, Francesca Albanese n’a jamais baissé les bras. Elle a poursuivi son travail avec dignité et précision. Elle n’a jamais appelé à la haine. Elle a seulement exigé la justice. Son dernier rapport, rigoureux et accablant, ne se contente pas d’accuser à la légère. Il documente, méthodiquement et identifie des entreprises qui soutiennent concrètement le projet colonial israélien, un crime au regard du droit international. Il n’a fallu que quelques jours pour que la riposte s’organise.
Aujourd’hui, la faire taire serait enterrer un peu plus les voix de Gaza qui sombrent dans le déni de justice, et avec elles, les fondements mêmes du droit international.
Mais Francesca Albanese n’est pas seule. Nous sommes par milliers, femmes et hommes à travers le monde, à ne pas nous tromper de côté de l’histoire. Nous portons l’humanisme, les valeurs universelles, et nous refusons de céder à la loi du plus fort, du dominant, du colonisateur. Malgré les failles que nous dénonçons, nous continuons de croire à un monde meilleur, à la force du droit, et aux outils disponibles pour préserver la paix, tout en exigeant leur réforme profonde, afin qu’ils garantissent enfin une paix juste et durable.
Défendre Francesca Albanese, c’est défendre le droit. Notre silence aujourd’hui serait un abandon. Il nous faut choisir : le silence complice ou le courage de la vérité.
Signataires :
Yosra Frawes, Avocate, ex-présidente de l’Association Tunisienne des Femmes Démocrates, Tunisie
Guissou Jahangiri, Directrice exécutive d’OPEN ASIA/Armanshahr, Secrétaire générale de la Fédération internationale des droits humains (FIDH), Iran-France
Sonia Dayan-Herzbrun, Sociologue, France
Diana Alzeer, feministe, Al Haq, Vice-présidente de la FIDH, Palestine
Azadeh Kian, Professeure de sociologie à l’Université Paris Cité, Directrice du CEDREF, France
Hela Ben Youssef, Vice-présidente internationale socialiste des femmes, Tunisie
Pinar Selek, Féministe antimilitariste, Turquie-France
Nathalie Tehio, Présidente de la Ligue des Droits de l’Homme (LDH), France
Gloria Gano, Avocate, directrice exécutive, Asociación Pro Derechos Humanos (APRODEH), Sécretaire generale de la FIDH, Peru
Khadija Ryadi, Secrétaire générale de l’Association Marocaine des Droits Humains (AMDH), lauréate du prix de l’ONU pour les droits de l’Homme en 2013, Maroc
Nassera Dutour, Présidente du Collectif des familles de disparu(e)s en Algérie et de la Fédération Euro-Méditerranéenne contre les Disparitions Forcées, France-Algérie
Sophie Bessis, Féministe, historienne et philosophe, France-Tunisie
Kati Verstrepen, avocate et présidente de la Liga voor Mensenrechten, Belgique
Alice Mogwe. Présidente de la Fédération internationale des droits humains (FIDH), Directrice de DITSHWANELO - The Botswana Centre for Human Rights, Botswana
Gerard van Vliet, Dutch League for Human Rights (LvRM), Pays-Bas
Safa Chebbi, Militante décoloniale à Tiohtià:ke-Montréal, Canada
Kaari Mattila, Secrétaire générale de la FIDH, Finland
Shahinda Ismail, Fondatrice du Maldivian Democracy Network, Maldives
Kawther Alkholy Ramadan, Directrice exécutive de Women for Justice Foundation, Egypte
Bernedette Muthien, chercheuse, Institute for African Alternatives, WASL, Afrique du Sud
Joumanah Merhy, Féministe et défenseure des droits humains, Liban
Horia Mosadiq, Directrice générale Conflict Analysis Network (CAN), Afghanistan
Marie-Christine Vergiat, LDH, Euromed Droits, ex-députée européenne, France
Abdallah Lefnatsa, Association Marocaine des Droits de l’Homme, Maroc
Adel Boucherguine, Président du Collectif de sauvegarde de la ligue algérienne pour la défense des droits de l’Homme (CS-LADDH), Algérie-France
Aida El Amri, Médecin, Présidente de l’Association Tunisie Culture et Solidarité, Tunisie
Aissa Rahmoune, Avocat au Barreau d’Alger, Vice-président de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’Homme, Secrétaire générale de la FIDH, Algérie
Alaa Talbi, Directeur du Forum Tunisien des Droits Économiques et Sociaux, Tunisie
Amina Izarouken, militante féministe, Algérie
