Israël, le Somaliland et l’ordre colonial mondial

samedi 10 janvier 2026

Billet de blog 3 janvier 2026
Collectif marseillais militant et citoyen de soutien au peuple palestinien

La reconnaissance par le gouvernement génocidaire israélien du Somaliland n’est pas un fait diplomatique anodin, neutre ou technique : elle s’inscrit dans une logique d’expansion politique et stratégique qui porte en elle les mêmes traits d’un colonialisme agressif et prédateur que celui dont souffre depuis des décennies le peuple palestinien. Le 26 décembre 2025, l’État colonial israélien a officiellement reconnu le Somaliland (une région du nord de la Somalie qui s’est autoproclamée indépendante en 1991) comme un « État souverain », devenant ainsi le premier pays au monde à le faire. Cette reconnaissance, saluée comme « historique » par Tel-Aviv et Hargeisa, a provoqué une onde de choc diplomatique, des condamnations internationales massives, et des mobilisations populaires en Somalie même, y compris des manifestations rassemblant des dizaines de milliers de personnes contre ce qu’elles perçoivent comme une violation flagrante de la souveraineté de leur pays.

Ce geste, présenté officiellement par le gouvernement israélien comme un alignement sur les « Accords d’Abraham » et un moyen de renforcer la paix et la coopération, doit être compris pour ce qu’il est vraiment : un mouvement de repositionnement géopolitique au service d’intérêts coloniaux et impériaux, et non un acte de justice ou de respect du droit international. Sur le terrain diplomatique, de nombreuses voix, de la Somalie à l’Union africaine, en passant par la Ligue arabe ou encore la Turquie, ont dénoncé cette reconnaissance comme une violation du principe fondamental de souveraineté des États et de l’intégrité territoriale. L’Union africaine a réaffirmé l’unité de la Somalie, rejetant toute démarche de reconnaissance d’un État sécessionniste qui n’est accepté par aucune instance internationale majeure.

Pour lire la suite : https://blogs.mediapart.fr/unionpalestinemarseille/blog/030126/israel-le-somaliland-et-l-ordre-colonial-mondial

La logique qui motive le gouvernement génocidaire de Tel-Aviv ne se contente pas d’un élargissement diplomatique abstrait : elle se fonde sur des calculs stratégiques profondément ancrés dans la logique de domination et d’exploitation. Le Somaliland est situé au cœur d’un nœud géopolitique majeur : sa côte longe le Golfe d’Aden et surveille l’entrée du détroit de Bab el-Mandeb, un passage maritime vital pour le commerce mondial et les routes stratégiques reliant l’Asie, l’Afrique et l’Europe. Cette position n’est pas accidentelle : elle en fait un point clé dans la compétition croissante entre puissances mondiales et régionales pour contrôler les voies maritimes, les corridors logistiques et l’influence politique en Afrique de l’Est.

Dans le cadre des Accords d’Abraham, ces mêmes accords de normalisation qui ont fait de la « paix » un terme vidé de sens, transformé en simple outil de légitimation de l’occupation israélienne et de l’acceptation du génocide contre le peuple palestinien, Israël voit dans cette reconnaissance l’occasion de cimenter un réseau d’alliances qui s’étend bien au-delà du Moyen-Orient. Ce réseau ne vise pas à résoudre les conflits, mais à redessiner les rapports de force mondiaux en faveur de Washington et de Tel-Aviv, tout en exploitant les fractures politiques héritées des périodes coloniales et néocoloniales.

La réalité, loin des discours officiels, est que cette reconnaissance peut être interprétée comme une ouverture possible à des bases ou des présences militaires indirectes sur la côte africaine, une plateforme qui renforcerait l’influence israélienne dans le bassin de la Mer Rouge et au-delà. Même si ni Tel-Aviv ni Hargeisa n’ont publiquement détaillé de plans concrets d’établissements militaires, la suspicion persiste, et à juste titre, autour de ce type de démarches, car elles s’inscrivent toujours dans des stratégies d’intervention voilées, où l’opacité est la norme et la coopération militaire déguisée en partenariat économique ou « de développement ».

Plus grave encore, cette reconnaissance intervient alors que l’État israélien est engagé dans un génocide à Gaza, une boucherie marquée par des violations des droits humains massives et systématiques dénoncées au niveau international. Pourquoi donc, dans ce contexte d’agression permanente, Israël se permet-t-il non seulement de consolider son emprise territoriale sur des populations sous occupation, mais encore de s’étendre à l’international, en contestant la souveraineté d’un autre peuple ? La réponse est claire : il ne s’agit pas d’une quête de paix, mais d’une stratégie d’hégémonie, alimentée par des alliances politiques et militaires qui légitiment le pouvoir par la force et le cynisme.

La réaction internationale, de Mogadiscio à Ankara, du Caire à Addis-Abeba, montre bien que cette démarche ne peut être isolée des luttes plus larges contre un système mondial qui continue de hiérarchiser les vies humaines. Elle alimente non seulement les tensions déjà vives au sein du continent africain, mais porte aussi atteinte aux normes internationales en donnant un précédent dangereux pour toute autre région sécessionniste, tout en détournant l’attention des revendications légitimes pour la reconnaissance d’un État palestinien libre et maître sur ses terres.

Notre lutte pour la Palestine ne peut faire l’impasse sur ce genre d’alliances et de manœuvres, qui ne sont jamais neutres. Ce que nous voyons aujourd’hui au Somaliland est un exemple représentatif de la stratégie coloniale qui continue de dicter les rapports de force globaux, de décider qui peut exister en tant que peuple souverain et qui doit rester sous domination, voire disparaître. Contester cette reconnaissance, et toutes celles qui s’inscrivent dans cette même logique d’exploitation, est une nécessité urgente. Notre combat doit être global, coordonné et radical, tout comme l’est la violence de ceux que nous affrontons. Tant que les voix de justice et de liberté ne seront pas entendues, tant que la Palestine restera sous occupation, notre lutte restera inachevée.


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