« La mer continue de rejeter des morceaux de corps »

qui sont les victimes tuées au café al-Baqa à Gaza ?
Une frappe israélienne a visé lundi un café très fréquenté en bord de mer, tuant 24 personnes dont des femmes, des enfants et des personnes âgées. L’attaque a transformé la plage en scène de carnage.
Par Le Parisien avec AFP, Le 2 juillet 2025
Cafétéria Al-Baqa, ville de Gaza, le 30 juin 2025. Le café et le restaurant avaient jusqu’à présent survécu à plus de 20 mois de guerre et offraient un certain répit à la violence incessante du conflit. AFP/Omar Al-Qattaa
Le début d’après-midi était animé lundi au café al-Baqa, un établissement réputé sur le front de mer de Gaza. D’un côté, la Méditerranée. De l’autre, des immeubles en ruine et les tentes collées serrées des familles déplacées. Sous le toit en lattes de bois, assis sur des chaises en plastique, des dizaines de Palestiniens cherchaient un répit après vingt mois de guerre acharnée qui a dévasté une grande partie de Gaza ville.
Une frappe israélienne a brutalement fait éclater cette bulle de pseudo-normalité : en visant cet endroit très fréquenté, elle a fait 24 morts (selon un bilan de la Défense civile de Gaza, une organisation de premiers secours) et a transformé un café de bord de mer en scène de carnage.
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Sur les réseaux sociaux, les publications se multiplient pour rendre hommage aux personnes tuées. Parmi les victimes figurent un photojournaliste palestinien, Ismail Abu Hatab, une boxeuse, Malak Mesleh et une artiste, Amina al-Salmi, qui avait exposé ses œuvres à l’international.
« Gaza a perdu un talent rare », ont écrit deux amis de l’artiste, surnommée Frans, dans un communiqué publié sur Instagram, après la mort de cette jeune femme dans le café.
« Amina n’était pas juste une artiste, c’était une âme lumineuse », ajoute la déclaration cosignée par la journaliste Noor Harazeen qui établit un parallèle entre un des derniers dessins de l’artiste et une photo de l’attaque où on la voit le visage couvert de sang.
La mort d’Ismaïl Abu Hatab, présenté comme un journaliste et un vidéaste par ses proches, a également beaucoup ému la population gazaouie. Lors de la dernière prière devant sa dépouille, son gilet pare-balles, siglé presse, a été déposé sur sa poitrine, comme le font toujours les Gazaouis lorsqu’un journaliste est tué depuis le début de cette guerre.
Les images de ce grand café en bord de mer, dont le décor a été dévasté par l’explosion, ont envahi les réseaux. On y voit plusieurs corps inertes, mais également Bayan Abusultan, une journaliste et militante des droits humains, à moitié en sang.
« Nous avons survécu pour maudire l’occupation un jour de plus », a-t-elle écrit sur Facebook.
« Il y a toujours beaucoup de monde à cet endroit, qui propose des boissons, des espaces pour les familles et un accès à Internet », a raconté à l’AFP Ahmed al-Nayrab, 26 ans, présent sur une plage proche lorsqu’il a entendu une « énorme explosion ».
« C’était un massacre », a-t-il ajouté. « J’ai vu des morceaux de corps voler partout, des cadavres déchiquetés et brûlés. Une scène à glacer le sang. Tout le monde criait. »
Une clientèle d’intellectuels
L’armée israélienne a déclaré mardi à l’AFP que la frappe avait visé « plusieurs terroristes du Hamas », et que « des mesures [avaient] été prises (…) pour réduire les risques de nuire à des civils », tout en précisant qu’il s’agissait d’un « incident (…) en cours d’examen ». Avant la guerre, ce café était connu pour accueillir des hommes et des femmes, et même le peu d’étrangers pouvant se rendre dans la bande de Gaza, sous blocus israélien.
Construit en plusieurs espaces, dont une partie sur pilotis au-dessus de l’eau, al-Baqa a été endommagée et réparé plusieurs fois au cours des derniers mois, en particulier au cours de la courte trêve de deux mois, rompue en mars 2025, au cours de laquelle de nombreux Palestiniens ayant fui le nord du territoire palestinien, où se trouve la ville de Gaza, y étaient revenus.
Il y a quelques semaines, le café avait à nouveau pu offrir une connexion à Internet, attirant à nouveau sa clientèle d’avant-guerre.
Les denrées n’entrant plus qu’au compte-goutte dans la bande de Gaza, les cuisines étaient fermées mais il était encore possible d’y prendre un thé, dos aux gigantesques destructions.
« Al-Baqa est un café, l’un des plus connus en bord de mer à Gaza », estime Maher al-Baqa, copropriétaire des lieux, « les habitués sont des jeunes intellectuels, des journalistes, des artistes, des médecins, des ingénieurs… »
Un lieu « pour des rendez-vous de travail ou juste pour souffler un peu »
« Les jeunes fuient les tragédies et les conditions difficiles de Gaza. Ils viennent pour des rendez-vous de travail ou juste pour souffler un peu », se souvient encore Maher al-Baqa, « l’occupant a trahi ces gens et a bombardé l’endroit sans aucune justification ».
« La mer est devenue notre seul refuge », abonde sur Instagram Shorouq Aila, une autre journaliste de Gaza qui a partagé des photos du lieu.
Au milieu des messages partageant des souvenirs des disparus ou de cet établissement, Wassim Saleh, un autre journaliste, a écrit sur Facebook depuis ce qui reste d’al-Baqa : « La mer continue de rejeter des morceaux de corps, que nous enterrons ».
Encore sous le choc, Maher al-Baqa précise qu’il a perdu quatre employés et trois membres de sa famille dans la frappe. Les témoignages de soutien le touchent : « J’ai senti, à travers la grande solidarité des gens avec ce lieu, qu’ils défendaient ce qu’il leur restait de rêve à Gaza ».
