Le Pakistan, acteur surprise et clé de la médiation entre l’Iran et les États-Unis

vendredi 10 avril 2026

En s’imposant comme médiateur surprise dans le cessez-le-feu entre l’Iran et les États-Unis, le Pakistan déjoue les critiques et s’offre une victoire diplomatique inédite, alors même qu’il est en guerre contre l’Afghanistan.

Rachida El Azzouzi, le 8 avril 2026

« Le« Le Pakistan sauve “une civilisation entière”. » À l’image du quotidien de Karachi The Express Tribune, la presse pakistanaise a célébré mercredi 8 avril la médiation discrète et efficace du Pakistan qui a permis d’arracher in extremis un cessez-le-feu de deux semaines entre l’Iran et les États-Unis.

Moins de deux heures avant l’expiration de l’ultimatum de Donald Trump, qui avait promis de faire « disparaître » la civilisation iranienne si le détroit d’Ormuz n’était pas rouvert à la navigation, Washington et Téhéran sont parvenus à un accord en dix points pour mettre fin à la guerre illégale lancée par les États-Unis et Israël le 28 février. Ils discuteront et négocieront les détails de sa mise en œuvre dès vendredi 10 avril à Islamabad, la capitale du Pakistan.

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Alors qu’il apparaît isolé sur la scène internationale, qu’il est lui-même en conflit avec l’Afghanistan, le Pakistan, qui n’en demeure pas moins une puissance nucléaire, s’est imposé à la surprise générale comme l’intermédiaire clé, reléguant en arrière-plan le traditionnel médiateur omanais, pris malgré lui sous le feu de la guerre.

Un vendeur expose les journaux du matin sur son étal au bord de la route à Islamabad, Pakistan, le 8 avril 2026. © Photo Aamir Qureshi / AFP

« J’ai le plaisir d’annoncer que la République islamique d’Iran et les États-Unis, ainsi que leurs alliés, ont accepté un cessez-le-feu immédiat partout, y compris au Liban et ailleurs, AVEC EFFET IMMÉDIAT », s’est réjoui sur le réseau social X, le premier ministre pakistanais, Shehbaz Sharif, dans la nuit de mardi à mercredi, imitant Donald Trump coutumier des publications en lettres capitales sur son réseau Truth Social.

Le Pakistan signe ainsi une victoire diplomatique inédite qui le place au centre et qui le rend désormais incontournable. Depuis une quinzaine de jours, ses dirigeants s’activaient pour obtenir une trêve alors que la guerre israélo-états-unienne déstabilise non seulement la région déjà bien meurtrie, mais aussi le monde entier.

Voisin de l’Iran avec lequel il partage 900 kilomètres de frontière, le Pakistan, l’un des cinq pays les plus peuplés de la planète, a tout intérêt à ce que les hostilités cessent, d’autant qu’il abrite l’une des principales communautés musulmanes chiites au monde (environ 15 % de ses habitant·es, soit plus de 30 millions de personnes).

Celle-ci est particulièrement sensible au sort du peuple iranien et de la République islamique. Des milliers de Pakistanais·es avaient d’ailleurs manifesté début mars à travers le pays, à Karachi, Skardu, Lahore, Islamabad, etc., pour dénoncer les attaques israélo-états-uniennes et l’assassinat du Guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei. Plus d’une dizaine d’entre eux avaient été tués lors de protestations devant des consulats états-uniens.

« La force pakistanaise est d’entretenir de bonnes relations avec l’ensemble des acteurs, décrypte Didier Chaudet, spécialiste des mondes turco-persan et sud-asiatique, associé à l’Observatoire Nouvelle Eurasie. Tout le monde a le sentiment qu’il peut parler au Pakistan, qui s’est positionné de façon assez unique en termes diplomatiques pour être indispensable à chaque acteur clé : l’Iran, les États-Unis mais aussi la Chine. »

« Maréchal préféré »

Si les liens ont pu être difficiles par le passé avec l’Iran, le premier pays à avoir reconnu le Pakistan après son indépendance en 1947, le dialogue a toujours existé. Le Pakistan, qui dépend des hydrocarbures transitant par le détroit d’Ormuz, faisait partie des rares pays autorisés à y faire passer ses navires, ces derniers jours. À Washington, c’est lui qui représente les intérêts iraniens, faute d’ambassade propre pour l’Iran. Autre particularité capitale pour les Iraniens : le Pakistan n’a pas de base états-unienne sur son territoire.

Quant à l’administration Trump, « les Pakistanais ont su nouer un lien privilégié », estime Didier Chaudet : « Alors que sous Biden comme sous Obama, la relation était complexe, qu’ils avaient pris leurs distances avec les États-Unis post-assassinat de Ben Laden, les Pakistanais se sont rapprochés de Donald Trump, flattant son orgueil, créant un lien particulier. »

En témoignent l’homme fort du Pakistan, le puissant chef de l’armée, Asim Munir, baptisé « maréchal préféré » de Donald Trump, et Shehbaz Sharif, le premier ministre pakistanais. Les deux hommes avaient remercié l’an dernier le président états-unien pour avoir empêché une escalade du conflit avec l’Inde, le grand rival pakistanais, saluant une intervention « audacieuse et visionnaire ». Pour Asim Munir, Donald Trump méritait le prix Nobel de la paix.

« Donald Trump aime mettre en avant les winners, les gagnants, avance Didier Chaudet. Cela lui a plu de voir que l’Inde, censée être la grande puissance, était en difficulté face au Pakistan, un État beaucoup plus faible, avec une économie en mauvais état. Et cela ne le dérange pas que le Pakistan soit en conflit direct avec l’Afghanistan dont il n’a cure. » Sur de nombreux fronts, des alliances ont vu le jour, de la lutte contre le terrorisme en passant par des accords commerciaux sur les cryptomonnaies, les terres rares, etc.

Parapluie nucléaire

Pointant « le rôle unique et important du Pakistan dans l’apaisement de la situation », la Chine, premier partenaire commercial de l’Iran, a appuyé dans l’ombre la médiation pakistanaise. Elle sait compter sur le Pakistan, un allié de longue date et de premier plan, pour son projet de nouvelle route de la soie notamment.

« La diplomatie chinoise n’aime pas tonitruer, rappelle le géopolitologue Didier Chaudet. Elle a en ligne de mire son influence dans les pays musulmans de la région et pousse à la détente comme elle l’a fait par le passé entre l’Iran et l’Arabie saoudite. »

Pour l’Arabie saoudite, où vivent et travaillent plus de 2,5 millions de Pakistanais·es, le Pakistan, seul pays musulman à être doté de l’arme nucléaire, est un parapluie à même de dissuader les menaces venues d’Iran comme d’Israël qui veut imposer son hégémonie dans la région. Les deux pays ont signé en septembre 2025 un « accord de défense mutuelle stratégique » quelques jours après un bombardement israélien contre des dirigeants du Hamas au Qatar voisin, qui a ébranlé les monarchies du Golfe.

Si Israël a dit soutenir la décision de Donald Trump de suspendre les frappes contre l’Iran en échange de la réouverture du détroit d’Ormuz, il s’y refuse au Liban, menant mercredi 8 avril les bombardements les plus violents au cœur de Beyrouth depuis le début de la guerre. Le premier ministre pakistanais avait pourtant annoncé que le cessez-le-feu s’appliquait « partout, y compris au Liban ».

Rachida El Azzouzi


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