Alexis Deswaef, Avocat, Président d’honneur de la Ligue des Droits Humains, Vice-président de la FIDH, Belgique
Ali Ait Djoudi, Président de Riposte Internationale, France-Algérie
Alice Santinelli, Éditrice et consultante de photographie, Italie
Amel Hadjadj, militante féministe, Algérie
Anne-Marie Bence, ancienne rédactrice en chef de la revue Missive, France
Bianca Shanaa, Entrepreneuse, Palestine-France
Cahors@ldh-france.org pour LDH 46 ET AFPS 46, France
Catherine Choquet, LDH 93, France
Christian Eypper, la Ligue des droits de l’Homme, France
Dada Azouz, Activiste Queer Féministe, France
Daisy Schmitt, documentariste, France
Denis Richard, militant Ligue des droits de l’Homme, France
Evelyne Sire-Marin magistrat honoraire, Vice-présidente de la Ligue des droits de l’Homme (LDH), France
Fabienne Messica, Ligue des Droits de l’Homme, France
Fatiha Fadil, retraitée, France
Fatma Chérif, Cinéaste, Tunisie-France
Fatma Oussedik, Sociologue, Algérie
La Fondation du journal féministe algérien, Algérie
Gilles Manceron, Historien, France
Hajer Chraiti, féministe, France
Hakima Naji, professeure retraitée Maroc
Hélène Henry, militante à la Ligue des Droits de l’Homme (LDH), France
Jacques Rigaudiat, Conseiller maître honoraire à la Cour des comptes, France
Jacqueline Charretier, militante des droits de l’Homme et du droit, France
Kaouther Ben Azouz, Enseignante, Artiste plasticienne, France-Tunisie
Khadija Ainani, Association Marocaine des Droits de l‘Homme, Maroc
Khadija Bahyaoui, Association Marocaine des droits humains, Canada
Khadija Chérif, militante féministe, Tunisie
Khaoula Taleb Ibrahimi, professeure des universités, Algérie
Laurent Aspis, militant de la Ligue des droits de l’Homme (LDH), France
Leila Kannouda, Génération.s 46, France
Ligue iranienne de défense des droits de l’Homme (LIDDH), France
Maitre Mustapha Bouchachi, Ancien Président de la LADDH, Algérie
Manel Mabrouk, Artiviste, France
Martine Rigo Sastre, éditrice Voix-Tissée, France
Marwa Frawes, féministe intersectionnelle, France-Tunisie
Maryam Ashrafi, Photographe documentaire sociale, France
Maryse Artiguelong, Ligue des droits de l’Homme (LDH), Vice-présidente de la FIDH, France
Mohammed Ghafri, Coordonnateur national du Réseau démocratique de solidarité avec les peuples, Maroc
Mouad El-Johri, Membre du secrétariat national du Front marocain de soutien à la Palestine et contre la normalisation, Maroc
Moumene Khelil, Ancien Secrétaire générale de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’Homme (LADDH), Algérie
Naima Benwakrim, Militante féministe et pour les droits humains, Maroc
Naima Naim, activiste, Maroc
Nicolas Puig, chercheur à l’Institut de recherche pour le développement (IRD), France
Norman Tjombe, militant des droits humains, Namibie
Pascal Maillard, universitaire, poète, co-fondateur de l’Académie des écrivain·es pour les droits humains, France
Patrick Navaï, Artiste, Citoyen du monde
Philippe Leclercq, activiste, France
Rania Majdoub, activiste décoloniale, France-Tunisie
Sahar Talaat Elbassiony, Professeur d’Université, Egypte-Grande Bretagne
Said Ourabah, Président de la Fédération des travailleurs Africains en France et en Europe (FETAFE), France
Samia Fraouis, activiste, France
Serpilekin Adeline Terlemez, Dr. en art de la scène, poète, écrivaine-traductrice, co-responsable de la collection "Regards turcs" l’Harmattan, Turquie-France
Sevgi Türker-Terlemez, écrivaine-traductrice franco-turque et co-responsable de la collection "Regards turcs" l’Harmattan, Turquie-France
Shawan Jabarin, Al-Haq, Palestine
Simone Susskind, Actions in the Mediterranean, ancienne sénatrice fédérale et députée bruxelloise, Belgique
Sylvie Forestier, artiste, France
Vida Farhoudi, Poète, traductrice, membre de l’Association des écrivains iraniens en exil, Iran-France
Zied Abidi, Défenseur des droits humains, Tunisie
Zohra Koubia, Défenseure des droits humains, Maroc
Zohra Oueslati, Conseillère en développement de la formation professionnelle, France-
Algérie

