Le Libanais Georges Abdallah retrouve la liberté, après 40 ans de prison en France

samedi 26 juillet 2025

Photo prise lors d’une visite de la députée La France insoumise Andrée Taurinya montrant Georges Ibrahim Abdallah dans sa cellule de prison à Lannemezan, le 17 juillet 2025.

Le militant libanais propalestinien Georges Abdallah, dont la libération a été ordonnée la semaine dernière par la justice française, a quitté sa prison du sud de la France vendredi pour rejoindre Beyrouth. Il a passé plus de 40 ans en détention pour complicité d’assassinats de diplomates américain et israélien.

C’est le jour J pour l’un des plus anciens détenus de France : le militant libanais propalestinien Georges Abdallah, condamné dans les années 1980 pour complicité d’assassinats de diplomates américain et israélien, est sorti vendredi 25 juillet de prison après plus de 40 ans passés derrière les barreaux en France, et doit rentrer dans son pays.

Sur les coups de 3 h 40 vendredi, un convoi de six véhicules, dont deux vans noirs et la voiture du préfet des Hautes-Pyrénées, s’est élancé du centre pénitentiaire de Lannemezan, gyrophares allumés, a constaté une équipe de l’AFP, sans pouvoir apercevoir le militant à la barbe désormais blanche.

L’avion transportant Georges Abdallah a décollé, vendredi matin, de l’aéroport de Roissy pour le Liban, a indiqué à l’AFP une source aéroportuaire. Le vol Air France AF564, à bord duquel il se trouve, a décollé peu après 9 h 30 du tarmac de cet aéroport de la région parisienne.

Un convoi de police supposé transporter Georges Ibrahim Abdallah, un militant libanais pro-palestinien, en prison depuis 40 pour complicité d’assassinats de diplomates, a quitté le centre pénitentiaire de Lannemezan, dans le sud de la France. Son retour au Liban constitue une condition de sa libération.

Vidéo : Un convoi de police supposé transporter Georges Ibrahim Abdallah, un militant libanais pro-palestinien, en prison depuis 40 pour complicité d’assassinats de diplomates, a quitté le centre pénitentiaire de Lannemezan, dans le sud de la France. Son retour au Liban constitue une condition de sa libération.
https://youtu.be/rg0NgiSpHUI

Vidéo : Libre, après plus de 40 ans dans les prisons françaises. La cour d’appel de Paris a ordonné jeudi la remise en liberté du Libanais Georges Abdallah, condamné en 1987 pour complicité d’assassinats de diplomates américain et israélien, et considéré comme l’un des plus anciens détenus du pays.

Vidéo : https://youtu.be/rg0NgiSpHUI?si=Wxd...

"Choc émotionnel et victoire politique"

"C’est à la fois une joie pour lui, un choc émotionnel et une victoire politique après tout ce temps", a confié à l’AFP son avocat, Jean-Louis Chalanset, après le départ du convoi, sans être en mesure de confirmer la présence de Georges Abdallah dans l’un des vans. "Il aurait dû sortir il y a tellement longtemps."

La cour d’appel de Paris avait ordonné sa libération la semaine dernière, "à compter du 25 juillet", à condition qu’il quitte le territoire français et n’y revienne plus. Il était libérable depuis 1999 mais avait vu jusque-là sa dizaine de demandes échouer

Le parquet général de Paris a annoncé lundi un pourvoi en cassation contre la décision de libération. Ce recours, qui ne sera pas examiné avant plusieurs semaines, n’est pas suspensif et n’empêchera donc pas le départ de Georges Abdallah de France.

Ces derniers jours, Georges Abdallah a donc vidé sa cellule, décorée d’un drapeau rouge de Che Guevara et débordant de piles de journaux et de livres, qu’il a confiés à son petit comité de soutien, dont quelque 200 personnes manifestaient encore devant la prison jeudi après-midi. Il a aussi donné la majorité de ses vêtements à des codétenus, et n’emporte qu’"une petite valise", a témoigné son avocat.

Un "accueil populaire" prévu dans son village natal

Ses proches espèrent qu’il sera accueilli au "salon d’honneur" de l’aéroport de Beyrouth. Ils ont demandé l’autorisation aux autorités libanaises, qui réclamaient depuis des années à la France la libération de Georges Abdallah. Ce dernier se rendra ensuite dans son village natal de Kobayat (nord du Liban), où "un accueil populaire et officiel lui sera réservé" selon sa famile.

L’AFP l’a rencontré le jour de la décision, dans sa cellule, en accompagnant une parlementaire. "Quarante ans, c’est beaucoup, mais on ne les sent pas quand il y a une dynamique de lutte", avait assuré le détenu à l’épaisse barbe devenue blanche.

La durée de sa détention est "disproportionnée" par rapport aux crimes commis et au vu de l’âge de l’ancien chef des Farl (Fractions armées révolutionnaires libanaises), ont jugé les magistrats de la cour d’appel. Ce groupuscule de chrétiens libanais marxistes, dissous depuis longtemps, n’a "pas commis d’action violente depuis 1984", a aussi rappelé la cour, voyant en Georges Abdallah un "symbole passé de la lutte palestinienne".

Tout en regrettant qu’il n’ait pas "évolué" ni exprimé de "regret ou compassion pour les victimes qu’il considère comme des ennemis", les juges ont estimé que Georges Abdallah, qui veut "finir ses jours" dans son village, peut-être en s’engageant dans la politique locale, ne représente plus aujourd’hui de risque de trouble à l’ordre public.

Ennemi public numéro

À l’époque des faits, dans le contexte de la guerre civile libanaise et de l’invasion israélienne au Sud-Liban en 1978, les Farl ciblaient les intérêts d’Israël et de son allié américain à l’étranger.

Avant l’arrestation de Georges Abdallah en 1984, le groupuscule avait frappé cinq fois en France, tuant deux diplomates en 1982 : le lieutenant-colonel américain Charles Ray puis l’Israélien Yacov Barsimantov, considéré comme le responsable du Mossad en France, abattu par une femme devant son épouse et ses deux enfants.

Identifié par ses empreintes découvertes dans une planque bourrée d’explosifs et d’armes – dont le pistolet qui avait servi aux deux assassinats –, Georges Abdallah avait comparu seul au palais de justice en 1987, dans un contexte particulier : il était devenu l’ennemi public numéro 1 et le prisonnier le plus célèbre de France car on le croyait, à tort, derrière la vague d’attentats de 1985-86 qui a fait 13 morts et installé la psychose dans les rues de Paris. Il avait été condamné à la perpétuité.

L’ancien instituteur a toutes ces années nié son implication dans l’assassinat des diplomates, tout en refusant de condamner des "actes de résistance" contre "l’oppression israélienne et américaine".

Source : FRANCE 24
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